Mort du calife

Trump en majesté
(Photo AFP)

Donald Trump n’a pas moins de mérite à avoir mis un terme à la carrière du « calife » Abou Bakar El Bagdadi que Barack Obama à avoir neutralisé Oussama Ben Laden en 2011. Il n’est pas certain pour autant qu’il en retire de durables bénéfices.

QUE peut-on faire quand on a lâchement abandonné les Kurdes, nos alliés, à la férocité turque ? Montrer que la grande Amérique ne se laisse pas marcher sur les pieds. Au Trump isolationniste a donc succédé un Trump soudainement interventionniste. Son message est le suivant : je veux rapatrier nos troupes enlisées sur de lointains théâtres de guerre, mais je continue à lutter (avec efficacité) contre le terrorisme. Certes, le président des États-Unis aura été agacé par le scepticisme qu’affichent les Russes qui, pourtant, lui ont donné le feu vert pour une opération militaire secrète qui impliquait huit hélicoptères lourds, de nombreuses forces spéciales et une puissance de feu qui a littéralement rasé l’endroit où se terrait le calife déchu, qui a préféré le suicide à l’ignominie d’une arrestation et d’un procès. Bon débarras. En tout cas, Trump affirme qu’il détient les preuves (grâce à l’ADN) qu’il s’agissait bien d’Al Bagdadi. La moue que fait Poutine est seulement destinée à rappeler à Trump que, sans Moscou, les États-Unis n’auraient pas pu conduire une opération aussi complexe et aussi risquée.

Un chef de guerre.

Des renseignements venus d’Irak et des Kurdes auraient convaincu les généraux américains. Trump y a vu l’occasion de se racheter et d’apparaître enfin comme un chef de guerre. Il a fallu quinze jours pour mettre au point l’intervention. Personne ne doute que le président des États-Unis dispose de moyens militaires exceptionnels. Aussi bien, les soldats des forces spéciales ont fait un excellent travail puisqu’ils n’ont pas enregistré de pertes de leur côté, alors qu’ils ont été obligés de combattre les hommes qui protégeaient le calife, avec des dégâts collatéraux, comme on dit, sur lesquels Trump n’a pas trop insisté. Bien entendu, il vient de se donner un répit à quelques semaines du lancement de la campagne des présidentielles. Mais il n’a pas mis fin aux procès qui lui sont intentés de toutes parts, notamment sur sa capacité scandaleuse à mettre les moyens de la Maison Blanche au service de ses propres intérêts électoraux. Il a même omis d’informer le camp démocrate de son projet de commando en terre syrienne.

La bataille continue.

Nul doute que la disparition d’Al Bagdadi plong les rangs djihadistes dans la stupeur. Mais ceux qui aspirent à prendre le pouvoir de cette nébuleuse de haine et de violence sont nombreux. Les terroristes n’occupent plus un vaste territoire, ils sont éparpillés dans les déserts syro-irakiens. La France a alerté tous ses services de sécurité de sa crainte d’une opération destinée à venger le calife. La bataille est donc loin d’être terminée, ne serait-ce que parce que ceux qui ont pratiqué les rites sauvages de la terreur ne savent exercer que leur ignoble métier et, surtout, ne sont pas à l’abri dans les steppes desséchées où  les cherchent les Kurdes, toujours les Américains, les Irakiens et l’armée loyaliste syrienne. Quant à Trump, la durée de ses décisions correspond à celle d’un homme affecté par la maladie d’Alzheimer. Isolationniste un jour, interventionniste le lendemain. Demain, il corrigera le tir en disant que la guerre est finie, que l’Amérique a remporté une victoire nécessaire et suffisante et que les boys doivent rentrer à la maison.

La mort du calife ne sera pourtant pas suffisante pour faire de lui un candidat imbattable aux élections présidentielles de 2020.  L’affaire ukrainienne (il a manipulé le président Zelinski pour qu’il fouille dans le passé du fils de Joe Biden, candidat démocrate, tout en faisant peser sur lui la menace d’une non-livraison d’armes) et surtout le lâchage des Kurdes l’ont affaibli, y compris dans son propre camp. La campagne de 2016 a été horrible à cause des réseaux sociaux, des slogans indécents, des actes pervers. À noter que Hillary Clinton a été blanchie par le Département d’État au terme d’une bien longue enquête sur l’usage qu’elle faisait de son ordinateur quand elle était secrétaire d’État. Tant de minutie et de temps pour faire éclater une vérité qui crevait les yeux. La campagne de 2020 sera pire car, cette fois,  le président sortant devra sauver sa peau. Et il a déjà largement fait savoir de quelles ignominies il est capable.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Mort du calife

  1. JULIEN dit :

    Selon certaines sources, le président Trump était opposé à l’action qui a permis de neutraliser Al Bagdadi ; cela parait peu probable, à moins que son opposition ait été antérieure à sa décision de rappeler les soldats américains.
    Qu’en pensez-vous ?

    Réponse
    Ce ne sont pas des sources, c’est de l’intox. Il suffit de voir avec quelle vulgarité Trump s’est emparé de l’aubaine. Il ne faut jamais chercher la logique de Trump. Il quitte la Syrie et il y revient pour faire un coup mémorable, qui lui donne une chance de plus pour les élections.
    R.L.

  2. Sphynge dit :

    Peu de louange, beaucoup d’animadversion… On peut quand même, et quelles que soient les mobiles de l’homme politique, féliciter ce président comme on l’a fait pour son prédécesseur dans des circonstances proches.

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