Trump gagne un pari

Ali Khamenei
(Photo AFP)

Les tensions entre l’Iran et les États-Unis sont retombées avec l’affaire de l’avion de ligne abattu par un missile iranien, faisant 176 morts, crime qui a été reconnu par Téhéran.

QU’EST-CE qui a bien pu conduire les dirigeants iraniens à admettre publiquement l’erreur mortelle commise par leurs services, qui ont abattu l’avion de ligne au moment où ils étaient chargés de bombarder des bases militaires en Irak, où se trouvaient des militaires américains ? La raison de leur comportement est claire. Pendant deux ou trois jours, ils ont présenté l’affaire comme le résultat d’un accident, alors que les informations reçues par le Canada indiquaient que l’avion avait été touché par un missile iranien. Bien que les obsèques du général Qassem Souleimani aient été suivies par des millions d’Iraniens éplorés, le peuple placé sous le joug des ayatollahs n’a pas été dupe de leur mensonge : il a constaté une fois de plus que le gouvernement iranien est dirigé par des incompétents et que beaucoup de ressources, si précieuses aux gens pauvres, sont détournées chaque jour pour avancer au Proche-Orient les pions de la diplomatie iranienne.

Le peuple demande des comptes.

La première conséquence, c’est qu’une théocratie, même si elle gouverne d’une main de fer, finit toujours par rendre compte au peuple ; la deuxième, c’est que les Iraniens détestent les aventures militaires qui leur coûtent si cher ; la troisième, c’est la fragilité du pouvoir à Téhéran, qui vient de réprimer dans le sang (plus de 300 morts) des manifestations à caractère social. Donald Trump, ravi de ce qu’aucun de ses soldats n’ait été tué ou blessé dans le raid iranien contre les deux bases irakiennes, a tendu la main aux ayatollahs. Ils feraient mieux de la saisir, s’ils ne veulent pas être renversés un jour au terme d’une guerre civile. Les méthodes de Trump étant ce qu’elles sont, il y a assez de commentateurs à Paris pour les dénoncer. Ils ont tendance à oublier à quel point le régime iranien est dangereux et pas seulement pour les Iraniens eux-mêmes. Il est agressif, violent, sans scrupules et il ne pense qu’à se glorifier de ses conquêtes, amorçant de la sorte un immense conflit entre chiites et sunnites au Proche-Orient. L’Iran est si convaincu de son bon droit qu’il s’est livré à plusieurs attaques contre des tankers dans le Golfe persique, qu’il a attaqué des réservoirs de pétrole saoudiens, qu’il maintient son peuple sous le joug, qu’il tente de dominer l’Irak, aujourd’hui gouverné par des chiites, et qu’il entretient en Syrie une milice, le Hezbollah, dotée de cent mille roquettes, prêtes à détruire Israël, et qui impose son point de vue aux autres factions libanaises.

L’objectif du régime iranien.

L’absence de toute subtilité chez Trump ne doit pas nous rendre aveugles aux menées de Téhéran. À l’occasion de la destruction de l’avion de ligne, d’aucuns ont cru bon de rappeler que, en 1988, une navire de guerre américain avait abattu un avion de ligne iranien sans que le gouvernement américain de l’époque ait cru bon de s’en excuser. Faut-il remercier les ayatollahs parce que, pour la première fois, ils ont fait preuve de raison ? Ne faut-il pas plutôt voir dans leur consternation, sans doute sincère, qu’ils n’avaient pas vraiment le choix devant l’énormité de leur crime, fût-il involontaire ? Un événement qui s’est produit il y a trente-deux ans excuse-t-il sa répétition il y a quelques jours ? Pour le moment, il n’y a rien, dans le comportement de l’Iran, qui permette aux Européens, d’ailleurs perplexes sur ce qui se passe dans la région, de trouver des accommodements avec l’Iran. C’est un pays qui veut avoir la bombe atomique. Qui se bat à coup de drones et de missiles contre le sunnisme. Qui est incapable de donner une dynamique à son économie, pourtant soutenue par l’éducation  des iraniens et par leurs ressources minérales. Qui ne rêve que de rayer de la carte Israël et l’Arabie saoudite d’une seul geste militaire, celui dont il sera capable quand il aura la bombe, pour laquelle il dispose déjà de vecteurs puissants qui menaceront non seulement la région mais l’Europe aussi.

L’Europe a néanmoins raison de tenter de ramener les intraitables ayatollahs dans le giron de l’accord qui, depuis cinq ans et pour encore cinq ans, empêche théoriquement l’Iran d’accéder aux armes nucléaires. Face au blocus américain, ils ont décidé de ne pas obéir aux injonctions de l’accord. La faute de Trump est là, elle n’est pas dans l’exécution de Souleimani, qui, même si l’assassinat traduit une politique très négative, a supprimé un homme qui avait énormément de sang sur les mains. Critiquer Trump ne revient pas à adorer Ali Khamenei. Il faut savoir faire la part des choses.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Trump gagne un pari

  1. admin dit :

    LL dit :
    Je demeure surpris par la candeur de Téhéran sur cette affaire catastrophique – sinon pour constater, comme tu dis, que le peuple iranien lui-même n’est pas dupe, et proteste contre cet « incident ». Peut-être le peuple a-t-il plus de pouvoir qu’on ne le pense. Quant aux commentateurs européens, c’est en majorité la même sérénade pseudo-intelligente et totalement en porte-à-faux avec la réalité. Notamment celle du Hezbollah.

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