Israël : le partage suggéré

Gantz et Nétanyahu
(Photo AFP°

Le Premier ministre israélien,  Benjamin Nétanyahu, vient de proposer au chef de l’opposition (mouvement blanc-bleu) de former un gouvernement de coalition avec le Likoud.

CETTE ANNÉE, c’est la deuxième fois que les Israéliens se sont rendus aux urnes sans donner la majorité à un parti politique ou à plusieurs partis ayant des affinités.  M. Nétanyahu a souvent trouvé une porte de sortie en partageant le pouvoir avec des partis avec lesquels qui apportaient moins des affinités que des ambitions. Il croit renouveler l’exercice avec le mouvement dirigé par Benny Gantz, ancien chef d’État-major, dont le programme porte moins sur les fondamentaux, comme la sécurité d’Israël et les relations tendues avec le monde arabe, que sur la vie quotidienne de ses concitoyens.

La dernière carte.

Le Premier ministre joue sa dernière carte. Il a tout essayé, y compris les coalitions avec les partis religieux ou extrémistes qui prônent par exemple l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, déjà occupée par Israël. On n’a pas vu, jusqu’à présent que l’ex-général Gantz ait bâti un programme axé sur la négociation ou un projet de paix, laquelle serait l’aboutissement d’un dialogue pour établir deux États vivant côte-à-côte et pacifiquement. On se contente d’imaginer que, dans le filigrane des discours qu’il a tenus, se lovait un plan plus ambitieux, de nature historique, mais il ne l’a jamais dit en termes clairs. À cet homme que M. Nétanyahu présentait, pendant la campagne, comme un danger pour l’État juif, voilà que le Premier ministre en exercice propose de bâtir une coalition. D’un strict point de vue rationnel, cette offre traduit le grave désarroi du Likoud.  Depuis une altercation entre M. Nétanyahu et Avigdor Lieberman, le patron des immigrés russes,  le chef actuel du gouvernement n’a plus assez d’amis pour former l’une de ces coalitions protéiformes qui lui ont permis de rester dix ans au pouvoir: Gantz et Nétanyahu n’ont rien en commun. Les deux partis sont arrivés ex-aequo aux élections et le premier problème qui va se poser est la désignation de l’homme, donc du parti, qui dirigerait la coalition.C’est bien la première fois dans sa carrière de Premier ministre qu’il va défendre l’autorité que lui ont toujours reconnue les Israéliens.

Résignation.

Benny Gantz n’ayant pas révélé le fond de sa pensée pendant la campagne, on peut craindre qu’il ne ferait pas grand-chose, s’il parvenait au pouvoir, pour orienter Israël vers une voie pacifique. Bien entendu, le sujet sera au centre des discussions qui vont s’ouvrir entre Likoud et Blanc-Bleu. Mais l’ancien général, comme tous les militaires, connaît le prix d’une guerre et celle qui pourrait survenir dans le Proche-Orient surchauffé serait forcément terrible, dès lors que l’Iran et ses alliés au Liban et en Syrie, n’ont cessé d’accumuler armes et soldats dans la perspective d’un assaut contre Israël. D’autre part, la situation de M. Nétanyahu n’est exceptionnelle que parce que, ayant recouru à toutes les alliances possibles, il se retrouve assez isolé pour tendre la main à l’opposition. On ne voit pas les choses de la même manière lorsqu’on dispose d’une puissance irrésistible et lorsqu’on est obligé de pactiser avec son principal adversaire.

Changer de programme.

L’actuel Premier ministre n’a que les convictions idéologiques de ceux qui le soutiennent. Ce qui compte à ses yeux, c’est de garder le pouvoir. M. Gantz, pour sa part, aurait beaucoup de mal à trouver une majorité : à part les travaillistes, dont le score est infime, les autres partis se situent tous à droite ou à l’extrême droite. Du coup, l’association Likoud-Blanc-Bleu semble moins  ahurissante : il suffirait que chacune des deux parties fasse des concessions à l’autre. Ce n’est certes pas une bonne manière d’aborder l’immense question de la paix et peut-être serait-il préférable que les deux chefs la laisse de côté en attendant des jours meilleurs. Mais le scrutin, en dépit de l’égalité des résultats, montre clairement que M. Gantz, parti de rien, a mis en échec le Likoud qui a dominé la scène politique pendant de nombreuses années. Comme tous les démagogues, Benjamin Nétanyahu est aussi un réaliste. Changer de programme pour garder le pouvoir, voilà une option capable de le séduire.

RICHARD LISCIA

PS-Benny Gantz a rejeté l’offre de Nétanyahu, ce qui met le Premier ministre dans une situation désespérée. Le chef de Blanc-Bleu a pris son adversaire à son propre jeu. Ce qu’il veut, c’est l’exclure des consultations du président de la République avant de conclure un accord avec d’autres partis. Mais ce projet est tout aussi fragile que celui de Nétanyahu.

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2 Responses to Israël : le partage suggéré

  1. Michel de Guibert dit :

    Le départ de Nétanyahu ne peut être qu’une bonne nouvelle…
    Et bien souvent ce sont les généraux qui ont fait progresser la paix… alors espérons !

  2. admin dit :

    LL dit :
    Ça ne donnera pas grand’chose mais c’est un début.

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