Déconfinement : bataille politique

Blanquer voit loin
(Photo AFP)

Le confinement a été appliqué avec rudesse, jusqu’au moment où les pouvoirs publics ont décidé qu’il fallait y mettre un terme, du moins progressivement. En réalité, le déconfinement sera empirique et sera arrêté si pointe le nez d’une  nouvelle vague de contamination. Le projet n’a subi que quelques critiques sur le plan sanitaire mais ses modalités législatives ont fait l’objet d’une querelle politique.

LE GOUVERNEMENT  a pensé, comme à son habitude, qu’il n’avait pas besoin de mettre le projet au vote. Il a eu tort sur ce point, mais quand il a vu la levée de boucliers à droite et à gauche, il n’a pas fait de difficulté pour accepter la proposition, sans doute parce qu’il sait que, de toute façon, il a la majorité absolue. Voilà que les partis de l’opposition sont unanimes à exiger que le vote, à l’Assemblée et au Sénat, soit reporté de vingt-quatre heures pour leur laisser le temps de réfléchir aux mesures annoncées. Il y a eu de la mauvaise fois des deux côtés, l’exécutif sachant qu’il ne court pas de risque avec le vote et l’opposition connaissant déjà à peu près toutes les modalités d’application du texte. Tout au plus peut-on dire que la date du 11 mai devant être respectée et que la rentrée scolaire s’annonçant compliquée, Édouard Philippe et ses ministres, notamment celui de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, déjà largement harcelé par les enseignants et les parents d’élèves, souhaitaient éviter le mélodrame politique, préférant se consacrer au pilotage très compliqué et hasardeux du déconfinement.

Ceux qui croient au miracle.

Cette nouvelle querelle entre l’exécutif et les oppositions ne fait pas l’affaire des contaminés incertains et des décontaminés peu probables que nous sommes à des degrés divers. L’affaire met en lumière les jugements sommaires que font ceux qui ne sont jamais contents de rien et toujours heureux de pouvoir clamer qu’ils se heurtent à un pouvoir autoritaire et insensible. Le confinement en France aura été en réalité une grande avancée, car il nous a évité, collectivement, quelque 60 000 morts. Il est licite de dire que l’on aurait pu l’adopter quelques jours plus tôt, mais à quoi bon ? Qui peut dire qu’avec Jean-Luc Mélenchon au pouvoir ou inversement quelque ténor de la droite, ou pis encore, avec Marine Le Pen, nous serions tous en bonne santé ? L’idée de l’opposition n’est pas de dire ce qu’il fallait faire à la place de ce qui a été fait, car, au début du mois de mars, droite, gauche, extrême droite et extrême gauche auraient rencontré les mêmes difficultés que l’équipe au pouvoir. Le comble, c’est qu’au mépris de l’intelligence de ceux qui les écoutent, ils se présentent comme les miraculeux élus qui, eux, auraient soufflé sur le virus pour l’envoyer dinguer hors de nos frontières.

Pas de plan sur la comète.

Vous me direz, et non sans raison, que les clivages creusés dans la classe politique se retrouvent dans ceux des professions médicales, qui sont représentées par des humains et expriment parfois (souvent?) des opinions différentes. Le corps médical, néanmoins, est engagé à fond dans la lutte contre le Covid-19 et sa réserve, son humilité, sa sobriété montrent bien qu’il ne propose pas de plan sur la comète. Les personnels hospitaliers, eux, sont encore plus admirables. Médecins ou infirmiers ont déjà payé un lourd tribut en vies humaines au virus. D’ailleurs ils s’attendent à une deuxième vague et sont prêts à la combattre, malgré une fatigue intense, physique et morale : on ne sort pas indemne d’une expérience aussi horrible. Ce n’est donc pas le moment de dire que la gestion de la crise pourrait être différente ou qu’elle pourrait être améliorée détail après détail, pas plus qu’il ne faut traîner les ministres en justice sous le prétexte qu’ils n’avaient pas les réserves de masques et de lits de réanimation qui ont été supprimées par leurs prédécesseurs, lesquels se trouvent aujourd’hui au cœur de l’opposition à Macron.

On apprenait en fin de matinée que le gouvernement refuse de donner un jour de plus à l’Assemblée et au Sénat pour voter. Façon de dire : qui c’est, le chef ? Cette attitude n’est pas très diplomatique mais elle décrit la lassitude d’un gouvernement pris dans un étau pendant que se poursuivent les politicailleries. Le gouvernement d’union nationale n’est pas pour demain. En même temps, on est ébahi par tant de traditions tenaces dans un pays secoué comme il ne l’a pas été depuis un siècle et qui a d’autres chats à fouetter.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Déconfinement : bataille politique

  1. Michel de Guibert dit :

    « Le projet n’a subi que quelques critiques sur le plan sanitaire », écrivez-vous ; le Conseil scientifique s’est tout de même prononcé contre la réouvertures des écoles, collèges et lycées.
    Réponse
    Vous avez raison, mais ce soir, le Pr Delfraissy a expliqué longuement pourquoi il fallait ouvrir les écoles : parce que les parents doivent retourner au travail. J’y reviens demain.
    R. L.

    • Michel de Guibert dit :

      Oui, c’est en effet pour des raisons principalement économiques que l’école rouvre, d’abord le primaire conformément son rôle de garderie trop souvent mis en avant…

  2. Laurent Liscia dit :

    Je rejoins complètement ton point de vue sur les politicailleries. C’est très inconfortable d’être au milieu d’un événement comme cette pandémie et d’essayer de prendre du recul. Au risque de seriner une évidence, les pouvoirs publics (en France comme ailleurs), sont pris dans un étau: souffrances causées par l’implosion économique contre souffrances causées par les décès Covid. Il y a eu tout un éventail de réactions: depuis la Suède, qui a adopte la méthode anglaise avec succès, mais en pratiquant une sorte de confinement national: personne n’entre ni ne sort du pays; jusqu’à la Californie, qui ne déconfinera pas avant le mois de juin, voire juillet et prédit déjà une deuxiéme vague du virus. Certains de mes amis affirment que la souffrance économique est scandaleuse, bien pire que la mort de 3 % (peut-être plus? Peut-être moins?) des porteurs. Pour ma part, c’est le desir d’éviter ces 3% qui m’étonne et me paraît un signe rassurant de solidarité et de compassion. Sans oublier le courage invraisemblable des personnels médicaux. Il est vrai aussi qu’on arrive aux limites psychologiques du confinement: la pression du chômage technique devient intolérable. Et les gens veulent sortir. Mais nous avons gagné assez de temps pour en savoir plus sur le virus, et pour apprendre comment nous protéger. On ignore comment l’histoire jugera notre réaction en tant qu’espèce. Mais il est déjà clair que l’arc de la compétence va de la nullité complète: Donald Trump, jusqu’au talent de gestion à la Angela Merkel et Jacinda Ardern (Nouvelle-Zelande). Il me semble que Macron n’est pas trop loin de ces dames illustres.

  3. Picot dit :

    Après le premier tour des municipales, qui n’aurait jamais dû être organisé, l’autorisation du match France-Italie à Lyon (envolée des cas de Covid ensuite, demandez aux Lyonnais), voici la troisième erreur : l’ouverture des écoles. Nous allons voir combien de parents vont y envoyer leurs enfants. Ce sont les Italiens, et cette fois le conseil « scientifique », qui ont raison : pas avant septembre.

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