Poutine aux commandes

Le monde est à lui
(Photo AFP)

Vladimir Poutine vient de réunir un sommet Afrique-Russie à Sotchi. Il s’est engagé à défendre le Sahel contre le terrorisme.

LOIN d’en vouloir à son homologue russe, Donald Trump accueille avec le plus grand calme cette ingérence russe dans une partie du monde qui, par tradition, s’adressait naguère à la France, à l’Europe et aux États-Unis. Il dira bientôt qu’il ne voit aucun inconvénient à l’arrivée des militaires russes au Sahel et qu’il sera content de rapatrier les faibles effectifs américains dans la région. Les Américains sont encore très utiles dans la lutte contre le terrorisme car ils disposent des derniers cris de la technologie de la surveillance et du renseignement. Trump ne sera jamais regretté par personne, mais ses soldats, oui. À noter que, si Poutine n’éprouve aucun embarras à annoncer une intervention militaire en Afrique, la Russie n’est pas la seule à tirer parti de la perte d’influence britannique et française. La Chine n’est pas loin de mettre l’Afrique en coupe réglée. Elle y achète des terrains agricoles qu’elle cultive pour exporter fruits et légumes en Chine, elle augmente ses transactions commerciales avec les pays africains, et les Chinois qui travaillent en Afrique ne se sont pas signalés par une intégration dans les sociétés locales.

Passé colonial.

Poutine peut facilement dire que ses relations bilatérales avec l’Afrique sont inspirées par les meilleurs sentiments, alors que le passé colonial de la France et du Royaume-Uni a laissé des traces encore visibles et des rancœurs que le temps n’a pas diminuées. Mais les anciens colonisateurs, la France notamment, aident maintenant les pays africains de plusieurs manières : d’abord en maintenant ici et là un corps expéditionnaire qui combat les terroristes avec acharnement. On peut mourir au Sahel, comme le savent nos soldats et nos journalistes. Ensuite, nous encourageons la démocratie, l’application du suffrage universel, le développement économique. On n’est pas sûr que Poutine veuille tant de bien aux Africains, mais on est certain qu’il ne rase pas gratis. En même temps, comme les Chinois,  il va exporter en Afrique une mentalité de parti unique et d’homme fort. Culture politique avec laquelle certains régimes africains sont parfaitement en phase. Ce sont ces affinités qui ont permis le sommet de Sotchi et ses conséquences qui confirment le déclin occidental.

La vengeance de Poutine.

Il ne faut pas faire de Trump l’objet de tout notre ressentiment. Sa politique étrangère est de nature isolationniste et elle a été amorcée par Barack Obama. Le prédécesseur de Trump a en effet inauguré un cycle de retrait des théâtres de guerre avec, pour corollaire, un bénéfice aléatoire pour les programmes intérieurs. Certes, on ne voit pas Trump se préoccuper du sort des pauvres et des minorités. Sa politique fiscale fait tout le contraire. Mais l’isolationnisme dérive d’un courant profond dans le public américain, lassé par des mésaventures terribles au Vietnam, en Irak, en Afghanistan. Il n’y a pas une guerre que les États-Unis aient gagnée depuis la Seconde Guerre mondiale. En outre si George Bush (le père) a su accompagner la chute des Soviets et la réunification de l’Allemagne, ses successeurs, persuadés que le communisme avait été vaincu pour des siècles, ont été incapables de nouer des relations de coopération et de respect avec Moscou. Poutine ne fait rien d’autre que se venger d’une attitude occidentale par laquelle les Russes se sont sentis méprisés.

On a beau dire et faire, l’avenir du redressement, pour les Américains, réside dans la disparition politique de Donald Trump. Son élection en 2016 fut une calamité. Sa réélection en 2020 ruinerait durablement la cohésion de la société américaine. La procédure d’impeachment n’a rien à voir avec le processus politique qui conduirait à la défaite de Trump. Elle sert à l’affaiblir politiquement et à ajouter une casserole de plus à celles, nombreuses, qu’il traîne. S’il devait démissionner avant la fin de son mandat, la colère de ses partisans risque de déboucher sur de graves troubles sociaux. Il est préférable qu’il soit écarté à la faveur de l’élection massive de son adversaire démocrate, quel qu’il soit.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Poutine aux commandes

  1. Michel de Guibert dit :

    On peut aimer ou détester Poutine, ce n’est pas le sujet, mais le fait est qu’il est à peu près le seul à avoir une politique internationale cohérente.
    Réponse
    Qui parle d’aimer ou détester ? C’est la France qui se bat au Sahel, c’est Poutine qui ramasse la mise. Cela me semble très clair.
    R.L.

  2. PICOT dit :

    Oui, mais il a de fortes chances d’être réélu. En effet il a déréglementé de façon importante et diminué les prélèvements obligatoires ce qui, semble t il, a entraîné, du moins pour l’heure, une hausse des salaires, une diminution du chômage et une augmentation du taux de croissance. En outre il est un président qui n’a commencé aucune guerre, contrairement à ses prédécesseurs, et il ramène les boys à la maison, ou du moins il essaye, comme il l’avait dit. On peut penser ce qu’on veut de Trump ou de Poutine mais ils ont un point commun : tous les deux ils ont en tête le souci de leur pays et de leurs compatriotes, ce qui n’est pas le cas de nos « dirigeants ».

    Réponse
    On ne peut aligner autant de contre-vérités en si peu de lignes, comme vous le faites. Effectivement, Trump n’a commencé aucune guerre et même il les termine en forçant ses armées à s’enfuir. Trump, Poutine, le souci de leur pays ? Non, mais vous nous prenez tous pour des andouilles ou quoi ? Leur seul souci c’est de rester au pouvoir. Votre seul souci, c’est de dire du mal de nos « dirigeants », comprenez Macron. Evidemment, tout le monde ne peut pas voter pour Le Pen.
    R.L.

  3. PICOT dit :

    Il n’ y a aucune contradiction entre vouloir garder le pouvoir et s’occuper utilement de ses concitoyens. Quant à Macron, ne vous déplaise, il applique rigoureusement les directives de la commission européenne, tant pis si ça ne plaît pas aux Français (comme par exemple la réforme des retraites). Ce monsieur a démontré X fois qu’il n’aime ni la France, ni les Français, il n’a que faire de leur avis malgré la mise en scène des grands débats qui n’est que poudre aux yeux. Chez lui, comme chez ses prédécesseurs, soyons justes, le mot référendum est un gros mot.
    Réponse
    Naturalisez vous Anglais, ça vous permettra de voter aux referendums. Je ne sais pas si Macron aime la France, mais vous la détestez.
    R.L.

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