Santé, défense, même combat

Olivier Véran, ministre de la Santé
(Photo AFP)

La réforme de l’hôpital et du système de soins en France, qui est lancée aujourd’hui par une négociation qui durera au moins deux mois, sera un acte essentiel de la reconstruction post-virus du pays. Elle exige de l’État une générosité indispensable, même s’il est contraint par ailleurs de déverser d’incalculables sommes pour faire tourner la machine économique.

PRATIQUEMENT, tout milite pour que les revendications des soignants soient entendues. Leur pression, déjà immense avant la pandémie, a largement trouvé sa justification ; leur héroïsme doit être récompensé ; l’opinion comprend que leur sacrifice doit être accompagné par une vie matérielle décente. Le gouvernement, peut-être pas par hasard, a annoncé que ses mesures de consolidation de l’économie lui ont déjà coûté 450 milliards. La facture de l’hôpital s’ajoutera à ces dépenses incontrôlées. Mais il est inadmissible que le salaire moyen des infirmières figure au bas de l’échelle de salaires européenne et un grand pas aura été accompli si la rémunération de nos soignants rejoint celle des Allemands (soit 44 000 euros par an). À n’en pas douter, l’exécutif tentera de trouver des instruments de réorganisation du travail censés permettre d’amortir le coût de la réforme ; mais il est, psychologiquement, dans l’incapacité de louvoyer : les soignants demandaient des hausses de salaires bien avant la pandémie. Ils ont réclamé, protesté, manifesté sans avoir vraiment été écoutés. Aujourd’hui, forts du rôle extraordinaire qu’ils ont joué dans résistance du pays au virus, ils présentent une double facture : celle des économies qui ont été faites sur leur dos et celle de leur accès à un niveau de vie conforme aux services rendus.

Humanisme ou rentabilité ?

La tarification à l’activité, qui a causé des dégâts sociaux incommensurables, doit être abolie et remplacée par une vision de l’hôpital qui fait toute la place à l’humanisme et n’en fait aucune à la rentabilité. Les syndicats savent que le pouvoir a compris qu’un effort financier exceptionnel doit être fourni. Il ne faut pas qu’ils poussent excessivement leur avantage car le financement de l’hôpital ne peut pas progresser à l’infini. Les mesures qui vont être adoptées ne seront pas valables que pour le restant de l’année. Elles affecteront les budgets des années suivantes et feront boule de neige. Or, s’il est vrai que la prise de conscience des besoins des personnels est forte, nous ne pouvons pas prévoir qu’un système contienne un vice déficitaire qui se reporte d’année en année. Il n’est pas vrai, comme le prétendent certains dirigeants politiques, que rien ne nous oblige à rembourser la dette ; mais il n’est pas vrai non plus qu’elle se rembourse au seul moyen de l’excédent budgétaire : le plan hospitalier sera un succès s’il est accompagné l’an prochain par une forte croissance, des emplois et une hausse mécanique de la masse des prélèvements sociaux. De ce point de vue, la fameuse CRDS de 0,5 % sur la totalité des revenus instituée en 1995 par Alain Juppé et qui devait être abolie en 2024 grâce au retour à l’équilibre du budget de la Sécu en 2024, va être prolongée jusqu’en 2033. Et nous vous faites pas d’illusions : elle sera encore prolongée de quelques décennies et la plupart d’entre nous n’y échappera un jour qu’en passant de vie à trépas.

Une et indivisible.

La pandémie a changé nos structures mentales. Le Covid est une menace géopolitique au même titre que le terrorisme ou les gaz à effet de serre. Le gouvernement a sensiblement augmenté le budget des Armées parce qu’il a compris que la sécurité de la France doit être assurée par des moyens adéquats dans un monde où la haine est devenue le carburant des peuples et la violence  la fonction non pas ultime mais première de la diplomatie. De telle sorte que la santé nationale s’est transformée en devoir indépassable.  Aucune raison de sombrer dans le pessimisme : nous serons mieux armés contre la prochaine pandémie car nous avons appris de la précédente et allons amasser armes et munitions pour la combattre. Enfin, essayons de discerner les points utiles d’une réforme de l’hôpital : elle créera des emplois de qualité, elle participera à la lutte contre un chômage (qui va être dévastateur), elle contribuera à l’unité du pays même si l’étourdissant ballet des forces centrifuges crée des cassures dans la République une et indivisible.

RICHARD LISCIA

 

 

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 Responses to Santé, défense, même combat

  1. Laurent Liscia dit :

    C’est bien de rappeler ce principe arithmétique: on ne peut pas être généreux sans ponctions supplémentaires. Toute « générosité » de l »État doit se traduire par de nouveaux impôts, ou la continuation d’impôts existants. Ou encore par une restructuration complète du budget, mais on sait que la marge de manœuvre est très mince… Surtout quand la fonction publique pèse si lourd dans le PNB.

  2. PICOT dit :

    Il n’y a pas que les infirmières qui sont concernées. Tous sont mal payés à l’hôpital, dans la plupart des cas, depuis le chef de service jusqu’aux « techniciens de surface ». Même chose en libéral (où ce qu’il en reste). On peut douter d’autre part de la volonté du gouvernement de stopper les restrictions budgétaires. Si c’était le cas il aurait immédiatement arrêté ce qui se passe à Saint-Étienne ou à Caen où les compressions et remaniements continuent comme si de rien n’était. Les recommandations (GOPÉ) de l’UE viennent de sortir : il y est bien dit que tout doit recommencer comme avant, une fois la pandémie passée. Jusqu’à présent Macron y a obéi, le petit doigt sur la couture du pantalon, comme ses prédécesseurs. Nous allons donc voir la suite.

  3. Supprimer la TAA, l’Ondam ma santé 2022. Et ses effets dévastateurs sur la qualité de l’enseignement.
    Supprimer les postes administratifs inutiles.
    Brider les ARS.
    Revaloriser les salaires de tous les soignants.
    Arrêtez d’engager des étrangers aux diplômes non valables.
    Arrêter de soumettre le privé aux grilles tarifaires indignes et de le soumettre au bon vouloir des ARS.
    De vouloir faire des CPTS partout dépendant des GHT.
    Arrêter d’opposer privé et public qui ont prouvé que sans leur complémentarité le Covid aurait fait encore plus de dégâts
    Ce que veulent les patients, c’est un accès facile au soin et cela passe par la revalorisation de l’acte du généraliste.

    Réponse
    N’oubliez ps, la prochaine fois, d’écrire votre texte sans compter sur moi pour en rétablir le sens.
    R. L.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.