Le sacre de Jacob

Christian Jacob
(Photo AFP)

Christian Jacob a été élu président des Républicains dès le premier tour, avec 62, 58 % des voix, devançant, et de loin, Julien Aubert (21 %) et Guillaume Larrivé (16 %). Il va donc quitter la présidence du groupe LR à l’Assemblée et tenter de redresser un parti divisé et en perte de vitesse.

LES CASSANDRE de studio s’interrogeaient, encore hier soir, à quelques heures de l’annonce des résultats, sur la capacité de M. Jacob à vaincre ses deux rivaux dès le premier tour. Ils voyaient LR tellement à bout de souffle, tellement écartelé entre divers courants idéologiques et tellement désemparé que le parti, qui a perdu quelque cent mille adhérents, aurait préféré les compétiteurs de M. Jacob. Fidèle historique de Jacques Chirac, il est récompensé pour un travail constant, notamment à l’Assemblée, où il a pris la tête de l’anti-macronisme, même s’il l’ a fait sans charisme notable. Le choix de LR n’est pas mauvais en ce sens qu’il assure au parti un minimum de stabilité dans un parcours jalonné d’échéances électorales et où sont portés des coups féroces. Et comme il ne s’engage que contre la majorité, il fera le bonheur des tous ceux qui apportent leur propre nuance à l’idéologie de droite.

Fils de Chirac.

On a répété à l’envi  que le nouveau président de LR a l’avantage énorme de ne pas être candidat à la présidentielle de 2022. Il a moins de trois ans pour changer d’avis et il en changera s’il s’impose dans la fonction qu’il occupe depuis aujourd’hui. En outre, personne ne peut dire que, dans le système de la Ve République, le président d’un parti n’est pas nécessairement le candidat « naturel » de ce même parti. Il suffit aux Républicains de regarder autour d’eux ou de consulter  les livres d’histoire pour constater que la seule exception à la règle fut Emmanuel Macron qui a été élu président tout en constituant un nouveau parti politique fondé sur le « en même temps » et sur le « de droite et de gauche ». Quoi qu’il en soit, il nous semble évident qu’une formation politique doit être dirigée par un homme (ou une femme) assez fort pour diriger le pays éventuellement. LR, c’est l’ancienne UMP ou  l’ancien RPR aux mains d’hommes comme Chirac ou Sarkozy. M. Jacob a baigné toute sa vie dans cette atmosphère virile et combative. Il ne peut pas trop la désavouer.

Un rassembleur ?

Il est donc probable que LR, le moment venu, élira un candidat à la présidence, ce qu’a fait le PS en 2012 et qui a permis à François Hollande, contre toute attente, d’entrer à l’Élysée. Fut-ce un bon choix ? On peut toujours en faire de meilleurs et on ne peut pas tirer la leçon de l’expérience hollandaise, qui a été courte et pas particulièrement brillante. Mais prenons M. Jacob pour ce qu’il veut être : un rassembleur. Au moment même où il était élu à la tête de son parti, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin quittait LR, ainsi que Jean-Pierre Grand, sénateur de l’Hérault. Comment le nouveau président ramènera-t-il dans le giron du parti ces électrons libres que sont Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, alors que, de toute évidence, ils ont un agenda personnel bien différent de celui de LR ? Comment réussira-t-il à rassembler les libéraux, les LR séduits par le Rassemblement national, ceux qui, nombreux, sont intéressés par Macron, les chiraquiens, les sarkozystes, les ultras, les conciliants ?

Bâtir un programme.

Il ne s’agit pas de convaincre celui-ci et celui-là, il s’agit de mettre en place une charte, un credo, une ligne de conduite qui soit signée par tout le monde à la fois. La perplexité idéologique est ce qui a valu au parti de perdre des adhérents, de se lancer dans une surenchère peu glorieuse (car elle n’était soutenue par aucun programme spécifique), de hurler avec les loups de l’extrême droite et même de trouver à Jean-Luc Mélenchon au moins une qualité : celle de se dresser contre le pouvoir honni. Christian Jacob a beaucoup participé à la chasse à courre contre Macron, en tant que chef de la droite à l’Assemblée. C’était une vertu aux yeux de ses amis, mais pour tous les autres, c’était la froide vengeance du parti battu deux fois, en 2017 et cette année aux européennes. Cette stratégie n’était pas la bonne puisqu’elle a échoué et que, pour l’instant, c’est LR qui cherche ses déserteurs. Dans les jours qui viennent, il faudra commencer à bâtir un programme. Ce qui est plus difficile.

RICHARD LISCIA

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