En pleine récession

Bruno Le Maire
(Photo AFP)

C’est officiel : le Covid-19 nous a coûté six points de production intérieure brute au premier trimestre de 2020. Cette récession, dont le précédent est celle de 1968, année de grands troubles politiques en France, va durer, car le confinement, qui en est la cause première, sera reconduit pendant plusieurs semaines.

LE SIMPLE réalisme nous conduit à penser que le pays se relèvera très difficilement du recul de sa production. Il sortira exsangue de la période de confinement, d’autant que le dé-confinement sera progressif et pourrait durer jusque à la rentrée de septembre et même au delà. Le gouvernement, en prenant en charge à la fois les difficultés des entreprises et celles de leurs salariés, a préparé l’avenir immédiat. Pour lui, il s’agit de remettre les Français au travail dès que ce sera possible, mais il ne faut pas être un expert pour savoir que la reprise, dans des circonstances aussi exceptionnelles, ne sera ni rapide ni puissante.

Guerre sans victoire ni défaite.

Dans l’immédiat, la principale préoccupation des pouvoirs publics est de sortir de la crise, plus précisément de faire en sorte que le nombre de patients en réanimation n’augmente pas, soit en tentant de limiter le nombre de contaminations, soit en tentant de réduire le nombre d’aggravation des cas. Les services sanitaires, pour leur part, ont acquis une précieuse expérience qui permet d’espérer à la fois un recul des contaminations grâce à l’arrivée d’un été manifestement précoce, et une évolution des cas moins dramatique. À cet égard, le nombre de cas a atteint 109 070 en France, avec 10 722 décès et près de 20 000 guérisons, que nous devons aux hospitaliers, ceux-là même que le public applaudit tous les soirs à 20 H. Dans le monde entier, le nombre de cas avance allègrement vers le million et demi, avec plus de 300 000 guérisons. C’est une guerre sans victoire ni défaite : le virus n’a pas gagné et a largement reculé devant l’efficacité des soins, mais il n’a pas non plus perdu, le cas le plus grave étant celui des États-Unis, avec 400 000 contaminations et un nombre de morts difficile à établir, sauf si on additionne les décès des cinquante États.

Perplexité de l’opinion.

Nos concitoyens ne se retrouveront ni dans ces chiffres ni dans ce qu’ils racontent. Ils ont tendance à minimiser la gravité de l’épidémie s’ils ne sont pas atteints personnellement, ou à en exagérer les effets s’ils ne sont pas rassurés. La multiplicité des mesures décidées par un trop grand nombre de postes de commandements ne contribue guère à leur cohérence. On apprend ainsi que le nettoyage des rues avec des désinfectants est totalement inefficace, que des maires ont interdit aux gens de s’asseoir sur les bancs publics pour se raviser ensuite, mais que d’autres les ont démontés et rangés. Les réseaux sociaux se sont livrés à leur délire habituel en annonçant un bracelet électronique pour tous, fausse information qui a mis le peuple en émoi mais qui, cette fois, n’a pas été reprise par les chaines d’information. La pénurie de masques place le gouvernement dans une positions de moins en moins confortable, les scientifiques ayant exigé le port du masque pour tous alors qu’on ne les trouve toujours pas en pharmacie. Les contradictions de la parole autorisée contribuent au sentiment d’insécurité générale, de sorte que les porteurs de masques interpellent leurs concitoyens au visage nu, attitude négative qui réduit la cohésion nationale.

On a dit combien l’épidémie modifie les politiques économiques nationales, mais il est trop tôt pour dresser le bilan économique et financier de la crise. Même ce libéral qu’est le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, envisage des nationalisations pour protéger les plus grosses de nos entreprises. La prolongation du confinement tant souhaitée par le Premier ministre, Édouard Philippe, n’est pas pour lui une une bonne affaire : la baisse du PIB sera double si le confinement dure jusqu’à la fin du mois de juin, d’autant que juillet et août ne sont jamais, en France, des mois de forte production. Dans le meilleur des cas, nous ne retournerons pas à la pleine activité avant septembre, alors que nous aurons perdu du sang et des muscles.  Et nous manquerons de souffle pour repartir de nouveau.

RICHARD LISCIA

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