Comment perdre Paris

Hidalgo en tête
(Photo AFP)

Un sondage du Journal du Dimanche montre qu’Anne Hidalgo arrive en tête des intentions de vote, avec 24 % des suffrages, devant Benjamin Griveaux, 17 % , et Cédric Villani, 15%. Autrement dit,  s’il n’y avait qu’un candidat de la République en marche pour la mairie de Paris, il disposerait d’un tiers de suffrages au premier tour.

MATHÉMATICIEN et même Médaille Fields, Cédric Villani ne semble pas avoir compris ou voulu comprendre que, en divisant les électeurs marcheurs, il assurait la victoire de la maire sortante. Certes, à six mois des municipales, il est peut-être trop tôt pour dire qui va les gagner. Certes, il ne s’agit que d’une enquête d’opinion et d’autres indiqueront sans doute des résultats différents. Mais comment ne pas établir un lien de cause à effet entre la stratégie de M. Villani et le résultat de ce premier sondage ? Benjamin Griveaux, qui a abordé la campagne avec une énorme confiance en lui-même peut au moins s’enorgueillir de précéder (mais de deux points seulement) son rival. Non seulement il n’a pas su circonvenir M. Villani, mais Emmanuel Macron, qui a marqué sa préférence pour M. Griveaux, a fini par se désintéresser de l’affaire sous l’effet de l’agacement, pour ne pas dire de l’exaspération.

Y aura-t-il un désistement ?

Les deux candidats d’En marche (le mouvement a refusé d’exclure M. Villani, sans doute pour éviter de le victimiser) devraient comprendre que la personnalisation d’un scrutin est une denrée toxique. Si la seule raison de cette campagne était de ravir Paris au PS et non de satisfaire quelque ego démesuré, la REM n’en serait pas là. Le message caché du sondage est pourtant très clair. Pour que la REM reprenne la tête au premier tour, elle doit demander à l’un des deux candidats de se désister. On suppose en effet que le meilleur au premier tour raflera les voix du moins bon au second tour. Mais le risque de ne pas conquérir la capitale est trop grand, compte tenu des autres difficultés de la REM dans diverses grandes villes, pour que le mouvement macroniste ne se réunisse pas avant le scrutin.

Les candidats ne maquent pas.

Dans les candidatures REM, on devine un résidu d’amateurisme que deux ans et demi d’exercice du pouvoir n’ont pas complètement effacé. Les situations crées à Bordeaux, à Lyon et dans d’autres villes montrent que l’espoir de l’emporter a dominé le choix des candidats. Une bonne stratégie aurait consisté à ne jamais désigner un candidat là où un MoDem ou un juppéiste se présentait et au contraire d’intervenir brutalement, par exemple à Lyon, où Gérard Collomb, rentré précipitamment dans sa bonne ville après avoir démissionné de son poste de ministre de l’Intérieur, s’accroche à sa municipalité, sur laquelle il estime avoir un droit aussi durable que son caprice le lui dira. Ces postures de vieux routiers qui refusent de lâcher prise dix ans après l’âge de la retraite (tel que la réforme le suggère) ou de jeunes gens déjà intoxiqués par la drogue électorale sont en totale contradiction avec le tableau de la situation des maires tel que nous le rapportent les médias.

Un métier dur, mais convoité.

Il s’agirait d’un métier particulièrement épuisant où le moindre accident est attribué par les victimes à la responsabilité du maire, où pleuvent les insultes adressées à l’édile, où les citoyens voient dans le maire celui qui doit soigner toutes leurs plaies, fournir tous les services qui déménagent, et même réparer les baignoires qui fuient et les serrures qui ne ferment plus. Il y aurait de savoureux romans à écrire sur le destin des maires, naguère encensés par le peuple parce que c’est d’eux qu’il est le plus proche, aujourd’hui voué aux gémonies parce que, comme la plus belle fille du monde, il ne peut donner que ce qu’il a, c’est-à-dire pas grand-chose. Est-ce à dire que nous allons manquer de maires et de conseillers municipaux ? Mais non, il y a assez d’ambitieux prêts à se « sacrifier » pour la cause. Bien sûr, il n’en va pas de même pour les petits villages et les capitales régionales. L’ambition va vers plus de salaire et plus de pouvoir. Encore faut-il la soutenir par une stratégie intelligente capable de résister aux imprévus.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Comment perdre Paris

  1. Michel de Guibert dit :

    J’avais lu l’inverse dans la presse : Benjamin Griveaux, 17 %, et Cédric Villani, 15 %.

  2. Num dit :

    Il me semble que c’est le contraire d’après les résultats du sondage : Griveaux est à 17% et Villani est à 15%.

    Réponse
    Merci à ces deux fidèles lecteurs d’avoir remis les choses en place. Je me suis empressé de faire les corrections nécessaires. Je prie donc tous les lecteurs de bien vouloir m’excuser. Mon propos était surtout de dire qu’à 32 % au premier tour, un candidat unique d’En marche aurait une excellente chance de l’emporter sur Mme Hidalgo qui, à 24 %, montre un signe de fragilité.
    R.L.

    • Vultaggio-Lucas Robert dit :

      Certes, M. Villani est un illustre mathématicien, mais est-ce qu’un seul candidat de la REM pourrait faire un score de 32% au premier tour des élections municipales de Paris et aurait vraiment « une excellente chance de l’emporter sur Mme Hidalgo »? Vous savez mieux que moi qu’en politique, un plus un ne font pas forcément deux surtout que l’air du temps est plutôt au narcissisme excessif inhérent en partie à l’individualisme ambiant.

  3. D.S. dit :

    Les primaires apparaissent particulièrement contre productives, comme on l’a vu aux dernières élections présidentielles. Laisser plusieurs candidats d’un même parti se présenter, me parait donc très séduisant. On peut ainsi ratisser large, et même gagner l’élection au second tour. La seule condition est de tout faire pour favoriser un bon report de voix. Petite question: comment fait-on maintenant pour accéder à votre blog, en passant par le site principal du QDM ?

    Merci pour cette question, qui me turlupine depuis le début de l’été. La maquette de la page d’accueil du Quotidien a été refaite, au détriment de l’appel du blog. Mes diverses réclamations sont jusqu’à présent restées sans effet. Je vous suggère de faire
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    et vous aurez un accès immédiat au blog, qui est gratuit et pour tous les publics.
    En vous remerciant
    R. L.

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