USA : primaires bizarres

Première victoire de Bernie
(Photo AFP)

Dans le New Hampshire, c’est Bernie Sanders, sénateur du Vermont qui l’a emporté, devant Pete Buttigieg, qui vient de gagner l’Iowa, Amy Klobuchar et Joe Biden, qui arrive donc quatrième et devra se refaire une santé dans les États du Sud s’il veut rester en piste.

LES démocrates n’offrent pas ou pas encore le spectacle d’un parti politique capable d’écraser l’affreux Donald Trump. Pete Buttigieg, qui n’a jamais été que maire de South Bend dans l’Indiana, est en deuxième position dans le New Hampshire, après avoir gagné (mais d’un cheveu) dans l’Iowa, qui est plutôt un caucus, une sorte de tirage au sort aussi démocratique que la loterie. Mais la question est : Buttigieg peut-il être élu un jour président des États-Unis ? La réponse d’un analyste raisonnable est non. Certes, il n’a que 38 ans, dans une année électorale où ne s’affrontent que des gens âgés de plus de 70 ans; certes ce qu’il dit est sensé, et il fait d’éloquents discours. Certes, il a combattu en Afghanistan. Mais qui le voit vraiment parvenir au but avec son seul talent oratoire contre l’un des candidats républicains les plus malhonnêtes et les plus pervers de l’histoire ? En réalité, le meilleur candidat démocrate ne peut être qu’un centriste, un homme (ou une femme) qui puisse apparaître comme l’antidote de ce lent poison que distille M. Trump. Donc, Joe Biden devrait être le mieux placé.

Le socialisme ne fait plus peur.

S’il ne l’est pas, c’est d’une part parce qu’il a cru qu’il était le candidat naturel du parti démocrate, ce qui est vrai, mais qu’en outre, il n’avait pas besoin de faire des efforts particuliers. M. Biden a une très forte expérience, il représente à n’en pas douter la plupart des idées de Barack Obama, mais il est âgé et le nombre d’appétits dans le camp démocrate à cause même de la personnalité du président en exercice aurait dû l’alerter. Jusqu’à présent, il n’a prononcé aucun mot décisif. Sanders est lui aussi âgé, mais au moins ce qu’il dit remue les cœurs. Le vieux sénateur blanchi sous le harnais, qui n’accepte que des dons personnels, fait une campagne dont l’éthique est parfaite. De plus, comme Trump est le candidat républicain le plus réactionnaire de l’histoire, Bernie, comme l’appellent les Américains, ne fait plus peur à personne avec son « socialisme ».

Il manque aux démocrates une stratégie.

Si vous me demandiez mon pronostic, je vous dirais que Sanders sera le candidat investi par le parti démocrate, mais que ses positions économiques et sociales (sans compter la résurgence de l’antisémitisme aux États-Unis comme ailleurs) lui coûteront la Maison Blanche. Qu’est-ce que tout cela signifie ? Que l’on est médusé par l’apathie du parti de l’opposition, par son incapacité à diriger les électeurs démocrates vers le candidat le plus à même de remporter non pas les primaires, mais l’élection présidentielle, que certes, s’agissant de l’une des expériences les plus démocratiques du monde (sans d’ailleurs figurer dans la Constitution), je n’encourage personne à la manipuler, mais tout de même : Trump est fort, il faut une stratégie pour le battre. En tout cas, le président sortant n’a pas les scrupules du camp adverse. Le risque est grand que les Américains réélisent leur saltimbanque préféré. Cette situation politique est le produit logique de l’élection de Barack Obama en 2008. Les Américains ont été les premiers à être surpris de ce qu’ils avaient faire : ils ont élu un Noir. Du coup, les femmes, les homosexuels, les Noirs, mais aussi les élus les plus à gauche croient que leur heure est venue.

Le message que contient la cote de popularité de Trump, qui atteint pratiquement 50 %, justement parce qu’il a été empêché, c’est que le noyau trumpiste est la moitié du fruit, et que, en dépit des inégalités sociales qui vont croissant, la « réaction » à l’abondance de candidats appartenant à des ethnies diverses ou préconisant des solutions radicales, c’est ce que l’on peut appeler désormais le « trumpisme », la politique de la force, le cynisme, l’égoïsme national, le renversement des alliances. Inutile de convoquer la logique : le bilan de Trump (sauf bien sûr en économie) est négatif, mais ses électeurs vous diront que cet homme est parfait. Cela dit, Joe Biden a encore une bonne carte à jouer : les primaires dans le Sud profond, dont la plus importante a lieu le 3 mars dans plusieurs États. Là, pour le « super-Tuesday », les Noirs voteront pour lui comme un seul homme. Pourquoi ne voteraient-ils pas pour Bernie, me demanderez-vous ? Parce que Biden est l’héritier d’Obama, son principal atout.

RICHARD LISCIA

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One Response to USA : primaires bizarres

  1. Laurent Liscia dit :

    Le problème vient partiellement de la campagne 2016, ou le Parti démocrate a très bien canalisé l’énergie des électeurs dans le sens de Hillary, ce qui lui a valu un procès de la campagne Sanders; et de vastes remous au sein du DNC. Cette fois-ci, le DNC se tient à distance, comme observateur, d’autant que le manque de charisme et d’éloquence patents de Biden n’en font pas une figure idéale.

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