Rentrée pot-pourri(e)

Macron à Saint-Raphaël
(Photo AFP)

Quinze jours de vacances dans un lieu où ne parvenait aucun écho de notre tonitruante crise m’ont prouvé que la chose politique française, sur laquelle nous dissertons à longueur de journée, n’évolue que très lentement et que l’on retrouve le pays le 19 août comme il était le 28 juillet.

CAR il m’a fallu une semaine de plus pour me remettre dans le bain, expérience facile tant notre société d’aujourd’hui ressemble à celle d’il y a vingt jours.  D’emblée, j’aimerais commenter le « scandale » déclenché par la présence à une corrida de deux membres du gouvernement, dont celui de l’Agriculture, censé « protéger » le bien être des animaux. Je déteste les corridas, elles appartiennent à un autre âge. Mais enfin, le ministre de l’Agriculture n’ayant ni  le pouvoir ni la volonté d’installer en France les traditions hindoues, je ne vois pas pourquoi une spectacle encore légal lui serait interdit, sinon parce qu’il s’agit, au nom de l’environnement, de l’attaquer politiquement, d’exiger son départ, de l’accabler sur le plan éthique, bref de le clouer au pilori. Se livrer ainsi à un assaut contre lui n’est ni ignoble ni vraiment grave, c’est soumettre un problème structurel complexe, à la fois économique, social et culturel, à l’analyse la plus immédiate, le plus courte, la plus opportuniste, celle, en somme, qui ne résoudra rien tout en faisant flamber les passions.

Une dialectique infâme.

Voilà la France d’aujourd’hui : la crise et la réponse réformiste que lui apporte le gouvernement ont créé une dialectique infâme qui alterne la violence verbale et la violence physique. Battus sur le terrain, les gilets jaunes ou les criminels qui ont pris leur relais ont passé leur été à vandaliser les permanences des élus de la majorité et s’en sont pris à leurs domiciles, à leurs familles. Être élu n’est vraiment pas une bonne affaire. Aujourd’hui, dans ce pays formidablement structuré par ses institutions, où les libertés essentielles seraient théoriquement garanties, le droit est bafoué à chaque instant par des minorités infimes qui compensent leur impuissance électorale par un surcroît de violence et une haine d’autant plus inexpiable qu’aucun raisonnement ne parvient à la contrôler. Le jeu n’est plus, n’a peut-être jamais été, d’obtenir la satisfactions de revendications dont toutes n’étaient pas forcément illégitimes, mais de jeter dans le chaos tout ce qui fait notre puissance collective, à commencer par l’unité nationale. Et, si c’est vrai, comment espérer, face à ce mouvement suicidaire, que nous nous retrouvions tous sur un programme commun ?

Après quoi, il devient logique que le gouvernement, à cours de force de persuasion, en arrive à se commettre dans des promesses qu’il a du mal à tenir et propose, à défaut de résultats, les gadgets de la démagogie, comme la baisse des impôts promise par Gérald Darmanin, dont on ne voit pas avec quoi il va la financer. Cette politique intérieure ressemble à notre diplomatie qui invite Vladimir Poutine à Brégançon, juste avant le G-7, mais pour lui dire quoi ? Le président russe est un apprenti-sorcier, dont la plus récente invention est un missile alimenté par l’énergie nucléaire qui vient de lui sauter au nez. Quand un dictateur ne songe qu’à exercer la force brute, comment lui demander de quitter l’Ukraine ?

Sur l’emploi.

Je veux dire tout de même que des choses se produisent malgré l’entêtement des gens et l’immobilisme qu’il entraîne. Le chômage décroit lentement en France, en dépit d’une faible croissance. Personne ne le nie plus, mais l’idée la plus « intelligente » consiste à attribuer ce succès français à François Hollande, lequel avait prévu qu’un rebond de l’emploi assurerait sa réélection en 2017, alors qu’il arrive  deux ans plus tard, favorisant son successeur. Sans compter que, s’il y a eu bel et bien, sous Manuel Valls, une réforme du code du travail attribuée à Myriam Khomry, elle sortait de la tête de Macron, privé de son plan par un Premier ministre qui n’aimait pas le ministre de l’Économie. Une fois à l’Élysée, le nouveau président a accentué cette réforme, ce qui nous permet aujourd’hui de créer de nouveaux emplois. Dans le déni ainsi fait au président, il y a, comme d’habitude, la volonté systématique de ne lui accorder aucun mérite, même pas le résultat de ses efforts personnels. C’est une autre façon de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et de s’écarter des progrès pour rejoindre le déclin.

L’autre évènement du mois, mais il y en eu d’autres sur lesquels, peu à peu, je reviendrai, c’est le subit affaiblissement commercial de l’Allemagne, victime de sa vertu : pays éminemment exportateur, elle subit de plein fouet le choc de la guerre commerciale lancée par Donald Trump contre la Chine. Il complète le déclin de la chancelière allemande, Angela Merkel, souffrant visiblement d’une affection chronique et très discutée sur le plan intérieur. Le sort de notre allié principal est aussi notre affaire. À part ça, ne vous inquiétez pas : la rentrée sera torride, entre les grèves et les manifestations,  entre les gilets jaunes et les syndicats, entre tous les petits moteurs d’une exaspération plus feinte que sincère.

Enfin, je souhaite dire que le discours prononcé par le chef de l’État à l’occasion de l’anniversaire du débarquement en Provence en août 1944 était marqué au coin de son sens de l’Histoire, en ce sens que son hommage aux soldats venus du Maghreb et d’Afrique pour mourir sur nos côtes nous renvoie au présent. Il a su citer pieds-noirs, spahis, zouaves, tirailleurs sénégalais qui venaient en réalité de toute l’Afrique sub-saharienne, goumiers. Nous avons la mémoire courte. Personne ne dit jamais que les Africains nous ont aidés à recouvrer notre liberté et que la moindre des choses serait de ne pas les rejeter à la mer quand ils tentent d’arriver chez nous, non plus en libérateurs mais en quémandeurs .

RICHARD LISCIA

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One Response to Rentrée pot-pourri(e)

  1. Dogiel Pebin dit :

    Merci pour ces commentaires pertinents qui élèvent le niveau ethique des commentateurs politiques. La moraline de Nietzsche est en train d’envahir toute notre société relayée par nos médias. Le moralement correct est bien évidemment … pour les autres comme si chacun était irréprochable. Le « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais » s’applique sans réserve aux opposants de la République que sont nombre de gilets jaunes intéressés avant tout par leur égocentrisme et par la dén »onciation les soit disant élites ! L’intérêt général et l’éthique ne semblent plus une valeur partagée. Continuez à défendre les valeurs humanistes, le bon sens et l’optimisme contre les marchands de peur, de haine contraires aux valeurs humanistes. Quand on ne croit plus en rien, on est prêt à croire en n’importe quoi ! Cela fait le lit des extrêmes et des populistes qui ne songent en fait qu’à leurs propres intérêts. Ne laissons pas les minoritaires occuper l’espace publique et médiatique, la majorité silencieuse doit défendre nos valeurs républicaines. Continuez à le faire car nous sommes nombreux à le penser.

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