Forte baisse du chômage

Macron (souriant) à Chamonix
(Photo AFP)

Les bonnes nouvelles ne volent pas en escadrille, pour paraphraser Chirac, mais elles arrivent parfois. Le taux de chômage est tombé de 0,4 % pendant le dernier trimestre de 2019, ce qui fait de la promesse d’Emmanuel Macron, qui parlait pendant sa campagne d’un taux de 7 % à la fin de son mandat, une perspective tout à fait accessible.

REMERCIER Macron ? Le travail avait été bien préparé sous François Hollande avec diverses mesures en faveur de l’emploi qui donnent aujourd’hui leur plein effet. Il n’est donc pas admissible d’accorder au président actuel tout le mérite d’une réduction sensible du taux de chômage à laquelle son prédécesseur a beaucoup contribué. Qu’ils se chamaillent tous les deux sur les tréteaux n’enlève rien à un fait majeur qu’ils ont fort bien compris : à savoir que, sans réformes puissantes, le taux de chômage, structurel en France, ne baisserait pas. Non seulement il recule, mais on observe le phénomène dans une période de grande détresse économique qui affecte l’Europe. Si M. Macron a un mérite, c’est bel et bien de réduire le chômage sans bénéficier d’une croissance vigoureuse. La France a perdu 160 000 emplois en 2019, mais elle en a créé 260 000, soit un solde positif de 100 000.

On a baissé le coût de l’emploi.

Cette observation entraîne une double analyse : la première est que le « on a tout essayé » prononcé à tort par François Mitterrand il y a plus de trente ans ne voulait rien dire. Il n’avait pas essayé de changer les structures économiques et sociales du pays : pire, il a continué à distribuer de l’argent qu’il n’avait pas, semaine des 35 heures, dont nous n’avons pas fini de payer le prix, semaine supplémentaire de vacances pour les salariés, hausses inconsidérées du Smic. Et aujourd’hui encore, le dogme de la redistribution considérée comme une planche de salut figure aux programmes de plusieurs partis, le PS, le RN,  LFI et les Verts. On ne répartit pas entre les citoyens la richesse que l’on n’a pas créée. Il faut donc baisser le prix de l’emploi, et améliorer les revenus en diminuant les charges. Depuis la seconde moitié du mandat de M. Hollande, c’est ce que l’on a fait. Cependant, il faut se rappeler de quelle manière, dans quel climat, dans quel chaos et quelle violence, les réformes de Hollande, puis de Macron ont été et seront votées. Il suffit de voir à quel point les diverses oppositions à la République en marche sont attachées à leurs vieilles lunes pour comprendre que l’expérience historique d’un changement de paradigme n’est entré ni dans les cerveaux ni dans les mœurs.

La seconde analyse, c’est qu’il n’y aura pas de salut national si nous ne poursuivons pas les réformes. Il ne s’agit pas, ici, d’encenser Macron ou d’applaudir Hollande. Il s’agit de convaincre nos concitoyens qu’après avoir essayé tous les dogmes sans succès, après avoir mis dans la rue des centaines de milliers de gilets jaunes et de camarades syndiqués, après avoir démoli les centres des grandes villes et une flopée de commerces, on a réalisé exactement le contraire de ce que le peuple exigeait. Quoi ? La réforme est impitoyable ? Ni Hollande ni Macron n’ont sacrifié l’assurance maladie ou les retraites à leur politique socio-économique. Cessons de geindre. Respectons les institutions. Renonçons aux rêves incapables de se transformer en réalité. Et d’ailleurs la réforme ne s’adresse pas qu’aux salariés, elle doit intervenir dans tous les domaines, elle doit contrôler les banques davantage, elle peut taxer les très riches davantage, elle peut affecter plus d’argent aux besoins sociaux. Elle n’est pas limitée dans le temps et elle n’est pas unique. Elle doit s’étendre à tous les champs d’activité industrielle et commerciale.

Aucun compliment.

Que le gouvernement tire une satisfaction d’une affaire qui marche, pourquoi pas ? Personne ne lui fait de compliments, alors que l’intérêt du peuple a cette fois été bien servi et qu’il faut bien qu’il se vante de son succès. La baisse du chômage est une douche froide sur les attentes électorales de l’opposition. Mais elle réconforte sûrement la majorité et celui qui la dirige. C’est d’ailleurs une situation très drôle : les Verts diront que ce choix de croissance n’est pas favorable au climat ; la  France insoumise dira que les inégalités se creusent ; la droite dira qu’on peut encore accentuer les réformes (mais à quel prix politique ?) ; le RN dira que la baisse du chômage ne résout rien tant que nous resterons les vassaux des gnomes de Bruxelles. Il y a un mot qui fut prononcé un jour par François Fillon et dont il a fait un livre : « Faire ». Au lieu de bavasser, de soliloquer à l’infini sur des options qui sont les cauchemars des autres, de proposer et contre-proposer, il vaut mieux agir. La parole n’a aucun intérêt. Seule l’action est estimable. Fillon ne s’est pas conformé à ce principe. Et on peut penser ce que l’on veut de Macron, mais lui, il fait.

RICHARD LISCIA

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7 Responses to Forte baisse du chômage

  1. vultaggio-lucas dit :

    Il est tout de même intéressant de se demander quelle peut bien être la nature de ces 100 000 emplois en « solde positif » de 2019. D’aucuns évoquent d’après des chiffres officiels, la « création » d’emplois de plus en plus précaires, du style CDD de courte voire très courte durée qui avec la dernière « réforme » concernant le chômage, pénalisent les « demandeurs d’emplois » quant à leur inscription à Pôle emploi et à leurs indemnisations et autres emplois à temps très partiel et « partiellisés » dans la journée comme ceux des « caissier(e)s  » ou aux technicien(ne)s de sol par exemple … Ce, comme Royaume Uni et en Allemagne par exemple, qui ont un taux de chômage bien inférieur à celui de la France mais un nombre d’employé(e) précaires » important…
    Il est à noter que l’erreur est humaine, trop humaine, mais les privilégiés qui jouissent des « 35 heures » depuis 2 000 dans le privé et 2002 dans le public, les doivent à Aubry et Strauss-Kahn. N’est-il pas possible de se demander pourquoi cette réduction du temps de travail « dont nous n’avons pas fini de payer le prix » n’est pas passée à la trappe comme bien d’autres « acquis sociaux » datant de 1937, 1947-48 et 1968 suite à des grèves générales ?

    Réponse
    Oui, c’est vrai : il valait mieux pour le pays qu’il perdît encore des emplois, par exemple que le nombre d’actifs diminue de 50 000 en CDD et 50 000 en CDI. Bien entendu, il est temps de diminuer la durée de la semaine, ce qui créera encore plus de chômage. Et peut-être accorder aux salariés une semaine de congé supplémentaire de manière à réduire un peu plus encore la productivité. La logique de votre commentaire est implacable.
    R. L.

    • vultaggio-lucas dit :

      1- Le chômage de masse existait en France bien avant 2000 et l’application des 35 heures dans le privé par le gouvernement Jospin.
      2- La productivité serait selon de nombreux économistes mêmes orthodoxes, meilleure en France qu’en Allemagne par exemple.
      Le patronat français lors du Front populaire et de la création des congés payés mais pas encore de « la semaine des 4 jeudi », tenait le même genre de discours que le vôtre… Il était moins critique dans l’après guerre… Mais depuis le début des années 80, il fait appliquer « les potions magiques » du marché qui transforment la réduction de la productivité en augmentation des dividendes.

      Répone
      L’application de la semaine de 35 heures, notamment dans la fonction publique, a aggravé le chômage en France. Notre retard en matière d’emploi par rapport au reste de l’Europe vient des 35 heures. La comparaison entre l’avant et l’après guerre n’est pas possible. Avant guerre, il n’y avait pas de mondialisation.
      R. L.

      • vultaggio-lucas dit :

        Le chômage de masse en France existait bien avant 2002 quand la RTT (réduction du temps de travail) a été appliquée dans la fonction publique. Par exemple, le personnel hospitalier a essayé de faire en 35 heures ce qu’il faisait en 39 car à l’époque, les pouvoirs publiques n’avaient pas du tout prévu d’augmenter les effectifs, bien au contraire. Les médecins hospitaliers tout comme les autres personnels en sont réduits à mettre leur fameuse RTT sur un compte épargne temps faute de pouvoir en bénéficier dans les temps impartis!
        Il n’y a pas de comparaison entre l’avant et l’après guerre, au contraire, il y avait le même discours alarmiste et antisocial du patronat français du temps du Front populaire que de nos jours, sauf dans l’immédiat après guerre où il se faisait plus discret pour cause de collaboration pour un certain nombre de ses membres.

        Réponse
        Vous pourriez au moins prendre la responsabilité de ce que vous écrivez. Ce n’est quand même pas moi qui ai parlé de 1936, une époque où effectivement il fallait donner du pouvoir d’achat aux Français. La gauche en 2000 leur a donné du temps en le faisant payer aux entreprises. Ce sont elles qui créent le travail en dehors de la fonction publique. A ce point du débat, faut-il nationaliser l’économie ? Qui le propose encore ?
        R. L.

  2. PICOT dit :

    Il y a de quoi être dubitatif sur cette baisse annoncée du nombre de chômeurs. Ça ne colle pas vraiment avec l’état du pays tel que nous le voyons ces temps-ci. D’abord il ne semble s’agir que de la catégorie A. Ensuite nous aimerions avoir le chiffre des radiations de Pôle emploi ainsi que le nombre de stagiaires en formation, qui donc n’y sont plus provisoirement, et qui ont terminé leur stage dans les premiers jours de Janvier avant d’y retourner. Ces chiffres sont très suspects.

    Réponse
    Bien vu : tout est suspect, y compris les commentaires. Les statistiques auraient été plus crédibles si elles avaient annoncé une forte hausse du chômage. Ne pas s’inquiéter : grâce à votre vigilance, nous sommes protégés contre les mensonges de l’INSEE !
    R. L.

  3. Merci à Richard Liscia dont toutes les chroniques sont excellentes : documentées, mesurées,sans aucune partialité. Les deux commentateurs précédents me semblent n’avoir aucune culture économique et la réalisation de leurs apparentes aspirations conduirait dans ce monde globalisé à l’affaiblissement de la France et à l’accentuation de nos difficultés qui ont été largement aggravées par la politique économique démagogique du début de l’ère Mitterrand ayant conduit à trois dévaluations en deux ans (performance inégalée du moins chez nous, mais évidemment sans commune mesure avec le Venezuela de Maduro !). Les pays où il y a le moins de chômage sont pour la plupart ceux où la durée de travail sur l’année est la plus longue et à moins de sortir de l’euro pour dévaluer chaque fois que nécessaire, toute politique renforçant le coût du travail ne pourrait qu’aggraver le chômage. Nous avons des prix Nobel d’économie, pourquoi ne pas les écouter ? Alain

  4. Patrice Martin dit :

    Le mérite de la réduction du chômage revient au seul Emmanuel Macron. La stupide politique fiscale de début de mandat de François Hollande ne saurait y avoir contribué pour quoi que ce soit, et M. Macron a été ensuite son ministre de l’Économie et des Finances.
    J’imagine que votre parallèle entre Fillon et Macron se borne à ce qu’ils ont « fait » l’un et l’autre vis-à-vis du chômage, pas à leur action politique en général. Il est imparfait en ce sens que, premièrement Fillon n’était que premier ministre de Sarkozy contrairement à Macron qui est président, et que deuxièmement Macron n’a pas eu à affronter une crise économique sévère sans laquelle le taux de chômage eût peut-être été très différent pendant que Fillon tenait les manettes. Nombre d’économistes nous promettent pour la fin de cette année une crise de bien plus grande ampleur que 2008 mais je ne place pas plus l’économie que la météorologie ou la climatologie sur l’étagère des véritables sciences, au sens Claude Bernardien du terme (« un phénomène ne peut être considéré comme scientifique qu’à la condition qu’il soit reproductible « )

    Réponse
    Je ce que j’écris dans cet espace n’est pas sujet à l’exégèse. De sorte que votre expression « j’imagine » n’est pas appropriée. M. Fillon a dit qu’il valait mieux « faire » que « parler ». M. Fillon a perdu une élection, M. Macron l’a gagnée et a « fait ».
    Par ailleurs, non, M. Macron n’est pas le seul responsable de la baisse du chômage et quelques nouvelles lois adoptées sous Hollande y ont contribué. Je ne me contente pas d’asséner des vérités comme vous, je les prouve.
    R. L.

  5. STEPHANE dit :

    Propagande tellement évidente et sans aucune relation avec la réalité.
    Réponse
    Vous accusez l’INSEE, organisme totalement indépendant du pouvoir, de propagande. Et vous accusez sans la moindre preuve. Le problème n’est pas dans la baisse du chômage, il est dans votre tête.
    R.L.

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