Municipales : le brouillard

Bruno Le Maire
(Photo S. Toubon)

Les conseils municipaux des villes où une liste a obtenu la majorité absolue dès le premier tour seront formés aujourd’hui. Il ne reste plus que quelque 5 000 maires à élire, mais la plupart du temps, il s’agit de grandes villes, comme Paris, Lyon ou le Havre. Le gouvernement espère tenir le second tour des municipales en juin tout en rappelant que, comme pour tout le reste, c’est le virus qui décide.

LE BON choix, c’est de tenir le second tour en juin. Cette décision serait en conformité avec la rentrée scolaire et le retour à l’activité économique. La République en marche, comme chacun sait, à déjà perdu les municipales et, pour elle, il n’y aucun gain politique à reporter le second tour. Son inquiétude vient du cumul des mesures de déconfinement qui contient un risque sérieux, la deuxième vague de l’épidémie. Cependant, l’ignorance complète des sources et moyens de l’épidémie a cédé la place, grâce à l’expérience des trois derniers mois, à une forte réactivité quand se produit un de ces fameux clusters dans un abattoir ou dans une usine. Les « pompiers » de la santé ont tôt fait d’éteindre l’incendie en testant tous les salariés et en isolant les malades. À l’échelle des municipales, l’exercice serait certes beaucoup plus difficile. La décision sera prise cette semaine, en tout cas avant lundi prochain et la question est la suivante : pourquoi a-t-on décidé de former les conseils municipaux si on n’est pas sûr au sujet du second tour ? Car tout le monde est d’accord : s’il est ajourné à plus tard, septembre ou l’année prochaine, il faudra annuler les résultats du premier tour et procéder aux deux tours.

Augmenter les salaires hospitaliers.

Le casse-tête des municipales met en exergue deux élément essentiels de la crise sanitaire : non seulement nous n’en sommes pas sortis et devrons en subir les conséquences pendant de longs mois ou davantage, dans le cas ou une « deuxième vague » se produirait, mais le fonctionnement institutionnel de la démocratie française reste totalement dépendant des caprices du virus. On a vu en effet comment se déroule le déconfinement, avec une prudence et des précautions qui font que le démarrage de l’école, du commerce et de l’industrie est d’une lenteur accablante pendant que des millions de salariés sont plongés dans l’angoisse que créent les nombreuses incertitudes au sujet de leur avenir. Ce matin, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a tenu à France Info, des propos fermes. Il a insisté sur la volonté du gouvernement de remettre en marche la machine économique en l’assortissant de mesures de prévention drastiques. Il a rappelé les efforts financiers fournis par l’État pour épargner à la plupart des salariés la plongée dans un chômage non rémunéré. Il a confirmé les propos du ministre de la Santé, Olivier Véran, au sujet d’une révision complète des salaires des soignants hospitaliers. Ils étaient, avant la pandémie, très remontés contre un gouvernement qui paie mal leur travail harassant. Ils se sont dévoués sans compter et ont sauvé des dizaines de milliers de vies. Il faut maintenant que l’État, dont les largesses sont impressionnantes, consente à hisser leurs salaires au niveau de la moyenne européenne, soit 44 000 euros par an, ce qui ne serait pas tellement généreux. En fait, on parle de 500 euros de plus par mois, soit 6 000 de plus par an. Sera-ce suffisant, alors que des milliards ont été déversés sur l’aéronautique et l’automobile ?

Un marché du travail rétréci.

« Nous allons souffrir », a dit dimanche le chef de l’État, avec un accent de vérité qui donne des frissons dans le dos. Il célébrait le fait d’armes du colonel de Gaulle qui a lancé, en 1940, une contre-offensive contre l’ennemi. Quand tout est perdu, cela s’appelle l’aurore, si vous vous souvenez d’Emmanuel Roblès. Oui, mais avant que le soleil se lève, combien de ruines ? On parle énormément du monde d’après, mais je suis convaincu qu’il ressemblera à celui d’avant, ne serait-ce que parce qu’il mettra les Français, comme les autres peuples, dans une position de dénuement face aux nouveaux défis. Les hommes ont des besoins, il leur faut donc des ressources, lesquelles ne sont assurées que par une activité. Dans un rétrécissement du marché du travail, les plus forts et les plus qualifiés trouveront cet emploi, pas les autres. Nous en sommes à valoriser le travail de ceux qui exécutent les tâches les plus dures, mais le rapport de forces entre l’employeur et l’employé potentiel restera le même : en faveur du premier et totalement cynique.

RICHARD LISCIA

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