L’attaque la plus bête

Jean-René Etchegarray, maire de Bayonne
(Photo AFP)

Un octogénaire, Claude Sinké, a tenté d’assassiner deux musulmans à Bayonne, à proximité de la mosquée. Ils sont sérieusement blessés. Son forfait accompli, il est rentré chez lui, où la police l’a arrêté.

LE Rassemblement national connaît cet individu, qui a été candidat RN à des élections départementales  et a laissé le souvenir d’un excité, malgré son âge. Il possédait plusieurs armes. Il a reconnu les faits. Son geste est à la fois abject et absurde. Il a gelé le débat sur le port du voile. Ni les musulmans, ni les élus, ni les simples citoyens ne souhaitent qu’il soit posé en ces termes. M. Sinké a obtenu l’inverse de ce qu’il réclame : si le communautarisme est incompatible avec la laïcité, il est impossible d’en discuter dans un climat marqué par la violence. Le crime de Sinké nous renvoie à un récent incident provoqué par un autre membre du RN, Julien Odoul, qui a interpellé une femme voilée lors d’une réunion des accompagnateurs de sorties scolaires. Il l’a fait avec une telle véhémence que le fils de cette personne s’est mis à pleurer et qu’elle a dû quitter la salle. De sorte que l’opinion publique a été choquée par le comportement de M. Odoul, dont l’agressivité est interdite par la loi : le port du voile est légal dans l’espace public.

D’Odoul à Blanquer.

Au Sénat, Bruno Retailleau, chef des sénateurs LR, maintient sa proposition de loi interdisant le port du voile lors des sorties scolaires, malgré l’appel ferme de la sénatrice socialiste Samia Ghali à renoncer au projet et au débat. On a, dans cette séquence, tous les ingrédients qui font du sujet infiniment plus vaste, la place de l’islam dans la société française, une sorte de tabou contribuant à la mésentente entre religieux et laïcs. Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, ayant déclaré, après l’affaire Odoul, que le voile n’est pas une perspective pour notre société, M. Retailleau espère peut-être le pousser dans ses retranchements, autre approche très politicienne qui ne permet guère de rétablir le débat et la réconciliation. M. Odoul dit ce qu’il veut, fait ce qu’il veut et en paiera les conséquences. M. Blanquer, pour sa part, ne souhaite pas que la pratique du voile s’étende à l’ensemble de ses concitoyennes. Il n’y a aucune difficulté à récuser M. Odoul et à approuver M. Blanquer qui, dans ses propos, n’a pas pris le parti d’un obscur élu du RN mais a exprimé sa propre conviction.

 

Ressenti comme un défi.

Elle est tout à fait acceptable et ne préjuge en rien du sort qui sera donné au voile dans les années à venir. Le fait nouveau est que l’attaque de Bayonne a accéléré la victimisation des musulmans dont on imagine qu’ils ne sentent pas à l’aise dans ce climat de haine. Mais ils ne sont pas les seuls à subir les avanies de l’intolérance que trop de nos compatriotes alimentent encore. Il est parfaitement licite de prendre la défense des musulmans et, en même temps, de commencer à prendre des dispositions pour que l’exercice de leur religion soit accompli en harmonie avec les valeurs communes à tous les républicains. En revanche, il nous appartient, à tous, de nous élever contre le prosélytisme, les prises de position favorables aux actes terroristes, la négation des symboles nationaux, le repli communautaire aboutissant à la formation d’un État dans l’État. Le voile, aspect non essentiel des pratiques musulmanes en France, résulte souvent de la conviction de la femme qui le porte ; il peut aussi correspondre à la domination du mari sur son épouse ; il introduit dans tout rassemblement un exotisme parfois ressenti comme un défi lancé aux non-musulmans.

Question de culture.

Rien, dans cette analyse, n’abonde dans le sens du RN, d’Éric Zemmour et des racistes. Ceux qui commettent des attentats mortels contre la France et les Français sont une infime minorité qui doit être combattue par toute la société, musulmans compris. Car ils sont aussi libres que nous. Ils peuvent s’exprimer sans craindre des représailles. S’ils ont choisi notre pays, ce ne doit pas être pour y construire une forteresse ethnique et religieuse dont l’accès serait interdit à tous les autres. Il y a quelque trente ans, avant cette interminable affaire du voile, on parlait d’intégration, parfois même d’assimilation. Une foule de musulmans, artistes, écrivains, hommes d’affaires, politiciens, sont parvenus au sommet de la société française grâce à leur talent. Leur ascension n’est certes due qu’à leurs efforts personnels. Mais c’est la culture ambiante qui l’a permise.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to L’attaque la plus bête

  1. Michel de Guibert dit :

    Mais qu’on fiche la paix à ces femmes qui portent le voile ou un foulard !

  2. dominique dit :

    Dans les pays à dictature musulmane, lorsqu’il y a tentative d’émancipation, l’une des premières revendications des femmes est de ne plus être « obligées » de porter le voile. Cela devrait faire réfléchir à propos de la signification réelle de cet accessoire vestimentaire : parfois libre choix, parfois acte de soumission, parfois aussi acte de provocation. Qu’on le veuille ou non, il y a indiscutablement ambiguïté.

    Réponse
    Dans ma vie de journaliste, j’ai vu Bourguiba demander aux Tunisiennes qui l’acclamaient d’ôter leur voile. Aujourd’hui la gauche et l’extrême gauche en France souhaitent que les femmes musulmanes le portent.
    R. L.

  3. JMB dit :

    « Tout homme qui prie ou prophétise ayant quelque chose sur la tête, déshonore sa tête. Au contraire, toute femme qui prie ou prophétise ayant la tête découverte, déshonore sa tête; car c’est exactement comme si elle était rasée. Si, en effet une femme ne se couvre pas, qu’elle se coupe aussi les cheveux ! Un homme, lui, n’a pas à se couvrir, étant l’image et la gloire de Dieu. Mais la femme est la gloire de l’homme. Car ce n’est pas l’homme qui est issu de la femme mais la femme de l’homme. Et en effet, l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme l’a été à cause de l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de la puissance maritale, à cause des anges.
    …Jugez-en vous-mêmes : est-il convenable qu’une femme prie Dieu la tête découverte ?
    …Si pourtant quelqu’un a la prétention de contester, nous n’avons pas cette coutume-là, non plus que les Eglises de Dieu «
    Saint Paul (première Épitre aux Corinthiens,11)

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