Second tour le 28 juin

Édouard Philippe
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé en fin de matinée que le second tour des municipales se déroulerait le 28 juin prochain, sauf si le Conseil scientifique s’y oppose. Cette décision, comme les précédentes, est donc fortement nuancée par les incertitudes : dans deux semaines, le Conseil scientifique sera de nouveau sollicité pour un avis.

C’EST néanmoins la moins mauvaise des mesures possibles. Elle rétablit l’ordre chronologique du calendrier électoral, particulièrement chargé l’année prochaine, avec les régionales (sans compter les sénatoriales de septembre 2020). Elle laisse le temps aux partis d’organiser leur campagne. Elle évite de repartir de zéro et de tenir un nouveau premier tour. Les suffrages seront déposés dans des conditions d’aseptisation minutieuses. Certes, l’annonce de M. Philippe soulève de nombreuses critiques, ce qui n’étonnera personne, mais il est évident que l’hypothèse d’une décision claire, saine et sereine n’a jamais existé. Les détracteurs professionnels du pouvoir ne peuvent pas prétendre que le gouvernement tire un avantage de son choix. La République en marche a déjà perdu les municipales et ne peut, en aucun cas, regagner le terrain perdu.

Des millions d’électeurs.

Un second tour dans 37 jours laisse aux partis tout le temps de s’organiser, ce qui n’est pas le cas quand il suit d’une semaine le premier tour. Bien sûr, l’interdiction des regroupements larges réduit à néant l’espoir des grands meetings. Comme si les électeurs n’avaient déjà pas fait leur choix. On craint aussi une très forte abstention, mais est-ce bien certain ? Il reste seulement quelque 5 000 communes pour lesquelles il faut désigner un conseil municipal, mais elles représentent des millions d’électeurs. Un peu partout, la mairie des grandes villes est plutôt disputée et même les personnes âgées se feront un devoir d’aller voter, avec masques et gel hydroalcoolique. On ne voit pas pourquoi il serait logique de rouvrir les écoles et bientôt les restaurants, et pas les centres de vote. La multiplicité des contraintes sanitaires et politiques fait que le gouvernement s’adresse à la bonne volonté des électeurs qui, à mon avis, est bien plus grande chez eux que dans les partis, toujours insatisfaits, toujours prompts à rappeler au pouvoir ses responsabilités, toujours incités à chercher la faille dans les réponses que l’exécutif apporte aux défis que lui lance la conjoncture sanitaire.

Transparence et mauvaise foi.

Le président de la République n’a pas voulu d’une solution semblable à celle du premier tour. Les Républicains avaient insisté pour que le premier tour eût lieu le 15 mars et il a fini par céder à leurs arguments. Puis ils l’ont prié de reporter le second tour, prévu pour le 22 mars, ce qu’il a fait, mais qui lui alors valu l’ire de tous les opposants. Les partis politiques exigent constamment plus de transparence dans les mesures prises par le pouvoir, mais leur démarche est constamment marquée par la mauvaise foi. Du point de vue épidémiologique, les risquent existent, d’aucuns promettant, non sans éprouver les délices du cynisme, une nouvelle vague du virus qui aboutirait à un deuxième confinement. Mais admettons d’abord que la pandémie recule, que la mortalité diminue, que le nombre de patients en réanimation baisse. Les Cassandre n’ont avec eux que la sécurité qu’offre le pessimisme et ne sont pas loin, dans le secret de leur âme, de voir leur pronostic vérifié par les faits.  Qu’ils se distraient comme ils peuvent. L’enjeu est ailleurs. La tenue du second tour des municipales s’inscrit dans un tableau général de réduction de la menace sanitaire, de reprise de l’économie et de retour au travail.

Refiler le mistigri.

Incontestablement, le tandem Macron-Philippe a tenté de refiler le mistigri à la science médicale, qui n’a pas voulu prendre une telle responsabilité ; celle-ci relève, dit-elle, de la politique. Édouard Philippe a donc réuni les oppositions pour qu’elles s’expriment. Comme il fallait s’y attendre, elles ont émis des avis si différents que, de la discussion, il n’est ressorti qu’un pataquès. Surtout, les partis ne voulaient pas partager la responsabilité de la décision avec le Premier ministre qui, comme toujours, s’est donc retrouvé seul. Il joue donc son va-tout et comment pourrait-on l’en blâmer ? S’il est vrai que la crise sanitaire s’est dédoublée en crise politique, la menace contenue dans la pandémie est un phénomène qui a tout à voir avec la médecine,  et n’a rien à voir avec la politique. D’un autre côté, le pouvoir ne peut pas revendiquer sa légitimité fondée sur les urnes et reculer devant la tâche que lui impose la fatalité. Cela rappelle au président et au Premier ministre que le plus important n’est pas leur carrière personnelle. Ce qui compte, c’est comment en finir avec le virus et remettre la France au travail.

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One Response to Second tour le 28 juin

  1. Boper31 dit :

    Je ne suis pas allé voter au premier tour estimant que je risquais autant d’attraper le Covid le 15 que le 16 mars. L’élection du 15 mars devrait être invalidée afin de refaire une élection équitable ; celle-ci devrait être reportée en janvier 2021 plutôt que de bricoler un semblant de démocratie. Il est vrai que nous sommes en médiocratie comme l’a si bien dit Jean d’Ormesson.

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