Dialogue de sourds

Macron joue gros
(Photo AFP)

Le gouvernement annoncera mercredi le contenu de la réforme des retraites. Si ce moment de révélations est très attendu, il n’est pas sûr du tout qu’il calme le jeu. La CGT et FO rejettent le principe même de la réforme et, dans la mobilisation contre le projet, il y a surtout l’envie de régler ses comptes avec Emmanuel Macron.

L’EXÉCUTIF doit rassurer la population sur un retour à l’apaisement  social dans les jours qui viennent et trouver enfin une issue avec les syndicats. En l’état actuel des choses, c’est une mission presque impossible. La question des retraites sera, ou non, la « mère de toutes les réformes ». Elle correspond à un acte majeur de la politique macronienne, ce que beaucoup de commentateurs tendent à oublier ; elle a certes pris du retard mais uniquement à cause de la crise des gilets jaunes ; et elle a failli périr sous les erreurs de communication. Mais elle n’est pas la crise imprévue survenue pendant le déroulement du mandat ; elle n’est pas le monstre du Loch Ness surgi des eaux ; elle a été conçue et devrait être appliquée dans le cadre de la modernisation indispensable de notre pays.

Un choc politique.

Le choc entre le pouvoir et une partie irrédentiste du peuple n’est nullement social, il est politique ; le refus de la CGT et de FO d’envisager la moindre réforme des retraites ne correspond à aucune revendication sociale, c’est un acte politique destiné à pousser le gouvernement dans les cordes ; même la critique de la CFDT, qui refuse une « réforme paramétrique » n’a pas beaucoup de sens pour qui est conscient du déficit et de la dette. L’objectif premier de la réforme est de faire des économies, impossibles à réaliser avec 42 régimes.

La crise actuelle n’est pas celle des gilets jaunes, elle est encore plus grave et elle traduit l’aversion pour le macronisme d’un certain nombre de Français peu désireux de céder à la logique. Il est donc parfaitement possible que le pouvoir ne résiste pas à un échec de la réforme, surtout si, au terme du chaos, il doit la retirer. On devine fort bien à quoi ressemblerait un échec et on imagine ses conséquences. On voit moins bien l’image du succès : une réforme qui satisferait tout le monde et donc ne changerait rien ? Qui ferait des perdants et des gagnants, ce qui creuserait un peu plus les divisions françaises ? Qui serait juste et diminuerait les inégalités entre pensionnés et qui serait acceptée grâce à la CFDT, ce qui implique la déroute de la CGT ?

Une non-réforme ? Pire que la crise.

Nul doute que, dans ses réunions, le gouvernement aura minutieusement cherché les maillons faibles de la chaîne qui l’enserre aujourd’hui. Nul doute que, les ayant identifiés, il portera ses coups sur ces maillons. Mais la stratégie la plus habile ne suffira pas. Il faut aussi qu’au moins une partie des décisions séduisent ceux de nos concitoyens les plus hostiles et les retournent en faveur de la réforme ; il faut que la lassitude causée par la grève engage ceux qui travaillent à réclamer un répit ; il faut que que la preuve soit enfin apportée qu’il existe un agenda syndical et un agenda de l’opposition sous toutes ses formes et dont le projet est obsessionnellement de battre Macron  avant l’heure.

On ne s’en étonnera pas : la séquence des municipales et des rendez-vous électoraux qui suivent explique tous ces comportements excessifs qui ont marqué le mandat de M. Macron. Il s’est fait beaucoup d’ennemis, cela le desservira ; il a eu des mots malheureux qui ont transformé des opposants en enragés ; mais le fond de l’affaire est parfaitement limpide. Ce n’est pas de la réforme que les Français ont peur, elle est appliquée chez tous nos voisins. Pour des raisons purement démagogiques, Macron ne fera pas ce que tout le monde fait, prolonger les carrières à mesure que croît l’espérance de vie. Qu’est-ce que ce pays qui ne veut rien faire comme ses partenaires commerciaux alors qu’il nage dans leur crique ? Qu’est-ce que ce fol irréalisme qui permet à des salariés de quitter leur travail à 52 ans ? Non, pour les Français, le mot réforme, qui contient pourtant une notion de vertu, est haïssable. Il faut s’en dispenser à tout prix, quitte à courir le risque d’une baisse des pensions.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Dialogue de sourds

  1. PICOT dit :

    Il faut distinguer deux choses : le système de retraite à points qui nous est proposé et le reste : âge de départ, augmentation des cotisations, baisse du niveau des pensions. Sur le premier point, et c’est le plus important, tout le monde, ou presque, est d’accord : c’est niet. Quand le gouvernement nous dit que la valeur du point ne baissera pas il se moque de nous, il baissera du seul fait de l’inflation et les pensions avec. La presque totalité de la population est contre ce système? Aucune importance la Macronie (et l’UE, tiens, tiens, qui encourage Macron) veut passer en force. Ce projet ne sauvera nullement les retraités, bien au contraire, il les appauvrira et c’est là le but. On voit déjà les assureurs, comptant. M. Delevoye parmi leurs conseillers, se frotter les mains pour capitaliser les assurances vieillesses que seuls les pus aisés pourront s’offrir.

    Réponse
    La valeur du point n’est pas établie, mais vous dites quand même qu’elle sera diminuée. Elle peut aussi être revalorisée. Les retraités actuels ne courent aucun risque, ils ont le statu quo. Bien entendu, l’Union européenne (que vous découvrez seulement aujourd’hui) est favorable à un système de retraites qui ne perd pas d’argent et tous ceux qui pensent que l’argent n’a pas d’importance sont des irresponsables graves. M. Delevoye n’avait pas à déclarer un emploi bénévole pour lequel il n’a jamais touché un centime. Comme en France on ne lâche jamais personne, on le soupçonne d’avoir des liens avec les assureurs. Encore faut-il le prouver. Combien de mensonges voulez-vous publier ?
    R. L.

    • un patient qui ne l'est plus vraiment avec toute cet chianlie dit :

      Seul Fillon l’a admis devant le gratin du Medef que le but était de pouvoir baisser le point, pas de bol il était enregistré, le gouvernement l’admet de fait en proposant une bonification de points lors de la bascule sinon il y aurait trop de perdants dès la mise en place.
      Il faudra me trouver qui aujourd’hui part à 52 ans, il ne doit pas rester beaucoup de ces poilus, car pouvoir c’est une chose mais avec quelle pension ? Il y a un minimum de cotisation à assurer, ce n’est pas en entrant à 50 ans dans un régime spécial que deux ans plus tard, youpi c’est la quille ! faut arrêter de stigmatiser un pourcentage marginal de la population qui partira avec quoi d’abord ? Une retraite de ministre ? Hé bien non, à peine plus que le Smic pour la plupart, sinon moins ; ça fait rêver et parlons de l’espérance de vie. Pour combien de temps et dans quel état quand la santé est souvent déjà très vacillante bien avant la retraite ? et les Ehpad si on y arrive, ça fait vraiment envie ? C’est de moins en moins réservé aux très anciens, sans parler de tout ceux qui y passent largement avant, de l’explosion des cancers et autres joyeusetés de l’industrie agro-alimentaire et chimique, parlons aussi des labos de pharmacie qui ne financent pas la recherche et n’ont pas trouvé de nouvelles molécules depuis trente ans mais continuent à nous faire payer les même repackagées plein pot tout en fermant des laboratoire et en licenciant à tour de bras et ça sur le dos des patients et de la sécu…et le système de santé sous perfu et valium quand il n’est pas carrément absent ? la priorité c’est vraiment les retraites ? le gouvernement à pas plus urgent à gérer ? vraiment ? C’est des mensonges tout ça ? Celui qui ne participe pas/peu à l’économie car il n’est pas suffisamment instruit ou que son travail n’est pas valorisé à la hauteur de son apport à la société car il n’a pas l’adoubement du diplôme pour le « justifier », n’a pas poussé ces pairs pour s’asseoir sur son siège éjectable qu’on appelle le salariat/l’entrepreunariat/régime libéral et ne s’est pas surendetté pour ce système doit crever sur le bord de la route ? L’argent n’a pas d’importance car c’est le fruit d’un consensus intellectuel, il n’a aucune réalité ou permanence, ceux qui pensent le contraire sont des irresponsables graves car victime de la lobotomie de la pensée ultra-libérale. Le capitalisme ne peut pas exister sans dette, simple principe de base de l’économie, les question sont qui la détient, comment, pourquoi, à quel taux, comment la richesse produite est partagée et accessoirement est-ce qu’on veut vraiment vivre tous ensemble ? Visiblement non….car les ultra-libéraux sapent l’économie et ce depuis bien avant la Première guerre, on vit juste les derniers coups de butoirs.

      Réponse
      Vous êtes libre de croire à une série de contre-vérités, mais vous n’avez pas raison. Si les laboratoires ne font rien, comment expliquer la progression de l’espérance en France ? Finir dans une Ehpad, n’est-ce pas le destin de tous les gens vieux et malades, riches compris ? Et qu’est-ce que cela a à voir avec la retraites. Les régimes spéciaux ne coûtent pas cher ? C’est vous qui les financez. Qui part à 52 ans ? Assez pour coûter huit milliards par an. Quant au point de vue de Fillon, il me semble qu’il un peu perdu en crédibilité. Le gouvernement propose un bonus, pour vous c’est la preuve que le point sera insuffisant. Dans ces conditions, pourquoi vous battre pour garder un système que vous ne cessez de dénigrer ?
      R.L.

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