Le pic en vue

Macron masqué
(Photo AFP)

Tout, la diminution de la mortalité, la non saturation des hôpitaux, le baisse du nombre de cas graves et le plateau des réanimations, indique que le pic de l’épidémie en France est en vue, comme il l’est en Espagne, au Portugal et en Italie, ce qui ouvre la perspective, mais pas immédiate, du dé-confinement.

BIEN SÛR, la prudence est de mise, les médecins redoutant un rebond de la contagion. Le confinement durera au-delà d’avril. Le gouvernement a préféré à une annonce brutale de plusieurs semaines, des annonces tous les quinze jours, qui ont l’avantage de ne pas accabler l’opinion mais qui relancent sa lassitude. Le confinement apparaît donc comme la meilleure façon de se protéger contre la contamination, ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de rendre au Pr Didier Raoult une visite de plus de trois heures à Marseille. Les procédés du gouvernement sont ambigus. Il n’a jamais désavoué le Pr Raoult, qu’il a tenté en vain d’inclure dans son Conseil scientifique, mais il n’a pas non plus autorisé le recours à la chloroquine à grande échelle. Il approuve donc ce médicament contesté, qui ne peut être administré qu’à l’hôpital et dans de strictes conditions de protocole, mais il n’en fait pas son arme principale dans la lutte contre le coronavirus.  M. Raoult peut se targuer, après la visite du président, d’avoir trouvé la reconnaissance qu’il attendait des pouvoirs publics, il n’est pas pour autant le chef d’état-major des soignants.

De l’utilité des masques.

C’est comme pour les masques : ils étaient inefficaces tant que nous n’en avions pas, ils deviennent peu à peu obligatoires à mesure qu’il en arrive. Des préfets ont voulu les imposer à tous les citoyens dans un certain nombre de départements. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a aussitôt exigé que la mesure soit annulée. Nous évoquions il y a quelques jours le rapport entre la lutte contre le virus et les libertés civiles. Les masques sont le prototype du dilemme : on ne peut pas obliger les gens à porter des masques qu’ils ne trouvent nulle part et on ne saurait leur demander de les confectionner, tout le monde n’est pas couturière. Bien entendu la négligence passée qui a conduit à la pénurie de masques explique les difficultés d’aujourd’hui dans ce domaine. Mais lorsque le pouvoir pose trop haut la barre des devoirs, il transforme des innocents en délinquants, de sorte qu’ils sont réprimés pour des manquements dont ils ne sont pas responsables. C’est comme limiter la vitesse automobile à 20 à l’heure et faire payer une amende à tous les conducteurs.

Ce sont là les complications nées d’une crise longue, surhumaine, qui ne peut être résolue que par la discipline de nos concitoyens et par le dévouement extraordinaire, inégalable, de nos soignants, ceux que le public applaudit tous les soirs à 20 heures. Que les choses soient claires : dans la lutte contre le Covid-19, la France est dans la bonne moyenne européenne. Elle réclame aux Français des sacrifices, pendant que l’exécutif se lance dans une dépense hallucinante pour que le pays conserve ses moyens de production, pendant que le gouvernement obtient enfin avec l’Union européenne, un accord qui, s’il n’est pas vraiment celui d’une mutualisation des dettes, consacre 500 milliards d’euros au renforcement des économies européennes abattues par le coup le plus dur qui leur ait jamais été porté depuis 1929.

Ehpad : un crime.

C’est dans la nature même de l’humanité : nous essayons tous, en ce moment, de survivre, c’est-à-dire de rester cois pour ne pas être contaminés. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. De sorte que nous nous tournons tous vers l’avenir immédiat, le dé-confinement, la reprise du travail (et des loisirs), la liberté enfin retrouvée. Nous sommes des pessimistes du 10 avril et des optimistes du mois de mai, nous sommes inquiets et confiants, parfois harassés mais prêts à retourner à nos habitudes. Le pouvoir a rencontré à n’en pas douter de vives difficultés. Il a peut-être été moins ingénieux que celui de la Corée du Sud ou de l’Allemagne, et, collectivement, nous avons commis le crime d’abandonner les Ehpad (884 morts officiellement, mais le décompte final sera beaucoup plus lourd) à leur solitude. On pouvait faire mieux que ça. En revanche, nos hésitations du début sont uniquement imputables à la Chine, qui n’a pas dit la vérité en décembre sur la violence de l’épidémie. Le cortège de chagrin et de deuils laissera une trace dans la société française, qui exigera que nous soyons désormais prêts pour une autre crise sanitaire. Cela ne doit pas empêcher le redémarrage de notre économie.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Le pic en vue

  1. Laurent Liscia dit :

    Restons vigilants.

  2. Picot dit :

    Il est beaucoup trop tôt pour évoquer le déconfinement. On verra plus tard. C’est le confinement, en l’absence de masques en nombres suffisant, qui est à l’ordre du jour. Quant au Pr Raoult, il semble avoir trouvé une piste intéressante. Pas le temps d’attendre des études habituelles comme en temps ordinaire, Raoult se comporte en médecin, pas les « experts » parisiens qui le dénigrent. Il faut essayer ce traitement en ville, à l’hôpital c’est trop tard. Ça marche tant mieux, ça ne marche pas tant pis, on aura essayé, Les autres pays utilisent ce protocole et pas nous? M. Estrosi aussi? Tiens donc!! Il y aura des questions à poser ensuite aux « responsables ».
    Réponse
    Et aux responsables de ceux qui ont achevé des malades avec un traitement insuffisamment testé. Primum non nocere.
    R. L.

  3. Dr R. Tramieux dit :

    Et si …
    Ce qui se passe dans les Ehpad en ce moment n’est qu’un bis repetita en creux de la canicule ?
    À l’époque, les malades âgés mouraient dans les couloirs des hôpitaux et Patrice Pelloux était sur toutes les chaînes pour dénoncer l’engorgement des urgences hospitalières. Cette fois, les malades n’encombrent plus les couloirs car on les laisse mourir tout seuls chez eux ou en Ehpad.
    Patrice Pelloux peut être content, les urgences ne sont plus encombrées
    Les médias sont par contre très investis par les sommités médicales qui tiennent enfin La résolution de leurs conflits avec les pouvoirs publics (16 mois de grève ?)

    Et si …
    Et si …Dans l’association préconisée par le Pr Raoult, La molécule efficace est l’azithromycine plus que l’hydroxychloroquine ?
    Et si … Lors des précédentes épidémies de grippe H5N1 et H1N1, les médecins généralistes ont servi de rempart en prescrivant :
    – des antibiotiques en première ou deuxième intention pour une possible activité antivirale et surtout une activité anti microbienne certaine, empêchant une surinfection et une aggravation de l’état clinique ?
    – et peut être des mucolytiques ( Bisolvon, Fluimuicil) maintenant décriés, mais qui, prescrits le matin chez des malades encore capables de tousser, leur permettaient d’expectorer leurs mucosités…
    Et si … cette hypothèse pouvait expliquer en partie la moindre contagiosité et le peu de mortalité dans certaines régions rurales de France,
    Et si … en shuntant les médecins généralistes et en organisant le recours d’emblée à la structure hospitalière, nous n’avons fait que dupliquer une mauvaise expérience chinoise : confinement strict, pas de traitement antibiotiques d’emblée, des traitements virologiques peu ou pas efficaces, des traitements d’aide respiratoires très invasifs avec leurs conséquences délétères (le 09/04/2020, sur BFMTV, le Pr Timsit a expliqué une possible décrue des morts hospitaliers par une meilleure prise en charge par simple oxygénothérapie au lieu de la sédation profonde avec assistance respiratoire génératrice de plus de phlébites et d’embolies pulmonaires). Devrons nous un jour remercier la pénurie de curare ?
    Et si … ce confinement a surtout permis à quelques technocrates de réaliser leurs rêves les plus fous, éradiquer la médecine Libérale en prouvant son inutilité et/ou a surtout permis aux grands pontes hospitaliers de se faire enfin entendre du pouvoir dans sa vaine lutte pour la « réhabilitation » de l’hôpital public depuis 16 mois.

    Mais viendra forcément le moment où la clameur des victimes économiques et des victimes du confinement viendra couvrir les messages culpabilisants des sommités scientifiques et gouvernementales.
    Alors peut-être la médecine libérale pourra-t-elle enfin retrouver son rôle barrière contre la virulence de ce Covid-19.

    Dr R. Tramieux. Poitiers

    Réponse
    Et si on arrêtait de lancer des suppositions impossibles à prouver ?
    R.L.

    vasions

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