Une politique risquée

Les masques sont le problème
(Photo AFP)

La détermination du gouvernement à engager le déconfinement à la date du 11 mai, son refus de laisser à l’opposition le temps qu’elle réclame pour pouvoir amender son projet, les doutes exprimés par les soignants, mais aussi par les enseignants qui se déclarent incapables d’obliger les enfants à se soumettre à la discipline des gestes-barrière, se traduisent par une grande confusion au moment où le pays n’a jamais eu autant besoin de sérénité.

IL SUFFIT cependant d’aller au-delà des sévères déclarations faites par les partis d’opposition pour constater qu’ils ne remettent en cause ni le déconfinement ni son démarrage le 11 mai. Ce qui leur importe, c’est de ne pas être soupçonnés d’avoir pour le gouvernement la moindre indulgence. Tous font le pari qu’Emmanuel Macron sortira sérieusement affaibli par une crise dont la durée se prolongera peut-être jusqu’à la veille de l’élection présidentielle dans deux ans et empêchera sa réélection. On aura noté que ce sont les Républicains qui mènent contre l’exécutif la campagne la plus virulente, sans doute parce qu’ils se sont convaincus qu’il y avait en la matière une partie politique à jouer dont l’objectif serait moins de remettre en marche des bataillons de travailleurs indemnes ou guéris que de tirer pour LR un gain de popularité inespéré. Il est inutile de qualifier ce calcul, jamais avoué, mais toujours sous-jacent, il n’est que le reflet des mœurs politiques nationales dont la résilience est supérieure, et de beaucoup, à la vigueur de la lutte anti-virus. Au demeurant, le pouvoir ne prend pas des risques insensés.  Il n’oblige aucun parent à envoyer ses enfants à l’école, il n’acceptera l’usage du métro et des bus que par ceux portant le masque ; à la moindre alerte sanitaire, il arrêtera sans perdre de temps son expérience.

Un plan raisonnable.

En revanche, il était illusoire de croire que le confinement pouvait durer entre six mois et un an, même si, en l’absence de masques et de respirateurs, il est vite apparu comme l’instrument thérapeutique numéro un. En effet, il fait peser sur la société française un menace au moins aussi grande que le virus. Tous les gens qui ne travaillent pas ne sont pas protégés par l’État et, s’ils le sont, ils passent souvent du statut de classe moyenne à celui de pauvre. Il fallait qu’ils retournent au travail et donc que les écoles accueillent de nouveau leurs enfants. Les conseillers médicaux de M. Macron préféraient une rentrée scolaire en septembre. Le président leur a exposé sa préoccupation : une rentrée tardive aurait favorisé l’apathie française pendant de longs mois.  À noter, sur ce plan, que les autorités françaises ne proposent rien d’autre que ce que font des pays comme l’Espagne et l’Italie, pourtant plus sévèrement atteints par le coronavirus. Ce qui inquiète le peuple, c’est la course engagée par le gouvernement au sujet des masques. Ils deviennent indispensables dans les transports en commun et à l’école, ils le deviendront petit à petit pour chaque bistrot ou restaurant qui rouvre ses portes. Il en faut des millions par semaine. Des efforts ont été fournis pour reconvertir des usines, pour produire sur le sol national les masques manquants, commandés à l’étranger mais arrivant au compte-gouttes. Le pari des pouvoirs publics, c’est que, le 11 mai, les commandes seront honorées et qu’un nombre suffisant de masques sera mis à la disposition du public.

Bataille sans enjeu.

Bien entendu, ce déconfinement comporte des risques majeurs, mais seulement si, privés de masques, nos concitoyens retournent à leur travail sans le porter. L’essentiel, probablement, est que la plupart des gens en aient et que nous reprenions la production. On voit mal comment un certain nombre d’évidences pourraient être contestées et d’ailleurs elles ne le sont pas. C’est la procédure parlementaire requise par l’exécutif qui fait l’objet d’une polémique enflée par les discours tragiques sur la liberté en voie de disparition et sur le mépris du gouvernement pour l’opposition. Soyons sérieux : ce mépris est réciproque. L’image de ces courageux critiques se battant désespérément contre un pouvoir arbitraire, acculés contre le bastingage par les spadassins du régime, est parfaitement dérisoire. La colère et la rancœur s’expriment sans nuances quand l’enjeu est inexistant.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Une politique risquée

  1. Laurent Liscia dit :

    Bien vu!

  2. christian SCHILLING dit :

    Un désaccord avec vous sur un point : l’attitude critique de l’opposition (non seulement des républicains mais aussi de Mélenchon, encore plus virulent, et d’autres partis) est normale dans une démocratie ; vous soutenez Macron, c’est votre droit, son action actuelle pour cette crise est certes bonne mais son action initiale a été désastreuse et le mot n’est pas trop fort : le rapatriement de Chine avec non confinement des militaires qui ont eu droit a une permission, le fameux match de Lyon, les évangélistes, la non fermeture des aéroports : les mesures de confinement auraient simplement du être prises deux semaines plus tôt, l’épidémie aurait été jugulée a son début.
    Docteur SCHILLING Christian

    Réponse
    Vos accusations sont une forfaiture : Macron serait coupable d’avoir réuni des évangélistes, il n’aurait pas fermé les aéroports (vraiment ? Comment se fait-il qu’ils soient fermés et qu’il a fallu des efforts énormes pour rapatrier 130 000 de nos concitoyens qui se trouvaient à l’étranger au début de l’épidémie ?), « IL » aurait autorisé le match de Lyon, il aurait accordé une permission aux militaires. Un peu de respect pour la vérité, SVP. Certes l’opposition s’oppose, mais elle le fait avec des arrière pensées politiques que j’ai dénoncées.
    R. L.

    • BLIN JEAN LOUIS dit :

      N a-t-IL pas encouragé nos concitoyens à aller au théâtre ? quant aux élections ? Vous êtes partisan et cela ne fera pas avancer la crise que subit le pays géré par des technocrates ou des commerciaux très écologiques car ils brassent de l’air. D’une communication de la bien-pensance très éloignée du simple bon sens.

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