Trump : dérive d’un pouvoir

« Je ne demande rien ! »
(Photo AFP)

Comme dans tous les cas où le pouvoir politique est contesté, la défense de Donald Trump est devenue hystérique, convulsive, indécente, indigne, catastrophique pour un pays dont le principal atout est la solidité des institutions.

DONALD TRUMP n’en a cure. Ses gesticulations reflètent la situation désespérée dans laquelle il se trouve. Il semble même tenté par un coup de force, comme la disqualification de la Chambre des représentants, à laquelle il refuse de rendre des comptes, ou la surdité totale à une crise qui affole aussi les républicains. Le problème avec Trump est qu’il n’y a pas de doute. Il a eu une conversation téléphonique avec le président ukrainien, Volodymyr Zelenski, en juillet dernier, il lui a bel et bien demandé d’enquêter sur les activités du fils de l’ancien vice-président Joë Biden, et il lui a fait comprendre qu’il ne livrerait par les armes offertes par les États-Unis à l’Ukraine si M. Zelenski ne se pliait pas à ses exigences. Cette conversation est documentée. L’avocat personnel de Trump, l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, dans un moment d’aveux arrogants, l’a reconnu. Trump, néanmoins, continue de nier l’évidence et sort sur le perron de la Maison Blanche pour brandir un papier sur lequel il a écrit en majuscules une demi-douzaine de fois : « I want nothing ! No quid pro quo ! ». (« Je ne veux rien, il n’y a pas eu d’accord donnant-donnant ! »). Le reste du temps, le président américain passe son temps à diffamer ceux qui ont rejoint la cohorte troublée  des dénonciateurs de ses manigances, à commencer par l’ancienne ambassadrice des États-Unis à Kiev, qui a eu le malheur de confirmer les accusations proférées contre Trump.

Un maître-chanteur.

Je me demande comment il est possible qu’un chantage avéré, exercé par Trump contre un homologue étranger, laisse indifférente une bonne fraction de la population américaine alors que le chantage en question ne fait plus le moindre doute, qu’il était destiné uniquement à protéger Trump au moment où s’ouvre la campagne électorale et que Trump a mis les moyens énormes dont il dispose au service de son intérêt individuel. La procédure d’impeachment pourrait s’arrêter là. L’homme apparaît aujourd’hui dans la pire version de lui-même que pouvait donner l’ancien roi de l’immobilier. Il n’y a pas d’épithète assez forte pour le désigner : c’est un mafieux, un hors-la-loi, un gangster qui terrifie ses opposants en laissant planer sur eux et leur famille des menaces du style Cosa Nostra. Jusqu’à présent, les élus républicains forment une garde prétorienne autour de Trump, mais quelle grandeur y a-t-il à défendre un homme aussi vil ? Le cynisme politique explique leur attitude. Tant que Trump restera un atout, ils ne passeront pas dans le camp adverse et c’est seulement s’il perd toute chance de conquérir son second mandat qu’ils le lâcheront.

Un flagrant délit.

On se souvient que l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la campagne électorale de 2016 avait produit un mémorandum qui laissait au Congrès le soin de tirer ses conclusions. Trump n’a pas divulgué la totalité du document et s’est arrangé pour que les élus républicains étouffent l’affaire. Mais, dans l’affaire ukrainienne, il a été littéralement pris en flagrant délit, sa conversation avec M.  Zelenski ayant été enregistrée, comme tous les coups de fil de la Maison Blanche à l’étranger. Le coup de grâce lui a été donné par Gordon Sondland, ancien ambassadeur américain auprès de l’Union européenne, qui a confirmé les accusations. On constate chez Trump une incapacité à distinguer ce qui est légal et ce qui ne l’est pas ; à nier avec d’autant plus de vigueur ses méfaits qu’ils sont particulièrement sordides ; à se livrer à des esclandres systématiques quand il est pris en faute, comme un garçonnet pris les doigts dans le pot de confiture. L’opinion américaine, si divisée sur Trump, ne devrait-elle pas se donner un président plus décent ? Se rend-elle compte du mal que ce président fait à son pays ? Y aura-t-il un moment où les républicains admettront que, décidément, cet homme-là est la honte de la nation ? C’est une cabale, c’est un complot, dit la Maison Blanche. En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu vient d’être mis en examen pour trois chefs de corruption. Bizarre, mais il réagit comme Trump : c’est un complot, dit-il.  Dans ce cas, pourquoi les deux hommes ne font-ils pas confiance à la justice de leur pays ? Ils ignorent la présomption d’innocence parce qu’ils savent que se love dans tous les esprits la présomption de culpabilité.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Trump : dérive d’un pouvoir

  1. mathieu dit :

    Il n’est pas rassurant, pour la plus puissante démocratie de la planète, qu’une majorité de – grands – électeurs aient porté au pouvoir un tel personnage. Il est encore plus inquiétant qu’après trois ans d’exercice, et d’observation clinique du sujet, le parti républicain soit prêt à proroger son bail pour quatre années.
    Combien est fondée (la première partie de) la célèbre sentence de Churchill sur la démocratie !

  2. Peiffer dit :

    « Ils ignorent la présomption d’innocence parce qu’ils savent que se love dans tous les esprits la présomption de culpabilité. » C’est une belle phrase que vous écrivez là sur deux individus iniques…En écho avec votre article sur Polanski, pédophile, malgré le pardon de sa victime âgée de 13 ans lors de faits qui sont avérés et où vous exprimez dans votre article ( « l’artiste et le viol » l’admiration pour ce cinéaste, un personnage pervers, qui vous permet comme vous l’écrivez d’ajuster votre jugement…et quel jugement que le vôtre.

  3. Laurent Liscia dit :

    Les républicains continuent à prétendre qu’il n’y pas flagrant délit. Trump serait même fier d’avoir exercé un chantage sur l’Ukraine. C’est de la bonne politique, nous dit-il.

    Réponse
    C’est bien ce que je dis : ce type est irrécupérable.
    R.L.

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