RN, parti populaire

Marine superstar
(Photo AFP)

Une enquête d’opinion réalisée par Odoxa Dentsu Consulting pour France Info et « le Figaro » indique que 36 % des Français ont une bonne opinion du Rassemblement national. Un sondage Ifop Fiducial pour Paris Match accorde un point d’avance au RN sur la République en marche (24 % contre 23 %).

L’INFORMATION fournie par Odoxa ne surprendra personne. Il ne fait aucun doute, depuis plusieurs années, que le RN, naguère Front national, a acquis en France une bonne réputation, ce qui explique ses divers succès électoraux et plus particulièrement celui de 2014 aux élections européennes. Notons toutefois que nombre de personnes interrogées jugent que le RN a « des idées racistes » et qu’il est « dangereux pour l’économie ». Le sondage est comparable à l’étiage de Marine Le Pen à l’élection présidentielle : 34%. Tout ce que cela montre, c’est que la majorité a encore une chance de l’emporter le 26 mai contre le Rassemblement national. En effet, si le scrutin à la proportionnelle intégrale favorise les partis dont le score prévu par les sondages est faible, il amoindrit automatiquement les « gros » partis. Aux européennes, la République en marche n’obtiendra pas les 66 % de voix recueillies par Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle de 2017, et Marine Le Pen ne dépassera sans doute pas les 24 %. Dans le cas du président, l’écart est de près de 40 %, dans celui de Mme Le Pen, il est de 10 %.

Des sondages crédibles.

Cependant le temps presse. Les enquêtes conduites à quelques jours seulement du scrutin sont plus crédibles que celles d’il y a un mois. En même temps, l’avance du RN sur la REM se limite à un point ou un point et demi, et elle est démentie par d’autres sondages qui accordent plutôt une avance à la REM. « Il est vital que Macron s’engage », dit ce matin François Bayrou (MoDem) au « Figaro ». On entend bien son message et le président de la République a déclaré qu’il s’engagerait. La REM a confectionné une affiche, tirée à 60 000 exemplaires où il figure seul, sans Nathalie Loiseau, tête de liste de la REM, et on assistera dans quelques jours à un grand meeting pendant lequel M. Macron fera un discours décisif. Les diverses oppositions ont vivement critiqué l’attitude du président, en oubliant des précédents, par exemple l’engagement de Nicolas Sarkozy dans la campagne présidentielle de 2012. Celui du chef de l’État nous semble relativement discret, mais peu importe. La question est : a-t-il encore le temps de renverser la courbe des sondages ? Tout le monde se souvient du pari de  François Hollande qui avait annoncé à tort l’inversion de la courbe du chômage et a littéralement passé son temps à l’attendre ; mais en vain.

Jours cruciaux.

M. Macron pense, à tort ou à raison, qu’il dispose d’un socle immuable, celui qui l’a placé en tête du premier tour à la présidentielle de 2017, avec 24 % des suffrages. La moyenne des sondages montre qu’il lui manque un point à un point et demi. Il ne peut l’emporter que s’il multiplie ce week end et la semaine prochaine les annonces et les discours. Son succès dépendra surtout de sa capacité à disqualifier le RN. Il n’y parviendra que s’il décrit la nature réelle des enjeux et s’il convainc une partie des abstentionnistes (on s’attend à une participation de 40 %) de se rendre aux urnes le 26 mai et de voter pour la majorité actuelle. Il ne s’agit pas d’une tâche facile, justement parce que l’opinion française a depuis longtemps accordé ses lettres de créance à Marine Le Pen. Il y a fort longtemps que le FN, aujourd’hui RN, est considéré comme un parti comme les autres. C’est cette fiction qu’il faut démonter pour autant que l’électorat recouvre la lucidité qu’il a perdue.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to RN, parti populaire

  1. Bourgat Michel dit :

    On ne peut pas laisser des populistes représenter la France. Il faut soutenir Macron, même si l’on n’approuve pas toutes ses initiatives. L’Europe a gardé la paix depuis 1945. L’Europe est à construire, à améliorer face à des nations qui ne nous aiment pas. Les populistes sont contre l’idée de l’Europe et veulent la détruire. Disperser les voix dans un scrutin qui parle d’abord d’Europe est une erreur grossière. Il sera temps ensuite de laver notre linge sale en « famille ».

  2. mathieu dit :

    C’est peut-être à force de répéter, et de se convaincre, jusqu’à la transe, que ce parti n’est pas un parti comme les autres, qu’il est passé, en 40 ans, de 2 % à 34 % des suffrages en élection présidentielle! Si d’ailleurs l’on suivait M. Bayrou, chantre de la proportionnelle intégrale, le RN serait majoritaire à l’Assemblée, avec un pouvoir de nuisance de blocage législatif…intégral!
    Si ce parti – dont j’ai toujours combattu les idées – est authentiquement extrémiste, la seule issue est qu’une poignée de sages en demande la dissolution auprès du Conseil constitutionnel.

    Réponse
    On ne peut combattre un parti aux visées anti-démocratiques que par les moyens de la démocratie. L’ascension du RN est due notamment à l’abstention, de plus en plus élevée. En 2002, les Français ont manifesté contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, alors qu’il leur suffisait de voter au premier tour. Je soupçonne les manifestants de n’être pas allés aux urnes. Mais on ne peut pas demander la dissolution d’un parti politique qui se garde bien de dire que, une fois au pouvoir, il modifiera les institutions à son avantage.
    R.L.

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