Médiocre suspense

Mme May en larmes
(Photo AFP)

Dans l’univers des sondages, le scrutin lui-même, hélas ! perd de son importance. Il est probable que le Rassemblement national va arriver en tête des élections européennes de dimanche et la liste de la majorité en second. Dans ce cas, pourquoi le président de la République a-t-il pris le risque, insensé selon certains, de s’engager dans la campagne ?

IL Y A deux raisons à sa décision : la première est qu’il a estimé nécessaire de récupérer, par son action personnelle, les deux ou trois points de voix qui semblent lui manquer aujourd’hui par rapport au premier tour de la présidentielle en 2017 ; la seconde est qu’il devait compenser l’insuffisance de Nathalie Loiseau, qui ne mérite pas le déluge de quolibets qui lui a été adressé, mais qui n’a pas fait une bonne campagne. De toute évidence, il fallait désigner quelqu’un d’autre, une erreur en déclenchant une autre. Mais dans l’ensemble, la liste de la majorité a réussi à défendre à la fois la construction européenne et l’environnement. M. Macron a présenté un plan écologique qui est le plus fort de tous ceux qui été présentés mais qui, selon certains, serait inapplicable. Faux : qui peut le plus peut le moins. La prise de conscience des contraintes écologiques a gagné la République en marche à la faveur des affrontements électoraux. Mais peu importent ses motivations : l’essentiel est d’agir dans le sens d’un assainissement de la planète. Ce ne sont pas les multiples oppositions minoritaires qui le feront, c’est forcément l’exécutif. Certes, il risque de sortir affaibli des élections européennes, mais après tout, ce n’est pas la première que l’extrême droite l’emporte.

Le bon sens et la folie.

Beaucoup plus grave est l’installation dans le pays politique européen de nationalistes et de populistes voués, d’une manière ou d’une autre, à la destruction de l’Union. Il faut continuer à les combattre sans la moindre réserve. Le dialogue n’est pas possible avec des partis qui, s’ils parvenaient au pouvoir, s’empresseraient de limiter nos libertés et rendraient leurs actions irréversibles. On répète ici ou là que s’opposer au RN, c’est le renforcer, que plus on en dit du mal, plus il progresse.  C’est le genre d’analyse qui désespère : comment croire qu’en lui tressant des lauriers il dégringolerait ? Le seul remède contre la démagogie, c’est d’abord la réaffirmation permanente des principes qui unissent les Européens et qui ont si bien résisté à cette folie qu’est le Brexit. C’est ensuite une réadaptation de l’Union aux besoins réels des populations. Il faut du temps. Laissons le coup de la baguette magique aux Farage, aux Salvini et aux Le Pen. Il est indéniable que tout effort de persuasion rencontre rapidement ses limites. Ceux qui ont basculé dans le populisme demeurent insensibles aux arguments les plus convaincants. La bataille oppose la raison à la déraison, la logique à à la construction de l’esprit, le bon sens à la folie, comme on l’a vu en Grande-Bretagne, où Theresa May, après un long et vain combat, a décidé de démissionner le 7 juin prochain.

Mme May a voulu respecter le vœu exprimé par ses concitoyens ; elle a mis sa patience au service de la volonté populaire ; elle s’est crue indifférente au choix britannique ; elle a pensé qu’elle pouvait, de la même manière, servir le Brexit ou, au contraire, défendre le maintien du Royaume-Uni dans l’Union. Un immense besoin de légitimité l’a placée dans une situation inextricable, beaucoup de ses amis tories exigeant la rupture avec l’Europe, ses adversaires travaillistes refusant de conclure avec elle le moindre compromis. Mais qui, à part Nigel Farage, Méphistophélès du bord de l’abîme, pourrait admettre aujourd’hui que le référendum inventé en 2016 par David Cameron, aura été l’idée du siècle ? Où est l’Angleterre de Churchill, celle qui se battait le dos au mur contre la barbarie nazie ?

 

La nature du choix.

Même les horreurs du Brexit n’ont pas suffi à persuader ceux qui surfent sur les passions nationalistes. C’est parce qu’ils feignent de ne pas comprendre que leur programme est une machine à malheurs. Et c’est pourquoi pactiser avec eux, ou accepter de faire un bout de chemin avec eux est impossible. C’est pourquoi les partis de gouvernement ne doivent pas reprendre à leur compte les idées empoisonnées qu’ils souhaitent mettre en œuvre. Il ne s’agit plus véritablement de politique. Il s’agit de philosophie, et même d’éthique. Dans le spectre idéologique que nous offrent ces 34 listes françaises, le choix n’est pas entre droite et gauche, entre écologistes et non-écologistes, ni même entre pro-européens et anti-européens. Il est entre le mensonge et la vérité, entre l’illusion et la réalité, entre la promesse intenable et la promesse réalisable, et finalement entre l’honnêteté et la malhonnêteté.

RICHARD LISCIA

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