La détente est possible

Laurent Berger
(Photo AFP)

On ne peut nier ni le bon sens de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT réformiste, ni l’aversion qu’il éprouve pour la violence actuelle des rapports sociaux. Il émet des propositions qui méritent d’être examinées.

HIER SOIR, sur France 2, M. Berger a déclaré qu’il fallait abandonner le projet d’âge-pivot (pour les retraites) et convoquer une grande conférence sur le financement des pensions, double suggestion susceptible de calmer le pays et, pour le gouvernement, d’aboutir à une solution sans qu’il y laisse son honneur. Nombre d’élus de la République en marche ont saisi la balle au bond et l’exécutif doit s’en emparer. Un tout récent sondage montre que deux tiers de Français sont hostiles à l’âge-pivot, ce qui n’est pas logique mais résulte des critiques innombrables, souvent de mauvaise foi, lancées par les syndicats non-réformistes et par les partis d’opposition. La nécessité d’une prolongation des carrières professionnelles n’est pas une punition infligée au peuple français. Elle se situe dans la logique d’une espérance de vie qui s’allonge et d’une qualité de vie des seniors qui ne cesse de s’améliorer, alors que le nombre d’actifs diminue pendant que le pays paie les pensions de 15 millions de personnes âgées. Mais il faut en finir, il faut sortir de cet infâme bourbier où nous ont tous jetés les gilets jaunes d’abord, les syndicats ensuite. Le gouvernement doit réagir positivement aux propositions de M. Berger.

L’impossible victoire.

Ce ne sera d’ailleurs pas facile, parce que la CGT et d’autres organisations continuent à réclamer le retrait complet du projet, façon de s’offrir une victoire là où il ne doit y avoir ni perdant ni gagnant si l’on veut que la France retrouve sa sérénité. L’expérience l’a néanmoins prouvé : un gouvernement peut progresser avec l’aide d’une partie des syndicats, surtout quand on sait que la CFDT est devenue le premier d’entre eux. Le calme M. Berger sait à quoi s’attendre : on l’accusera de toutes les vilénies parce qu’il refuse d’obéir aux réflexes démagogiques qui dominent la CGT et Sud, syndicats qui voient midi à leur porte parce que l’opinion les soutient pour le moment. À n’en pas douter, ils donneront du fil à retordre aux négociateurs de la phase finale des pourparlers et ce n’est pas demain que les trains rouleront tous, dès lors que le 9 janvier sera une nouvelle journée de mobilisation. On ne peut circonvenir l’intransigeance, progresser, jeter de l’eau sur le feu qu’en négociant. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, n’ignore nullement que sa politique, tout en lui apportant de la lumière, est dangereuse parce qu’elle risque à tout moment d’exaspérer ceux qui veulent travailler et finiront par le faire savoir à leur manière.

Une nécessité pour le pays.

Autrement dit, rien n’est encore résolu après presque quarante jours de grèves et de manifestations, mais, en y réfléchissant bien, il ne se passe rien en France qui ne soit plus excessif que ce qui s’est passé avec Trump aux États-Unis  et en Grande-Bretagne avec Boris Johnson : la radicalisation du peuple français fait certes des ravages, mais elle n’a pas affaibli les institutions, comme c’est le cas à l’étranger.  Dans les déboires qu’il aurait pu éviter au moins en partie, le gouvernement a la chance de compter sur un système solide qui, à ce jour, a résisté à une tempête démagogique à laquelle l’extrême droite, l’extrême gauche, la droite classique et la gauche ont joyeusement participé, comme si les malheurs de la majorité les sauvaient de leur faiblesse intrinsèque et comme si Emmanuel Macron, quels que soient par ailleurs ses erreurs et son autoritarisme, n’avait pas prouvé qu’il était en situation de pousser très loin les réformes, pour une raison d’une simplicité biblique : le pays en a rudement besoin. On fera les comptes lors des échéances électorales et on les fera encore mieux si la crise des retraites est résolue avant les élections municipales au mois de mars. Encore faut-il que le pouvoir, si courageux pour lancer des projets ultra-sensibles, le soit encore plus pour accorder des concessions.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to La détente est possible

  1. marco dit :

    Que faîtes-vous des caisses autonomes qui vont trinquer? Macron a décidé, donc c’est bien !
    Réponse
    Ce n’est pas du tout ce que j’ai dit. Je vous signale que je suis retraité dépendant d’une caisse autonome.
    R.L.

  2. PICOT dit :

    Pas d’accord. Vous n’êtes surement pas surpris. Je trouve, et je ne suis pas le seul, que ce type gouverne contre son propre peuple. Pratiquement tout le monde a compris ce piège grossier que constitue le système à points. Le régime »universel », comme ils disent, et qui, en France, est parfaitement inapplicable (qu’y a t il de commun entre un conducteur de la RATP et un avocat, par exemple ?) semble avoir été tenté en Suède. Résultat : une baisse des pensions malgré une (petite) part de capitalisation. C’est exactement ce qui va nous arriver. Tous les économistes ne sont pas d’accord sur le soi-disant déficit à venir des caisses de retraite. Il y a un blocage? Certes, et dans ce cas là un référendum serait parfaitement indiqué. Trop dangereux pour le pouvoir qui se doute d’avance du résultat. Et en ce qui concerne les régimes autonomes comme celui des avocats , des médecins et du votre M. Liscia, il n’y a aucune raison d’y toucher puisqu’ils sont à l’équilibre et que, par dessus le marché, ils versent pas mal de millions d’euros au secteur public qui lui ne l’est pas. Ce projet étatiste et collectiviste va faire disparaître les professions libérales. Etes vous d’accord avec le fait que cette « réforme », si elle passe va diminuer le montant de votre pension de 30 % (n’espérez pas que ce sera pour les générations suivantes) et doubler le montant des cotisations des actifs ? Et n’êtes vous pas surpris par le silence de plomb du gouvernement (et des médias) sur la situation des professions libérales malgré toutes les questions qu’elle lui posent? Ce projet nage dans le flou artistique le plus complet.

    Réponse
    Arguments fallacieux. Ce « type » gouverne. Je n’ai aucun souci pour ma retraite et je vous laisse broyer du noir. Parmi les médecins, je vous recommande les psychothérapeutes.
    R. L.

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