Grèves : les excités politiques

Marine Le Pen veut un référendum
(Photo AFP)

Comme grèves et manifestations sont un succès triomphal, les opportunistes de la politique tentent de ramener la couverture à eux. On ne pouvait pas attendre moins de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon.

MARINE Le Pen pense que, dès que le gouvernement aura formulé son projet de réformes des retraites, elle « exigera » un référendum. Raison : 69 % des Français sont favorables au mouvement social. Pourtant, elle sait très bien qu’une réforme des retraites aussi complexe que celle-ci ne pourra pas se concrétiser si des questions sont posées auxquelles les réponses seront variables, contradictoires, génératrices de confusion. Mais, dans la galaxie de l’extrême droite, il n’y a aucune limite à l’irresponsabilité des propos et des actes. Taper fort, apporter au débat des éléments qui le rendent encore moins compréhensible, montrer que l’on a pris Macron à la gorge et qu’il va mourir de suffocation, voilà ce qui importe. Et puis, on découvre que Jean-Luc Mélenchon, chef de la France insoumise, commence à trouver du charme à Mme Le Pen. Le soutien à la fois royal et généreux qu’elle a apporté au mouvement social l’a séduit. Il trouve qu’elle est gagnée par « l’humanisme ». Quand même, je vous l’avais bien dit, ces deux-là se disent diamétralement opposés, mais ils sont faits pour s’entendre.

Les extrêmes se rapprochent.

Vous me direz que Macron a fait à peu près tout ce qu’il fallait pour que s’opère, sinon une « convergence des luttes », l’expression de l’année, la coagulation des extrêmes. Les voilà qui se répandent sur tous les plateaux et dans tous les studios pour imaginer, comme les Anglais un « shadow cabinet », un gouvernement fantôme. Ils ont la solution pour tout en recourant à l’inversion des constats. Je vous fournis un exemple : le financement des retraites ne constitue pas un problème car nous ne sommes pas obligés de rembourser la dette nationale. Pour nous affranchir de cette contrainte, il nous suffit de faire marcher la planche à billets ou mieux de taxer les « riches », ou d’augmenter les tarifs douaniers ou encore d’augmenter les salaires. Nous n’avons besoin ni d’importer ni d’exporter, le marché intérieur est plus que suffisant, surtout si on double le SMIC et qu’on envoie la facture à Pinault, Arnaud ou Bettencourt. C’est ce que George W.H. Bush (le père) appelait l’économie vaudoue, celle qui fait des miracles par la seule incantation. Le referendum sur les retraites relève de la même pensée très élaborée. Mais l’ambition de Mme Le Pen est trop limitée. La question ne devrait pas être « voulez-vous de cette réforme ? », mais « voulez-vous une réforme ? ». On verrait alors le peuple souverain (dixit Mélenchon) exprimer sa véhémence contre tout ce qui le dérange, en particulier l’inéluctable réalité des faits.

Mélenchon ne fait pas le poids.

J’ai l’air de plaisanter ou d’avoir l’ironie facile, mais, si vous additionnez les troupes de Mélenchon et de Le Pen, ça fait du monde et, s’ils commencent à se trouver mutuellement « humanistes », ils finiront par s’allier contre l’homme qui, aujourd’hui, occupe le pouvoir. Cela se devinait. On décelait des points communs entre la France insoumise et le Rassemblement national ; les deux n’ont que le mot referendum à la bouche ; les deux, en réalité, ont des programmes inapplicables ; les deux veulent étendre leur religion ésotérique jusqu’à ces confins de la démagogie où ils auront enfin la peau de Macron, le seul trophée qui soit digne de leur magnifique prestance, de leur superbe expérience, de leur incorrigible narcissisme. Après quoi, eh bien, on gouvernera comme on pourra. Nul doute qu’après Macron, Le Pen et Mélenchon se disputeront. On connaît la fin de l’histoire. Mélenchon ne fait pas le poids.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Grèves : les excités politiques

  1. Sphynge dit :

     » Le Pen et Mélenchon se disputeront. On connaît la fin de l’histoire. Mélenchon ne fait pas le poids. » ou Le Pen quittera le pouvoir démocratiquement comme l’a fait Salvini, l’horrible fasciste d’extrême-droite qui ne devait plus jamais partir. Non, les temps ont changé, ces partis, extrêmes selon la bien-pensance, ne représentent, aujourd’hui que la droite démocratique classique, majoritaire dans le pays, et qu’il serait totalitaire d’empêcher d’accéder au pouvoir. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter, l’oligarchie veille et utilisera tous les moyens nécessaires pour que cela n’ait pas lieu. Et, on l’a vu, elle sait le faire.

    Réponse
    Bien pensance ? Salvini est aux portes du pouvoir et compte bien y revenir. L’AfD est en train de remplacer lentement mais sûrement les sociaux démocrates allemands. Marine Le Pen a des chances plus élevées d’être élue présidente. Vous minimisez les gains de l’horrible extrême droite fasciste pour mieux la laisser au pouvoir ou y revenir.
    R. L.

  2. Doriel Pebin dit :

    Puisqu’on parle de Salvini et des extrêmes, il faut non seulement saluer mais s’approprier le mouvement des « sardines « … italiennes. Ces citoyens humanistes se réclament d’une position humble, à l’écoute et sans insulte. La courtoisie est une règle. Cela nous change des populistes de droite et de gauche qui ne sont que des professionnels de la provocation et de la simplification. Leur objectif est de prendre le pouvoir au bénéfice de leur TPE (très petite entreprise). Les citoyens de la majorité silencieuse ne doivent plus laisser le monopole de la parole. M. Liscia, faites connaître par l’intermédiaire de votre blog, cette réponse citoyenne et républicaine. Nous nous devons de défendre la démocratie contre les promesses de ces populocrates. La France et l’Italie méritent mieux que ces bateleurs d’estrade. Enfin un mouvement citoyen respectueux du vivre ensemble et des règles de la démocratie, notamment l’esprit de consensus.

    Réponse
    Voilà qui est fait.
    R.L.
    .

  3. Sylvere ATTIA dit :

    Cher Monsieur.
    Je désirais partager votre article sur » l’atteinte à la liberté des autres » parus dans le quotidien du jeudi 5 décembre et je ne l’ai pas trouvé sur votre blog.
    J’en suis désolé car il était d’une pertinence exemplaire.
    Bien à vous

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