Virus : recrudescence

Boris Johnson dans un état sérieux
(Photo AFP)

L’aggravation de l’état du Premier ministre britannique, Boris Johnson, associée à des bilans européens qui indiquent une hausse de nombre de cas et de la mortalité en Europe ont fait l’effet d’une douche froide sur ceux qui espéraient un dé-confinement plus précoce.

LE CAS de M. Johnson émeut le monde entier, qui a vu le chef du gouvernement anglais se battre avec courage contre le coronavirus, continuer à travailler et à rassurer ses compatriotes jusqu’à ce qu’il ait fallu le transporter à l’hôpital où il a été mis sous oxygène mais pas en réanimation. Le premier réflexe est de se dire que, décidément, on n’est pas moins exposé ni particulièrement chanceux si l’on est l’un des grands de ce monde ; le second est de voir soudain dans le Covid-19 un ennemi impitoyable qui se moque des frontières, des moyens humains, de la hiérarchie. D’autant que la reine Elizabeth, dimanche dernier, avait prononcé à l’intention de ses sujets, un discours bref (de 4 minutes) mais très émouvant dans lequel elle rappelait qu’elle et ses compatriotes avaient traversé avec stoïcisme des périodes encore plus graves. La grâce et la dignité de la souveraine n’ont rien pu faire, hélas, pour protéger son Premier ministre. Au delà de la pompe et de la grandeur du Royaume-Uni, la fragilité de l’humanité contaminée, avec la mort de tout un chacun en perspective, brouille le raisonnement des gens. Nous sommes tous égaux devant le virus, même si la plupart d’entre nous sommes des porteurs sains, justement parce que nous ne connaissons pas notre statut épidémiologique et que nous pouvons à la fois avoir peur à tort et espérer sans raison.

Des masques, vite !

La brusque aggravation du bilan en France (et en Espagne) pose le problème des nouvelles mesures à prendre pour diminuer le nombre de contaminés. Tout à coup, les masques que nous ne possédions pas et dont le nombre, par rapport aux besoins nationaux, reste cruellement insuffisant, deviennent la panacée. Ce qui a conduit certains de nos médecins ou de nos dirigeants  à réclamer le port du masque obligatoire pour tous. L’affaire se transforme en casse-tête, en dilemme personnel, en équation insoluble : nous ne pouvons pas porter des masques que nous n’avons pas. On nous conseille donc d’en fabriquer, comme si nous étions tous des as de la couture ou simplement d’enrouler le visage dans un foulard, ce qui est mal commode et incompatible avec le nécessaire usage des mains pour acheter les provisions. Voilà l’une des contradictions insupportables auxquelles la crise nous expose, nous et nos dirigeants, qui sombrent dans l’inextricable enchevêtrement de dispositions kafkaïennes comme chaque fois que leurs diktats sont le produit de leur impuissance. Ou comme chaque fois que le geste le plus innocent devient un acte délictueux parce qu’il se transforme en menace sanitaire.

Fragilité de l’humanité.

Je parle, au téléphone bien sûr, avec des amis dont le moral s’effondre. Certains cherchent, mais sans réelle conviction, un bouc émissaire. Tous perdent patience, voient le temps du confinement s’allonger au détriment de leur travail, de leur portefeuille et de leur avenir. Il n’est pas question, ici, d’aller chercher noise à un gouvernement dont l’ingéniosité a multiplié les actes de protection, en a ignoré les coûts, et donne à la médecine les moyens de contrôler l’épidémie. Je n’ai pas de doute sur l’utilité du confinement, du transport des malades les plus graves vers des lits de réanimation dans des régions moins touchées, du recours aux masques et des tests qui arrivent trop lentement. Cette pandémie de 2020 n’est pas monstrueuse, ce n’est pas la peste du XIVè siècle ni même la grippe de 1918 et ses millions de morts. C’est un énorme coup de bambou porté à la modernité, à la technologie et au monde d’aujourd’hui, si confiant en lui-même et si triomphaliste ; c’est le rappel aux hommes de leur terrible fragilité ; c’est aussi une leçon d’humilité à tous ceux qui ont la mémoire courte.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Virus : recrudescence

  1. Michel de Guibert dit :

    Ni reflux ni recrudescence… un long plateau plutôt qu’un pic, l’épidémie va durer et le confinement être prolongé au moins jusque début mai (et sans doute au-delà).

  2. Picot dit :

    Bien vu.

  3. Doriel pebin dit :

    Bonjour, étant données la rapidité et l’ampleur de la pandémie, on ne peut qu’être étonné en tant que scientifique de la rapidité des connaissances sur le Covid. C’est incroyable en trois mois, d’autant plus que le gouvernement chinois a masqué des informations essentielles en terme de gravité. La population française a correctement réagi sauf les habituels réfractaires et contestataires. Il faut saluer tous les professionnels de santé ainsi que les autres qui ont assuré la chaîne sanitaire, alimentaire et économique entre autres. Il n’y a pas des grands et des petits, des élites ou pas d’élites. Tous ont une place importante dans ces chaînes. A ce propos, je n’entends et ne lis que des critiques vis à vis du gouvernement . Les y’a qu’à et il faut que se déchaînent sans vergogne. Qu’auraient ils fait de mieux compte tenu de l’aspect totalement inédit de cette crise qui de surcroît évolue constamment ? Tous les pays, à l’exception de la Corée du Sud et de Taïwan qui ont été confronté au Sras ne font pas mieux et parfois pire. La plupart des virologues avouent être surpris ! Il est vrai que des millions de Français et certains politiques se sont transformés en experts . Nombre de grands experts infectieux rappelle qu’il faut être humble devant cette épidémie inédite. Remercions tous ceux qui s’impliquent quotidiennement et arrêtons d’écouter les chiens qui aboient quand la caravane essaye malgré tout d’avancer pour le bien de tous.

  4. Daniel BUYCK dit :

    Nos compatriotes sont des ronchons professionnels : un ministre de la Santé en fait « trop » (Roselyne Bachelot), elle se prend des injures; un autre ministre de la Santé fait ce qu’il faut (Olivier Véran), on l’accuse de n’en faire pas assez, d’avoir pas assez de ceci (les masques), pas assez de cela (le gel hydro-alcoolique), et pas de traitement « miracle », ben non, désolé. Mes chers compatriotes, il va falloir s’habituer à « vivre avec » ce virus (et les autres épidémies qui suivront), s’habituer aux gestes barrière, s’habituer à porter un masque même artisanal pour sortir dans la rue, pour travailler, pour faire ses courses,…et cela pendant pas mal d’années. Comme pour le V.I.H. : sortez couverts !

  5. perrez dit :

    Excellente conclusion : la peste venait elle aussi de Chine par la route de la soie.

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