Des condamnés populaires

Le couple Balkany
(Photo AFP)

Il n’est pas trop tard pour revenir sur l’affaire Balkany, d’autant qu’elle n’est pas terminée du tout. On peut éprouver, pour le couple qui a dirigé la mairie de Levallois-Perret pendant si longtemps, la compassion qu’inspirent les perdants, on ne peut pas passer sur le corps de la justice pour les absoudre.

ISABELLE BALKANY, restée libre après sa condamnation à trois ans ferme, s’est promenée dans les rues de sa ville où elle a été acclamée par la plupart de ses administrés. Dans l’attitude de la maire-adjointe et de son mari, Partick Balkany, certes accablés par les verdicts prononcés et ceux qui vont suivre, il y a à la fois ce qu’il reste de leur rouerie et une incroyable naïveté en vertu de laquelle ils ne sauraient être mauvais dès lors qu’ils sont encensés par la foule. Vous voyez ?, semblent-ils nous dire. La justice nous hait peut-être mais nos électeurs nous placent au-dessus d’elle. Vaine prétention, mais après les mille arguments invoqués par leur avocat, le ténor du barreau qu’est Éric Dupond-Moretti, alias Acquittator, l’affection des Levalloisiens leur sert de grâce. Leur monde s’est écroulé, d’autant qu’ils sont devenus inéligibles, et leur dernier refuge judiciaire et moral, c’est leur bonne vieille ville, là où ils continuent à croire qu’ils n’ont ni trahi leurs électeurs, ni contourné les lois de leur pays.

On peut être condamné et gouverner.

S’ils étaient les seuls à rêver, cet article ne vaudrait pas tripette. Mais l’idée que je souhaite souligner, c’est que l’on peut avoir commis tous les méfaits, ce n’est pas ce qui compte aux yeux des votants. Nous savions que les Balkany n’étaient pas avares en largesses, ce qui explique partiellement la domination qu’ils exercent sur le peuple de Levallois : les méthodes qui les ont maintenus longtemps à la mairie n’étaient pas inspirées par une éthique implacable. Certes, d’autres électeurs ont fait savoir qu’ils n’avaient aucune sympathie pour le maire et pour son adjointe, mais, comme par hasard, il se situent plutôt dans l’opposition. C’est hallucinant : si on est dans le même camp que celui qui détient le pouvoir, on lui trouve d’inaltérables vertus, même s’il est condamné. Si on souhaite sa perte, on ne lui reconnaîtra aucun mérite, même s’il a bien travaillé.

Pourquoi le populisme marche si bien.

Je ne crois pas que la carrière des Balkany qui, par ailleurs, ne sont pas de la première fraîcheur, survivra à leurs déboires judiciaires. J’en tire néanmoins la leçon qu’il ne faut jamais compter sur la seule justice pour se débarrasser d’un homme ou d’une femme politique. Pour ne prendre que cet exemple, les démêlés de toutes sortes que Donald Trump a avec la justice américaine, avec la morale, la tolérance et avec les minorités ne font pas de lui une cible facile à éliminer. Il a encore toutes ses chances pour un second mandat parce que, précisément, il s’adresse à des électeurs qui, non seulement partagent ses drôles d’idées, mais sont convaincus comme lui qu’on ne fait pas une politique avec des scrupules. Au moment du scrutin, l’évaluation du candidat ne porte pas sur son degré d’honnêteté, mais sur le lien qu’il a établi ou non avec celui qui vote. Voilà pourquoi le populisme marche si bien : bien qu’il soit milliardaire, Trump séduit les foules parce qu’il se met à leur niveau et qu’il les libère du politiquement correct : c’est tellement agréable, n’est-ce pas, de haïr ceux qui ne nous ressemblent pas, ceux qui sont constamment drapés dans leurs bons sentiments, ceux qui nous envahissent alors que nous ne voulons pas de leur présence, ceux qui croient que l’on peut faire du monde un paradis et j’en passe.

Dura lex, sed lex. Si les Balkany inspirent encore un soupçon de tendresse, c’est à cause des peines sévères qu’ils subissent, mais c’est aussi parce que, décidément, ils ont cru qu’ils pouvaient accroître leur fortune de manière exponentielle sans que personne ne leur demande des comptes. On serait le plus malin des truands qu’on eût été plus prudent.  Ils se sont crus intouchables. Mais, comme dit Abraham Lincoln, on peut tromper tout le monde pendant quelque temps, ou quelques personnes tout le temps, on ne pas pas tromper tout le monde tout le temps.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Des condamnés populaires

  1. PICOT dit :

    Balkany est à sa place, effectivement, c’est à dire en prison pour avoir fraudé le fisc. Frauder le fisc veut dire que ce sont les autres contribuables qui payent la facture, ne pas l’oublier. Cahuzac aurait du y aller aussi mais pour une autre raison : un énorme mensonge indigne d’un ministre. Les élus doivent être irréprochables ce qui n’est pas encore la cas en France. Objectif qu’il faudra absolument atteindre un jour : tout candidat à une élection ou à un poste important sur le plan politique doit avoir un casier judiciaire vierge.

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