Guerre au féminicide

Manif’ au Trocadéro
(Photo AFP)

Le Grenelle des violences conjugales, qui réunit tous les ministères concernés par les meurtres commis contre des femmes, va concrétiser la prise de conscience du problème à l’échelon national. Parallèlement, 91 réunions ont lieu en France sous la direction des préfets pour tenter de trouver des méthodes et moyens afin d’arrêter ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui les « féminicides ».

ON VOIT bien ce qui fait la force de ce mouvement contre une plaie sociale qui n’a cessé de se développer en silence, jusqu’au moment où a éclaté l’affaire Weinstein à Los Angeles,. Elle a scandalisé le monde entier mais a surtout libéré la parole des femmes. Des mouvements collectifs se sont créés, comme Balancetonporc ou Metoo, qui ont donné droit de cité à un problème social très ancien, lequel s’est développé grâce à une forme d’omertà universelle. C’est ce silence que les femmes ont fini par briser, ce qui, à la fois a permis de cerner le phénomène (200 femmes tuées par leur conjoint en 2018 rien qu’en France) et a convaincu les pouvoirs publics dans nombre de pays, et surtout en France, de s’emparer de la question. Ceux de nos concitoyens qui respectent les femmes, et ils constituent une majorité écrasante, n’en reviennent pas de découvrir, un jour sur trois, qu’un nouveau féminicide a été commis. Ce qui tend à démontrer que le silence social sur cet épineux problème nous cachait la fréquence des faits. Qui sait combien d’hommes ont tué leurs compagnes ou épouses  au cours des siècles ?

Nous n’étions pas informés.

Ministre très active, Marlène Schiappa, qui dirige les débats, auxquels sont associés de nombreuses associations, sait fort bien que ses interventions publiques ont déjà eu un effet positif : tout homme est déjà prévenu que le harcèlement sexuel, le viol et le féminicide peuvent lui valoir de sérieux déboires. En même temps, la décrue des crimes, qui, pour le moment, ne semble pas avoir commencé, devra être attentivement observée dans les années qui viennent. Il n’est pas sûr en effet que les interventions du gouvernement produisent les meilleurs résultats, d’autant que, avant que le Premier ministre se soit associé aux efforts de Mme Schiappa, il était, si j’ose dire, comme nous tous, totalement indifférent à la gravité du problème parce que, comme nous, il n’était pas informé de son ampleur.

Il ne faut surtout pas s’opposer au développement de la lutte contre le féminicide, même si les exigences des femmes et des associations soucieuses de les protéger peuvent paraître excessives. Au cours des débats qui auront lieu dans tout le territoire français, s’opposeront certainement des femmes pour qui il s’agit d’une cause sacrée et des hommes qui estiment qu’elles dramatisent ou qu’elles exigent des mesures susceptibles de menacer la cohésion de la famille, ou trop coûteuses, ou conduisant à des erreurs judiciaires. Sur le coût des mesures à prendre, les associations parlent carrément de un milliard. Le gouvernement, tout en citant l’exemple de l’Espagne, qui consacre  beaucoup d’argent à la lutte contre les violences conjugales, n’a pas débloqué un telle somme.

Les hommes doivent s’adapter.

Le harcèlement, le viol, le féminicide remontent très loin dans l’histoire des rapports sociaux et, évidemment, la crise à résoudre concerne moins les femmes, qui sont les victimes, que la mentalité des hommes, qui ont cru trop longtemps que leur force physique et même intellectuelle (pensaient-ils) leur donnait un droit sur les femmes, qu’elles fussent leur compagne, leur épouse ou un collègue de bureau. Ils n’ont rien vu venir collectivement. Ils n’ont pas vraiment compris que le pays se pose la question de l’égalité salariale. Ils ont trop souvent fixé les rôles qu’ils attribuaient aux mères, aux sœurs, aux amantes et aux épouses. Ils n’ont pas vu ce qui est pourtant évident sur le plan statistique, à savoir que rien n’a jamais démontré que le genre masculin est supérieur au genre féminin. Or ce qui se passe est une révolution, si l’on prend en compte une prise de conscience extraordinairement rapide de la réalité des rapports entre hommes et femmes. Ceux qui pratiquaient le harcèlement ou la violence, comme Harvey Weinstein, se croyaient invulnérables. Il leur faut maintenant s’adapter très rapidement. Ce qui est étrange, c’est que les hommes ont tous une mère et que le respect primal qu’inspire la mère aurait dû les empêcher de s’en prendre aux  autres femmes.

RICHARD LISCIA

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