Actes I et II, même combat

Philippe (avec Castaner) à l’Assemblée
(Photo AFP)

Le discours de politique générale du Premier ministre, hier à l’Assemblée et aujourd’hui devant le Sénat, aura été plus utile pour signifier aux Français la poursuite des réformes que pour leur présenter un nouveau plan de gestion.

ÉDOUARD PHILIPPE souhaitait principalement donner quelque solennité à l’acte II du quinquennat et il y est parvenu dans la mesure où il a annoncé de nouvelles et substantielles diminutions de l’impôt sur le revenu, notamment pour les deux premières tranches du barème. Il a aussi souligné l’accélération des décisions écologiques, mais sans les détailler, renoncé pour le moment à la révision constitutionnelle, bloquée par le Sénat, et annoncé, sous les applaudissements, la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les françaises. Il était dans le droit fil du discours prononcé la veille à Genève par Emmanuel Macron (voir le blog d’hier), qui a claironné un changement de ton et de méthode mais la continuité des réformes. Le couple exécutif a donc fonctionné à merveille, les petites frictions entre l’Élysée et Matignon ayant été apaisées par le résultat des européennes ; et le vote des députés a été très largement majoritaire (360 voix), ce qui ne gâche rien, surtout quand on veut prouver que la majorité de 2017 reste solide et assure au président le renforcement de sa légitimité.

La thèse de Mélenchon.

Toutes choses qui accroissent le désespoir des oppositions, incapables de se résigner à une situation historique à laquelle elles ont puissamment contribué. Jean-Luc Mélenchon a disserté sur une thèse qu’il partage avec le RN et LR, à savoir que les européennes prouvent seulement que la REM n’a emporté que 22 % des suffrages et gouverne donc avec moins d’un quart des voix : on ne voit pas comment cela arrange les affaires des oppositions, par exemple celle de la France insoumise, qui en est à 6 %. Le raisonnement est d’autant plus ridicule que le scrutin européen est fondé sur la proportionnelle intégrale et qu’il appelle donc un éparpillement des voix. Macron gouverne parce qu’il a fait un bon score aux européennes et parce que, à l’Assemblée, il a retrouvé la majorité qui l’a entériné comme président de la République en 2017. N’importe quel parti se serait satisfait d’une telle situation et douter de la légitimité du pouvoir actuel revient, pour n’importe lequel des partis d’opposition, à se préparer des lendemains difficiles, dès lors que le même argument peut servir à d’autres.

Plus que jamais « en même temps ».

Il n’en va pas de même au Sénat, où LR détient la majorité ;  celle-ci s’est abstenue, ce qui évite la navette avec l’Assemblée. Édouard Philippe, quant à lui, n’est pas pressé, il est conforté dans son rôle et dans son autorité et il a du pain sur la planche. Ne serait-ce que parce qu’il n’a pas dit un mot du financement du montant de 27 milliards d’euros consacrés aux réductions d’impôt pendant la totalité du quinquennat et qu’il va falloir trouver autrement que par l’emprunt ou au moyen de la planche à billets. C’est l’aspect incongru d’une révélation qui a soudain illuminé le cerveau du président, brusquement transformé en meilleur ami des pauvres, en monument de la charité, en exemple étincelant de la compassion humaine, mais en oubliant que sa première fonction est celle de comptable. Et si MM. Macron et Philippe s’entendent aujourd’hui à merveille, c’est dans le cadre d’une contradiction énorme, un scrutin européen qui les a tous deux protégés parce que les suffrages venaient de la droite et de seniors rassérénés, alors que le pouvoir a perdu nombre de bulletins de gauche au moment où il multiplie les dépenses sociales et élève le « en même temps » au niveau d’un psaume de la Bible.

L’important est-il donc de gouverner ? Il est de faire barrage au Rassemblement national et les élections européennes, puis les municipales ne seront pas autre chose que des tests pour la grande explication de 2022. Ne me dites pas que je suis obsédé par le RN, dites-vous que ce mouvement est le vrai problème de l’époque. Et les électeurs, qu’ils accordent ou non leurs suffrages à l’extrême droite, le savent pertinemment.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

6 Responses to Actes I et II, même combat

  1. Michel de Guibert dit :

    Edouard Philippe veut l’accélération des décisions écologiques et « en même temps » la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes…
    Je ne vois pas en quoi la procréation médicalement assistée pour des femmes célibataires ou en couple de femmes serait écologique !

    Réponse
    Je ne crois pas qu’il ait introduit une notion de simultanéité entre les deux dossiers.
    R.L.

  2. Teudeloff Dorothée dit :

    Je ne vois pas en quoi la procréation médicalement assistée devrait être prise en charge par la Sécurité Sociale pour les femmes célibataires ou en couple de femmes lorsqu’il n’y a pas de problème médical

    • Michel de Guibert dit :

      Oui, il ne s’agit pas dans ces cas d’un acte médical.
      C’est d’autant plus étonnant que l’on attend toujours la concrétisation de l’annonce par Emmanuel Macron de la prise en charge à 100% des lunettes, des prothèses auditives ou des prothèses dentaires…
      Des gens renoncent aujourd’hui pour des raisons financières à des soins nécessaires pendant que l’on prend en charge des techniques coûteuses pour des patientes n’ayant aucun problème médical de stérilité.

  3. admin dit :

    LL dit :
    Cela contredit le mea culpa de la veille.

  4. Sphynge dit :

    Oui, le RN semble vous obséder, et vous avez peut-être raison d’être méfiant. Mais il faut quand même tenir compte des changements politiques majeurs survenus dans les différents partis et, en particulier le parti communiste, le parti socialiste et le RN. Ce ne sont plus les mêmes partis qu’au XX ème siècle. Il est peu probable que le parti communiste au pouvoir ferait aujourd’hui une centaine de millions de morts. De même, le RN ne soutiendrait en aucune manière un fascisme (il serait faux de considérer Salvini par exemple comme un fasciste). Au contraire. Il est même aujourd’hui, quoi qu’on en pense, le meilleur rempart contre l’antisémitisme. Regardez ces cadres actuels (dont certains brillants et sages), et ses adhérents : il ne doit pas rester là beaucoup de « beaufs » nostalgiques de Le Pen père. Ou du moins pas plus qu’il ne reste de bolcheviques au parti communiste. Maintenant, il est souverainiste, nationaliste (au bon sens du terme, i.e. pas chauvin), conservateur, social, et partisan d’un libéralisme régulé (admirablement justifié en son sein par Hervé Juvin). Cela ne plaira jamais aux partisans de la mondialisation dérégulée et du néo-libéralisme. Même M. Macron feint de croire que c’est le sens de l’Histoire. Mais il n’est pas là pour ça…

    Réponse
    Je ne suis pas du tout d’accord : Salvini est le parfait exemple du néo-fasciste. Ses idées, beaucoup plus médiocres que dangereuses, me semblent moins inquiétantes que la brutalité avec laquelle il les profère, la haine contre les autres, tous les autres, les défis qu’il lance aux Européens, cette agressivité qu’il ne sait ni ne cherche à contenir. Pour lui, comme pour Marine Le Pen, un succès électoral ne peut être décrit que dans la fièvre d’un triomphalisme vengeur. Ces gens-là ne font pas de quartier aux démocrates quand ils arrivent au pouvoir. Et leur succès sera irréversible, comme en témoigne la popularité de la Ligue dont l’électorat croît au détriment de Cinq étoiles.
    R. L.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.