Le Brexit, c’est sûr

Boris au sommet
(Photo AFP)

Les élections législatives en Grande Bretagne ont offert un ras-de-marée au parti conservateur, dirigé par Boris Johnson qui, avec 14 millions de suffrages et 367 sièges aux Communes sur 650, dispose désormais d’une majorité écrasante. De sorte que le Brexit au 31 janvier prochain est certain. Mais tout n’est pas si simple.

IL FAUDRA en effet ouvrir entre Bruxelles et Londres un dialogue censé durer un an. Donald Trump s’est empressé d’annoncer un accord commercial États-Unis-Grande-Bretagne qui ferait plus que compenser la baisse des échanges entre l’Europe et le Royaume-Uni. Ce qui est conforme à son emphase, habituelle et infantile. Les Britanniques ne passeront pas aussi facilement d’une forme de commerce extérieur à une autre. Les Européens ont pris acte de ce qu’ils préfèrent considérer comme une « clarification » plutôt que comme un désastre. Enfin, M. Johnson devra régler les problèmes aigus entre Londres et l’Ulster, qui ne veut pas d’une frontière matérielle avec l’Union européenne et avec l’Écosse, pro-européenne, où le parti national écossais a remporté 48 sièges aux Communes et un million deux cent quarante mille voix.

C’était écrit.

La victoire de M. Johnson était écrite. Le Labour, dirigé par Jeremy Corbyn, qui souhaitait « déthatchériser » le royaume et n’a réussi jusqu’à présent qu’à dénaturer le parti qu’il dirige en affichant quelques convictions très proches de l’antisémitisme, n’offrait pas vraiment un rempart à la remontada des tories. Si bien que le triomphe conservateur met fin à des inquiétudes sur le sort d’une Grande-Bretagne qui eût été soumise à l’influence du seul Corbyn,  et confirme, sans doute définitivement, la réalité du Brexit, mais reste aux mains d’un homme dont l’indéniable autorité est compromise par des caprices et des mensonges éhontés peu compatibles avec l’exercice d’une démocratie parlementaire. Cette fois, en tout cas, Boris Johnson peut compter sur ses affidés, tous élus dans sa mouvance et sur le slogan « let’s get the Brexit done ». Même si des dissidents, comme David Cameron, l’ancien Premier ministre responsable du référendum de 2016, et donc du Brexit, et John Major (le Premier ministre qui a succédé à Margaret Thatcher) sont ardemment hostiles à la rupture avec l’UE,  la majorité de M. Johnson, naguère imprégnée d’un courant hostile à sa personne, est désormais beaucoup plus sûre.

Barnier à la manœuvre.

Ainsi allons-vous vers la fin d’un feuilleton hallucinant qui a ébranlé l’Union européenne et transformé les Britanniques en névrosés. Son succès, le Premier ministre le doit à lassitude des Britanniques qui exigeaient que se termine ce feuilleton de très mauvais goût, lequel a donné lieu à des polémiques incessantes, parfois mensongères et le plus souvent affreusement vulgaires. Comme quoi, les sujets de Sa Majesté ont perdu de leur flegme historique et ne se remettront pas de sitôt d’une épreuve qui alimentera les recherches universitaires des prochaines générations. On n’a donc aucune raison de se réjouir, sauf peut-être de la défaite de Corbyn, personnage au discours bien plus idéologique que pragmatique et plus préparé à gouverner un pays du tiers-monde qu’une démocratie développée. Ce qui explique la magnifique majorité remportée par les conservateurs : Corbyn, par son programme inadapté et un manque de courage politique incroyable (il ne s’est pas engagé pour ou contre le Brexit et avait prévu un nouveau référendum s’il était élu Premier ministre), a contribué à la division des anti-Brexit. Quoi qu’il en soit, c’est toujours Michel Barnier, malgré le renouvellement de la Commission européenne, qui poursuivra les négociations avec Londres. Il a déjà administré la preuve de son talent, de son calme et de sa fermeté.

RICHARD LISCIA

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6 Responses to Le Brexit, c’est sûr

  1. Laurent Liscia dit :

    Au moins ceci va forcer une réforme du Labour Party : un examen de son langage et de ses objectifs.

  2. Sphynge dit :

    Mais attention, ce n’est pas encore gagné : l’oligarchie européiste dispose encore de moyens pour empêcher le Brexit ou au moins le dénaturer. La France a connu cela avec le référendum européen de 2005. Si, comme l’affirmait la propagande, le peuple anglais regrettait de s’être trompé en votant pour le Brexit, il n’aurait pas laissé les conservateurs gagner ainsi l’élection législative. Quoi qu’il en soit de Corbyn et des travaillistes. On peut donc être beau joueur et dire bravo au peuple anglais qui nous a donné une nouvelle leçon de démocratie et qui va, si rien ne l’arrête, reprendre vite sa liberté, notamment en matière d’harmonisation juridique, fiscale et sociale, de pêche, de politique étrangère et migratoire… Cette dernière étant probablement la raison principale du Brexit. Cela vaut bien le risque d’une période de désordres économiques !

    Réponse
    Le peuple anglais a voté tory parce que le Labour de Corbyn n’a rien à lui offrir.La question n’est d’être bon ou mauvais joueur. La question est de savoir de quoi sera fait l’avenir d’un peuple qui a élu un Premier ministre sur la base du mensonge et de la démagogie.
    R.L.

  3. PhBan dit :

    Toujours aussi sévère avec le flamboyant Boris ! Pourtant il a réussi son pari et tient sa promesse, le Brexit aura bien lieu. C’est le vœu du peuple anglais, il doit être respecté, et, à moyen terme, il n’est pas sûr que ce soit le désastre annoncé.
    Réponse
    Vous avez tout à fait raison : il n’y aura aucun désastre quand les Écossais demanderont leur indépendance et quand la guerre civile reprendra en Ulster. J’admire la contradiction fondée sur l’optimisme, pas sur des arguments.
    R.L.

  4. PSG Kläder dit :

    Pas mal ! Il y a quelques bons arguments. J’apprécie vos écrits et même pour des sujets que connais mal, je les trouve intéressants.

    PSG Kläder

  5. J’apprécie la persistance avec laquelle vous publiez votre blog et l’information détaillée que vous fournissez.il est utile de lire de temps en temps des articles qui ne sont pas la resucée de ce qu’on lit tout le temps.Je reste en contact et je serai dorénavant alertée chaque fois que vous publiez un article. Lecture excellente.

    Liverpool Drakt Barn

  6. Voilà un très bon blog !

    Maglietta Roma

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