Droite contre droite

La droite qu’il préfère
(Photo AFP)

L’approche des élections européennes donne lieu à une formidable empoignade entre la majorité et les Républicains. Ce matin, sur France Info, le Premier ministre, Édouard Philippe, a décrit le parti de Laurent Wauquiez comme « la droite Trocadéro ». Il faisait allusion à ce jour sinistre de la campagne de 2017 où François Fillon, qui se débattait dans ses démêlés judiciaires, a confirmé qu’il restait candidat à la présidence. La veille, François-Xavier Bellamy, tête de liste LR, avait exprimé sa « compassion » pour M. Philippe, « homme de droite qui applique une politique de gauche ».

LA STRATÉGIE des Républicains est-elle la bonne ? Ils agissent comme s’ils renonçaient à reprendre au Rassemblement national les électeurs que le RN leur a déjà pris. Ils ne voient pas d’autre espoir que dans une offensive tous azimuts contre la REM, sous le prétexte que, lors des élections présidentielle et législatives en 2017, Emmanuel Macron a vaincu la droite classique en la privant d’une partie de ses suffrages. Ce faisant, ils laissent le RN libre de progresser et de faire de son hypothétique victoire aux européennes un objectif vital qui lui permettrait de triompher ensuite aux municipales de 2020 et aux élections générales de 2022. M. Philippe, pour sa part, constate que l’on retrouve au cœur de LR la plupart des hommes ou des femmes qui se trouvaient au Trocadéro pour confirmer que M. Fillon était bel et bien leur candidat,  pour l’acclamer et l’introniser, ce qui les a conduits à la déroute, et a fait d’eux soudainement les implacables ennemis de la nouvelle majorité.

Aucun répit pour l’exécutif.

Les Républicains, pourtant, ne peuvent pas nier que le président actuel a lancé des réformes que M. Fillon lui-même n’aurait pas désavouées. Ils ne peuvent pas nier que la menace qui pèse sur le pays se situe au niveau des extrêmes, le RN d’une part et la France insoumise d’autre part. Avec le faible espoir de renforcer leurs rangs, ils ont donc refusé de faire un bout de chemin avec la majorité. Ils renoncent à courtiser ceux de leurs électeurs qui sont passés à l’extrême droite, et croient dur comme fer qu’ils n’ont pas d’autre choix que de désigner la REM comme leur seul et unique adversaire.  Ils l’ont prouvé à plusieurs reprises et bien avant la campagne des européennes. Ils se sont délectés des affaires qui ont miné la majorité, les provocations du président, l’affaire Benalla, la vitesse limitée à 80 kmh, la crise des gilets jaunes à laquelle ils auraient été de toute évidence confrontés s’ils avaient eu le pouvoir.  Bénéficiant de la majorité au Sénat, ils en ont fait leur fer de lance et n’ont laissé aucun répit à l’exécutif, en transmettant par exemple à la justice les conclusions de la commission sénatoriale d’enquête sur Benalla. Bref, toute une série de mauvaises manières qui ont fait jubiler l’extrême gauche et l’extrême droite, lesquelles doivent parfois se dire  qu’il y assez d’inimitié entre LR et REM pour ne pas en rajouter.

Tous les coups sont permis.

Ce qui conduit Marine Le Pen à triompher avant l’heure, qui exprime sa certitude que son parti arrivera en tête le 26 mai. C’est sans nul doute possible, mais ce n’est pas sûr. Elle risque de tomber de haut si, conformément au sondage le plus récent de l’Institut Elabe, la REM devance le RN d’un point et demi, alors que LR, avec son prodigieux François-Xavier Bellamy, patine à 13 %. Jamais peut-être les élections européennes n’ont donné lieu à une telle frénésie politique. Tous les coups sont permis, y compris les coups sous la ceinture. Personne ne cherche plus à argumenter et les partis semblent croire que les jugements lapidaires suffisent à laminer l’adversaire. Personne ne pose la question essentielle, celle de l’intérêt du pays : les Français vont-ils accepter qu’à l’occasion des européennes, un parti anti-européen, qui prendra tous les risques en condamnant la monnaie unique, en se rapprochant du gouvernement actuel de l’Italie, en ouvrant une boulevard aux démocraties dites « illibérales », en déclenchant avec Berlin une crise infiniment plus grave que le malaise franco-allemand d’aujourd’hui, dû uniquement à des différences de comportement entre Angela Merkel et Emmanuel Macron et à propos duquel celui-ci parle de compromis, leur dictera un jour une politique dont nous savons déjà tous qu’elle ne manquera pas de nous ruiner ?

On voudrait bien que LR et ses électeurs fassent cette analyse. Qu’ils préfèrent le pays à leur parti. Qu’ils cherchent à vaincre les démons français plutôt qu’à gagner une partie. Qu’ils se souviennent de leurs responsabilités. Qu’ils ne nous entraînent pas dans une crise capable de nous affaiblir pour longtemps.

RICHARD LISCIA

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15 Responses to Droite contre droite

  1. PERNOT François dit :

    J’avais écrit ça ce matin suite à votre article d’hier
    FRANCOIS P • Médecin ou Interne • Le 16/05/2019 à 12:23
    « Je suis entièrement d’accord avec vous quand vous dites : « et d’autre part, il n’est pas obligé de faire d’une éventuelle victoire du RN un malheur définitif aux conséquences irréversibles »; c’est tout à fait mon point de vue et en lisant en détail ce matin une interrogation écrite de chacun des candidats répondant aux mêmes questions dans le journal Marianne je vois enfin clair sur les points de vue précis de chacun : je pense que c’est vraiment là le rôle que l’on demande aux journalistes de jouer en ce moment : un éclairage simple pour un scrutin européen (et non national) que chacun peut enfin comprendre facilement ; car bien qu’essayant d’être objectif vous en rajoutez toujours une petite couche pour nous inciter à voter la REM ; sinon gare aux conséquences! Si vous envisagez des conséquences graves de ce scrutin sur le plan national (ce qui serait en désaccord avec votre phrase citée plus haut) j’aimerais bien que vous nous les exposiez clairement pour nous faire profiter de votre culture politique : je n’ai pas encore choisi définitivement. »
    Mais après avoir lu votre dernier article ce soir je vois que vous avez dépassé le stade de renseigner de façon objective vos lecteurs ; à propos de la soi-disante haine de LR pour Macron je ne retiens plus que la vôtre pour LR . Finalement je me passerai de votre avis dont la partialité dans le ton n’en finit pas de progresser et ne me donne plus envie de vous lire.

    Réponse
    Vous êtes libre de vos choix et moi des miens. Je ne crois pas du tout à l’influence d’un journaliste sur l’opinion. Je publie un blog pour exprimer des convictions, comme tous les auteurs de blog. Mais je livre aussi des arguments. Je n’ai jamais changé de point de vue.
    R. L.

  2. Pernot françois dit :

    Remerciez M. Liscia de sa réponse particulièrement étoffée!

  3. Michel de Guibert dit :

    Il ne me paraît pas du tout évident qu’une hypothétique victoire du RN aux européennes lui permettrait de triompher ensuite aux municipales de 2020 et aux élections générales de 2022.
    Le mode de scrutin n’est pas le même et les enjeux non plus.
    Réponse
    Je ne partage pas votre optimisme.
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Il ne s’agit pas d’optimisme, mais d’un mode de scrutin qui ne permet pas au RN de faire un triomphe aux municipales de 2020 et aux élections générales de 2022, sauf si Emmanuel Macron introduisait une dose de proportionnelle favorisant le RN.
      Réponse
      Il va l’introduire.
      R.L.

      • Michel de Guibert dit :

        C’est donc Emmanuel Macron qui fera ainsi le lit du RN en prétendant le combattre !
        Réponse
        Il le fait pour son allié François Bayrou. La vie politique, comme la vie en général, est pleine de paradoxes. Macron va céder sur le scrutin proportionnel, mais cela ne l’empêche pas de combattre le RN.
        R.L.

  4. chrétien dit :

    Ce sont des élections européennes. Il s’agit donc de peser au plan européen . Or le seul parti qui peut jouer ce rôle est le PPE représenté en France par les LR face à l’extrême droite, aux socialistes et aux Verts. La Rem ne représente rien au plan européen et ne figure dans aucun pays.
    Pour les élections françaises nous aurons l’occasion oh combien d’en débattre !

    • JMB dit :

      Le PPE, ce groupe qui comporte, jusqu’à maintenant, le Fidesz de Viktor Orbán.

      • Chrétien dit :

        Et alors! Au moins eux, ils ne sont pas sectaires !
        Il représente son pays qui l’a élu par trois fois et il défend son pays en se rappelant des invasions de la Hongrie et tout particulièrement de celle des soviétiques (Yann Palach) sans parler de son rattachement à nos valeurs chrétiennes.
        Mais vous pouvez voter également vert et même socialiste comme Hollande !
        Relire le dernier « Challenge » sur l’incrédibilité du programme de la REM.
        Je persiste : la seule façon pour la France de peser à l’échelle Européenne est de voter PPE donc LR .

        • Michel de Guibert dit :

          Jan Palach, qui s’était immolé par le feu à Prague en janvier 1969 pour protester contre l’invasion soviétique était tchécoslovaque et non hongrois !
          Mais on se souvient de la terrible répression du soulèvement de Budapest en 1956.

          • Chrétien dit :

            Merci pour vos très justes et très précises rectifications sur Jan Palach en Tchécoslovaquie et pour votre rappel de la « terrible répression » en Hongrie suivie plus tard par la Pologne.
            Faut-il rappeler ces répressions communistes sur lesquelles l’Europe n’a pas réagi déjà à l’époque ?
            Il a fallu Lech Walesa avec Solidarnosc et Jean Paul ll pour libérer l’Europe du joug communiste.

            Réponse
            Il a aussi -et surtout- fallu Ronald Reagan.
            R.L.

  5. Thierry Deregnaucourt dit :

    Pour quel motif, autre que la haine,l’ignorance ou la jalousie, peut-on se permettre n’étant pas journaliste, de critiquer vos analyses si cultivées, pertinentes et dans un style littéraire d’une clarté que les médecins dans leur exercice devraient vous envier ?
    Réponse
    Merci. J’accepte néanmoins qu’un débat s’instaure, pour autant qu’il reste décent et à un niveau intellectuel suffisant.
    R.L.

  6. Doriel Pebin dit :

    Bonjour et merci pour votre article. Objectivement, tous les partis se sont unis contre la LRM et privilégient leur propre intérêt/stratégie (?) au détriment de l’intérêt de la France puisqu’il s’agit de lui donner du poids au parlement européen. Le RN affiche sans s’en cacher son attitude anti-européenne. Une récente enquête du « Monde » met en évidence leur quasi totale absence d’implication au parlement européen (sauf pour tirer profit des subsides), même pour soutenir des textes qui leur conviendraient. Objectivement, la gauche accuse le gouvernement d’une politique de droite et les LR, d’une politique de gauche ! Avec un minimum de sérieux, il faut reconnaître que plusieurs mesures prises par ce gouvernement auraient pu être prises par les LR si… Fillon avait été élu. Cet esprit de critique systématique est fatigant et très loin de l’esprit de consensus indispensable à toute démocratie. La droite dite « républicaine » soutient de façon navrante les partis populistes de droite et de gauche au détriment de l’intérêt général et de ses idées. Affaiblir le centre droit et ne pas chercher à récupérer les électeurs de la droite de la droite témoigne d’une dérive partisane sinon intellectuelle. Continuez à analyser avec recul cette triste réalité française.

    • CHRETIEN dit :

      Ne pas confondre SVP ! Il s’agit effectivement de l’intérêt de la France mais ce vote concerne strictement des élections européennes et navré de vous préciser que la REM est totalement inconnue dans tous les pays européens avec de plus un programme non crédible (cf dernier Challenge)
      En conséquence, pour l’intérêt capital de la France dans cette période particulièrement difficile, le seul vote qui s’impose est le PPE, le parti le plus important en Europe et présent dans tous les pays avec plus de 150 députés, afin de pouvoir exercer son influence auprès de tous les pays de l’Union.
      Pour votre information , Le PPE est soutenu et représenté en France par le PR.
      Nous aurons l’occasion oh combien ! de débattre des élections françaises !
      Réponse
      Ce n’est parce que « Challenges » dit que le programme de la REM n’est pas crédible qu’il a raison.Ce qui ne vous empêche pas de le citer deux fois comme si c’était la Bible. La REM a un programme et ceux des autres sont bien moins convaincants. Par ailleurs, le débat porte sur le point d’avance que la REM pourrait avoir sur le RN ou l’inverse. Quelle que soit l’issue du scrutin, rien ne va changer au Parlement de Strasbourg. Que le PPE soit le groupe le plus influent est certain. Mais il aura moins de députés. Quand vous dites que la REM est inconnue en Europe, excusez-moi, mais vous frisez l’absurdité. Les Européens savent qui dirige la France.
      R.L.

      • CHRETIEN dit :

        L’absurdité, vous dites ! Quand on voit l’influence de Macron en Europe même auprès de Merkel , il y a de quoi être inquiet sur notre impact européen.

        Réponse
        Je me suis mal exprimé : j’aurais dû écrie : une parfaite absurdité. Si par extraordinaire Macron l’emportait, l’influence de la France en Europe, dont il réclame la « refondation », sera plus grande que celle de l’Allemagne. Vos commentaires, au total, sont plus longs que le blog lui-même. C’est pourquoi, étant l’administrateur de cet espace, je considère cette discussion comme définitivement close.
        R.L.

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