Une des leçons de la crise

Soins dans un Ehpad
(Photo AFP)

Nous avons tous quelques bonnes raisons d’observer avec pessimisme l’évolution de la crise sanitaire qui atteint le monde de plein fouet et dont on ne trouve que de rares précédents dans l’histoire. Il n’est pas juste en revanche de dire que les atouts que nous ont apportés les progrès de la technologie médicale et plus encore la solidarité et le dévouement extraordinaire des soignants seraient restés sans effet.

NOUS ne sortirons pas indemnes de la pandémie. Nous sommes sonnés par le décès d’un si grand nombre de nos concitoyens, par la souffrance de ceux qui ont porté le virus et ont été guéris, par l’épreuve du confinement qui est loin d’être terminée. En matière de niveau de vie, de confiance en l’avenir, de bonheur individuel, nous devrons inévitablement faire des sacrifices considérables. Nous devrons rester exceptionnellement circonspects et prudents. Nous n’aurons pas de vacances avant longtemps. Nous ne verrons pas nos proches de si tôt. Surtout, nous ne n’échapperons pas à l’absence provisoire, mais longue, de projets et de perspectives immédiates. Pour les personnes âgées, les plus vulnérables, c’est la double peine. Si elles ont échappé à la contamination, leur statut disparaîtra à la moindre brèche dans leur discipline. Le problème s’amplifie parce que personne n’ignore que le Covid-19 est implacable. Personne n’ignore que les gestes-barrière doivent être répétitifs, car  ils ne nous protègent que tant que nous n’avons pas utilisé nos mains, que nous n’avons pas touché notre visage, que les actes les plus simples de la vie quotidienne contiennent un danger potentiel.

Inégalités aggravées.

La pandémie a aggravé les inégalités sociales. Il y a ceux qui depuis des années n’ont eu aucun répit, à commencer par les médecins et les infirmiers. Il y a ceux dont l’existence n’était guère confortable et dont l’inconfort a augmenté. Il y a ceux qui, parce qu’ils sont en contact avec des malades infectés, deviennent les boucs émissaires de leurs voisins. Racistes et intolérants, xénophobes et paniqués s’acharnent non seulement contre cette partie de la population qui nous a sauvés d’un désastre plus grave encore, mais éprouvent une peur morbide à l’égard des malades et montrent du doigt de nouvelles têtes de Turc, les personnes âgées, par exemple, tombées comme des mouches dans les Ehpad et que l’on a soignées au moyen de sédatifs abrutissants. La vieillesse est pourtant l’avenir de l’humanité. Les jeunes finiront par vieillir. Et tous les vieux ne sauraient être rangés dans la même catégorie. On trouve ceux qui subissent la domination des plus jeunes et ceux qui contribuent encore, par leur savoir et par l’esprit, à la marche du pays et du monde. Sans accabler un pouvoir qui ne les aurait pas suffisamment pris en compte, j’estime qu’on ne leur donne plus les moyens de rester en forme, même si on les protège contre les virus. Les hôpitaux ont différé les consultations pour d’autres maladies, susceptibles pourtant de les emporter au même titre que le coronavirus. Les cabinets médicaux sont fermés, ce qui élimine les soins dictés par les maladies chroniques. Le paracétamol est rationné dans les pharmacies et on ne peut obtenir les quantités nécessaires que si l’on dispose d’une ordonnance, ce qui n’est pas toujours le cas.

Un avenir court.

Dans le cadre du déconfinement, les vieux devront porter un masquer obligatoire, denrée à la fois très coûteuse et introuvable. Être âgé et aller au supermarché sans masque représente une violation des convenances qui mériterait une sanction immédiate. Certains masques gênent la respiration et ne sont pas, pour un vieux, faciles à porter. Peut-être le calvaire des personnes âgées fera-t-il réfléchir ceux qui les harcèlent de leurs critiques insensées. Toutefois,  ils sont satisfaits de contribuer au rétablissement de l’ordre sanitaire. Et ils restent imperméables à la notion d’avenir car le leur est très court. Ce qu’ils auront manqué pendant des mois de crise, ils ne le retrouveront pas. Peut-être mourront-ils avant d’avoir revu leurs proches. Mais parmi les listes-cibles créées par l’intolérance, ils sont les plus optimistes. Ceux qui ne se trouvaient pas en Ehpad s’en sont sortis pour la plupart et nourrissent le vif espoir d’un lointain retour à la normale. Si alors ils vont bien, ils auront remporté une victoire.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Une des leçons de la crise

  1. admin dit :

    L. Liscia dit :
    Constat émouvant.

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