PMA : science et conscience

Une revendication de plus
(Photo AFP)

La loi bioéthique sera examinée à partir de cet après-midi à l’Assemblée nationale, comme tous les sept ans. C’est donc plus un rituel qu’une nécessité. Cependant, les progrès de la PMA (procréation médicalement assistée) rendaient nécessaire l’ouverture ou l’interdiction de droits nouveaux.

JE N’ENTRE dans ce débat qu’à pas feutrés car, comme pour tout ce qui concerne la bioéthique, je ne dispose que de la faible compétence que me confère la sensibilité et parce qu’il y a en France des milliers de personnes, médecins, philosophes, spécialistes de l’éthique et j’en passe, qui ont les connaissances indispensables pour porter un jugement sur le dossier. Il existe un angle, dans le débat, qui est purement politique et qui ferait que, selon qu’on est conservateur ou libéral, le jugement sera différent. Voilà qui m’ouvre une fenêtre étroite pour accéder au débat.

Le droit à l’enfant n’existe pas.

Je constate que le droit d’avoir un ou plusieurs enfants relève d’une conception erronée de la justice. Un tel droit n’existe pas, comme le savent des quantités de couples hétérosexuels qui n’ont pas d’enfants car la conception est un processus particulièrement fragile. Je constate en outre que le désir d’enfant peut être considéré comme égoïste dès lors qu’il s’agit plutôt d’un enfant venu de sa propre chair, ce qui traduit plus la satisfaction d’une aspiration personnelle que le souhait de faire le bonheur de l’enfant à naître. Et enfin, je constate qu’il y a un remède très simple à l’absence d’enfant : l’adoption qui, elle, transforme le désir d’enfant en désir de le rendre heureux. Posé de cette manière, le problème exclut la PMA qui, il faut s’en souvenir, n’existe que depuis quelques décennies. S’il n’y avait pas de PMA, il n’y aurait que des adoptions. Il faut reconnaître toutefois que le processus d’adoption est au moins aussi compliqué que celui de la PMA, ce qui peut conduire un couple à renoncer.

On ne peut pas ignorer le progrès.

Cela dit, il est impossible de nier les progrès de la science. Ignorer la PMA, cela revient à rester indifférents aux traitements contre les maladies graves ou les progrès éblouissants accomplis par la longévité. On n’a peut-être pas besoin de revenir tous les sept ans sur les lois de bioéthique, mais nos sociétés sont bien obligées d’encadrer des avancées dont nous ne parvenons pas toujours à imaginer les conséquences. La seule question réellement importante est la suivante : si la PMA pour tous est adoptée, il faut qu’elle s’applique dans des conditions rigoureuses sur le plan médical et sur le plan éthique. Par exemple, on ne met pas au monde un enfant dans une famille déchirée ou incapable, pour quelque raison que ce soit, d’assurer son confort et son bonheur.

Au mariage pour tous, qui a soulevé tant de colères, succède donc la PMA pour tous parce que le gouvernement actuel a jugé qu’elle est déjà entrée dans les mœurs. Il demeure que la PMA n’a rien à voir avec la sexualité des parents et, si elle existe, c’est parce que des couples d’homosexuels l’ont réclamée et obtenue. Il vaudrait mieux parler de PMA officielle, celle qui va permettre par exemple aux enfants nés à l’étranger dans le cadre d’une GPA (gestation pour autrui) qui, elle, restera interdite dans notre pays, d’avoir la nationalité française. Pour tout ce qui concerne la PMA et le débat à l’Assemblée, je vous renvoie au « Quotidien » d’hier, avec son dossier et son éditorial remarquables.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to PMA : science et conscience

  1. Michel de Guibert dit :

    Votre prudence et votre sagesse vous honorent.
    Vous posez bien les limites d’une décision (si elle est votée) qui est juste destinée à satisfaire des revendications sectorielles et qui n’a rien à voir avec la médecine.

  2. JULIEN dit :

    Le droit à l’enfant n’existe pas comme vous le dites très justement.
    D’autre part la PMA est née dans le but d’aider un couple stérile, dont un des membres au moins est atteint d’une pathologie; dans le cas de la PMA pour tous le problème n’est plus médical mais sociétal. Les couples homosexuels masculins demanderont aussi la PMA puisqu’elle sera pour tous et donc ils demanderont aussi le « droit » à la GPA. Que leur répondre, puisque les couples homosexuels féminins n’auront pas besoin d’une mère porteuse ? Tout simplement peut-être que, si nous sommes tous pour l’égalité entre hommes et femmes, nous considérons cependant qu’il y a une différence entre un homme et une femme.

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