Philippe ouvre les vannes

Buzyn et Philippe hier
(Photo AFP)

Si ce n’est par générosité, c’est par nécessité politique, que le gouvernement a décidé d’annoncer une grosse dépense sur trois ans pour sauver l’hôpital public. Las, les personnels hospitaliers ne sont pas convaincus.

LE PREMIER ministre annonce la reprise d’un tiers de la dette hospitalière, soit dix milliards d’euros en trois ans, un milliard cinq cent millions en trois ans pour améliorer les conditions de travail, une prime réservée aux personnels d’Île-de-France de 800 euros par an, des primes à l’embauche des médecins pouvant aller jusqu’à 15 000 euros. Un paquet de 13 à 15 milliards d’euros dont 300 millions seront dépensés dès l’année prochaine. Tout se passe exactement comme avec les gilets jaunes : les personnels, dans leur plus grand nombre, n’applaudissent guère. De quelle manière, le pouvoir va-t-il financer ces largesses ? Édouard Philippe assure qu’il n’augmentera pas le déficit. Dans ce cas, il devra raboter d’autres dépenses. Lesquelles ?

Un répit indispensable.

Il y avait une nécessité absolue à apporter aux personnels hospitaliers un répit. La crise de nerfs de l’hôpital public n’a que trop duré. On peut même dire que le gouvernement réagit avec retard et qu’il court le risque, aujourd’hui, de trouver face à lui une coalition de mécontentements. Il a certes compris la leçon, mais la crise est déjà passée au stade politique : ceux qui revendiquent n’ont pas la moindre idée de la façon dont on structure un budget, ni du risque d’aggraver la dette, bientôt aussi élevée que le produit national brut, dans un monde financier très incertain, menacé par un endettement mondial exponentiel. Le Premier ministre doit recevoir les syndicats les 25 et 26 novembre. Mais il n’est pas naïf : il sait qu’ils ne cèderont sur rien et attendent de voir les conséquences de la grève générale (et reconductible) du 5 décembre prochain.

Il n’y a pourtant rien dans son plan pour l’hôpital qui soit répréhensible. Il a pris la mesure de la crise. Sa décision la plus forte est la reprise partielle de l’endettement, ce qui donnera des marges de manœuvre pour la gestion des hôpitaux publics. Si l’objectif commun résidait dans la continuité de la protection des Français contre la maladie, le projet serait applaudi par la foule. Nous dépensons déjà 200 milliards d’euros par an pour la santé, donc la longévité, soit 11 % de notre PIB. Si la crise du financement s’aggrave, c’est parce que l’hôpital, soumis à diverses réformes successives, est devenu un univers kafkaïen où règnent le désordre, l’incompétence gestionnaire, le gâchis, parfois. Il demeure que, même en l’état, nous sommes le pays où les gens sont les mieux protégés contre la maladie et contre le vieillissement. La France, dans ce domaine, est le  premier pays de l’OCDE, avec un taux de succès thérapeutiques et de modération financière qui surpasse tous les autres.

Un levier politique.

Certes, la recherche minutieuse d’économies a rendu les conditions de travail, aux urgences en particulier et à l’hôpital public en général, intolérables. De fait, il ne s’agit pas d’une question politique. Il s’agit d’une question de niveau de vie. Quand des dispositifs encore puissants protègent contre le chômage et la santé, qui ne souhaiterait pas être français ? Les médecins, soignants et aides-soignants sont en tous points admirables qui se sacrifient pour la cause commune. Il fallait donc impérativement les encourager par des mesures concrètes. Mais il faut que tous nos concitoyens comprennent le risque auxquels ils s’exposent, s’ils font de cette affaire un levier politique susceptible de renverser le gouvernement. Ce n’est ni M. Macron qui importe, ni M. Philippe. C’est notre système de santé. À force de réclamer des sous et à force d’en recevoir, les hospitaliers mettent l’hôpital en danger tout autant que si rien n’était fait pour apaiser la crise.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Philippe ouvre les vannes

  1. Doriel Pebin dit :

    Merci pour cette analyse. Le principe de réalité ne disparaît pas en cas de récriminations ! Les Français ont une chance inouïe en termes de soins par rapport à de très nombreux pays de même niveau économique et cela a un coût. Je ne vois pas de délabrement de l’hôpital public quoique je travaille dans trois hôpitaux différents. Il y a certes des difficultés ponctuelles mais aussi nombre d améliorations potentielles notamment pour trois spécialités (urgentistes, radiologues et anesthésistes), souventà la pointe de la contestation. Depuis des années je constate une dérive corporatiste et individualiste. Deux exemples : les radiologues du gros CHG ou je travaille ont un « privilège » de ne travailler que 4 jours et je vois des urgentistes et des anesthésistes de mon hôpital principal intérimaires dans les autres hôpitaux ! Arrêtons la désinformation sur l’hôpital public et la déstabilisation de notre société, à visée avant tout politique. Arrêtons de jeter des pierres avec toutes ces critiques permanentes et inutiles à visée individualistes et non collectives. Qui pense réellement à l’intérêt général? Continuez à analyser avec une vision élargie et non sectorielle.

    Réponse
    Merci pour ce témoignage.
    R.L.

  2. RENOUARD Georges dit :

    Bonjour
    Je ne suis pas médecin, mais comme les autres corporations, voire syndicats, il est difficile de comprendre ce pays fait de récriminations.
    Je suis un syndicaliste d’entreprise, devenu président d’une « petite » complémentaire santé avec le temps et si nous pensons depuis toujours à l’accès aux soins de nos adhérents, il est évident qu’il y a des choses à faire pour simplifier le monde de la santé qu’elle soit de ville ou hospitalière.
    Mais le corporatisme l’emporte toujours sur le bien général.
    Le gouvernement actuel a mis sur la table nombre de dossiers que ses prédécesseurs ont toujours reculé à faire, et c’est évidemment lui qui prend tout dans la « figure ».
    Faudrait-il diminuer le nombre de syndicats et associations de tous ordres ? faudrait-il vraiment se mettre autour de la table avec une volonté d’objectif minimum partagé ? La France est un pays bien compliqué même avec un Reste à Charge Raisonnable qui sera payé par nos adhérents, clients chez d’autres
    Bien cordialement

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