GJ et Hongkongais

Une mer de parapluies
(Photo AFP)

Dans le domaine de l’imposture, certains de nos compatriotes ne sont jamais à court. Voilà que les gilets jaunes, vous savez, ce mouvement de casseurs qui sévit depuis neuf mois et entend reprendre ses « activités » à la rentrée, ont trouvé des alliés chez les manifestants de Hongkong. Gilets jaunes et Hongkongais, même combat ! ont-ils même crié samedi, à l’occasion de leurs pitreries hebdomadaires. Rien n’est plus faux.

IL EST PEU probable que le fracas français, ou ce qu’il en reste, parvienne aux oreilles des manifestants de Hongkong. Ils seraient néanmoins surpris de ce que leur mouvement soit récupéré avec un tel cynisme par les gilets jaunes. Ils ne peuvent pas savoir, eux qui vivent à l’autre bout de la Terre, qu’il y a des Français qui démolissent leur pays parce qu’ils réclament des baisses d’impôts et des avantages sociaux. Ils ne savent pas que leur protestation dure depuis longtemps et risque de se poursuivre encore quelques mois, même si elle donne des signes d’affaiblissement. Ils ne savent pas que les gilets jaunes se sont associés aux forces les plus nuisibles de l’extrême gauche. Ils connaissent encore moins la nature des revendications françaises, eux qui ne se battent que pour une valeur unique : leur liberté.

Un remède pour la Chine, pas pour la France.

Les Hongkongais n’exigent pas une meilleure répartition des richesses. Et s’ils s’en prennent aux institutions, c’est parce que Pékin ne respecte pas le statut « un État, deux systèmes » que la Chine populaire a juré de maintenir pendant un demi-siècle depuis 1997, date de la restitution de Hongkong à la Chine par la Grande-Bretagne en 1997. Pour leur part, les gilets jaunes sont libres. Libres au point de démolir deux ou trois fois les Champs-Élysées, d’ébranler sérieusement un gouvernement élu au suffrage universel et de réclamer sur la place publique la démission du président de la République, la dissolution de l’Assemblée nationale et la création d’une Assemblée constituante.  Leur programme serait passionnant s’il était appliqué à la Chine dont le maître, Xi Jin-ping, ne cesse de renforcer ses propres pouvoirs et de transformer son pays en État policier. La politique des GJ constituerait une excellente potion pour l’Empire du milieu, soudainement renvoyé, par la grâce de Xi, à un maoïsme mâtiné de croissance.

Indépendance de la justice.

En réalité, les Anglais ont laissé à Hongkong un poison lent qui sévit encore 22 ans plus tard : celui de la démocratie, une drogue dont un peuple fort et intelligent ne peut pas se dispenser. Peut-être l’ont-ils fait inconsciemment et, s’ils y sont parvenus, c’est parce que les dirigeants chinois, ces personnages si intelligents qui ont battu tous les records du capitalisme, n’ont jamais compris que, lorsqu’on a goûté à la démocratie, on ne peut plus vivre sans elle. Pressé, Xi a voulu intervenir dans la vie de Hongkong en faisant établir une loi en vertu de laquelle toute personne poursuivie à Hongkong peut être extradée vers le continent. La colère des Hongkongais donne la mesure de la confiance que la Chine inspire à des citoyens qui croient à l’indépendance de la justice.

Les intouchables.

Que les gilets jaunes confisquent ce mouvement à la fois indomptable et désespéré est scandaleux, mais inévitable. Je dis désespéré, parce que, si l’on tient compte de ce que les Chinois ont déjà fait aux Tibétains, aux catholiques et aux musulmans, on ne saurait être optimiste quant au succès éventuel de la révolte de Hongkong. Quant à la France, elle est, parmi d’autres nations pas plus innocentes, devenue le lieu de tous les excès, de toutes les exagérations, de tous les amalgames, de toutes les confusions. On a vu largement, chez les gilets, l’aube d’une révolution ; et l’effroi de nos dirigeants entre novembre et juin dernier s’est traduit par une dépense qui compromet notre budget. Ce que l’on a appris dans l’affaire, c’est qu’il est possible de détruire un pays sous des prétextes fallacieux, qu’une feinte colère accompagnée de délits et de crimes peut suffire à abattre un régime, que les motivations des manifestants ne reflètent pas forcément  une idée saine ou acceptable. Ce que les Hongkongais demandent, les gilets jaunes l’ont. Ils sont libres, y compris de changer d’avis et de rentrer dans le rang. Mais ils ont choisi au contraire d’exercer leur liberté jusqu’à son point critique, celui où le chaos se déclenche. Cela les rend-il intouchables ?

 

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3 Responses to GJ et Hongkongais

  1. PICOT dit :

    Rien de commun entre les Hongkongais et les gilets jaunes? Si, un léger détail : ils veulent garder ou restaurer ce qui leur reste de démocratie. Dans le premier cas, comme vous le dites, cela va être difficile face à la Chine. Chez nous la démocratie, malgré les apparences, recule inéluctablement. La démonstration en a été faite en 2005 et depuis rien ne s’arrange. Il n’est pas sûr que les Français continuent à se laisser faire.

    Réponse
    Allez donc à Hongkong rencontrer une démocratie qui ne recule pas.
    R. L.

  2. Serpin dit :

    Bonjour,
    Heureux de vous revoir et de partager votre analyse.Comment un chef d’État élu à vie va-il supporter
    cette épine dans le pied ?

  3. admin dit :

    LL dit :
    Une indignation bienvenue. Les gilets jaunes, ca suffit.

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