Buzyn : la porte tambour

Agnès Buzyn
(Photo AFP)

Ancienne ministre des Solidarités et de la Santé, puis chef de file de la République en marche aux municipales à Paris, Agnès Buzyn semblait avoir abandonné sa courte carrière politique et s’être consacrée à sa vocation première, la médecine. Il n’en est rien. Elle a annoncé hier qu’elle reprenait le flambeau du combat électoral. Elle retourne donc à une campagne pour le second tour qu’elle n’a jamais abandonnée formellement.

CE NOUVEAU changement de cap ne laisse pas présager une victoire au terme des efforts de l’ancienne ministre. Elle est arrivée troisième, après Anne Hidalgo et Rachida Dati, au premier tour, et n’est pas en mesure de remonter la pente. Si elle a décidé, contre toute attente, de repartir à la bataille, c’est sans doute parce qu’elle n’a pas perdu sa flamme politique et qu’elle trouve du bon aux campagnes électorales  ; c’est aussi parce que, selon la rumeur, le président de la République n’a pas trouvé de meilleur choix et l’a sollicitée sans vergogne pour le second tour. On ne résiste pas aux supplications d’un chef d’État.

Mais que fait-elle dans cette galère ?

Le cas de Mme Buzyn est cependant particulièrement étrange car elle n’a pas caché son ressentiment pour les élections municipales et pour ses collègues de la REM dans des déclarations qu’elles a faites au « Monde » au lendemain du premier tour, qu’elle a dénoncé comme une « mascarade » ; non sans avoir précisé que, dès  janvier, elle avait annoncé au président de la République et au Premier que, avec la pandémie de Covid-19, la France courait à la catastrophe. On ne sait pas trop si ce déballage intempestif doit être attribué à une crise de nerfs ou à l’impression que son mauvais score du premier tour la disqualifiait pour le second. En tout cas, elle a repris du service dans un hôpital jusqu’au moment où elle a décidé de repartir en politique et de persuader ses amis de la République en marche qu’elle a gardé tout son enthousiasme pour les élections municipales. Il ne faut pas être grand clerc pour prévoir la défaite de la REM à Paris, qui fut son fief, et que l’offensive de ses troupes, de moins en moins nombreuses, se contentera de limiter les dégâts au sein du parti du président. On en est là. PS , LR et Verts le racontent sans ambages sur tous les plateaux et la REM n’a pas lieu de s’en offusquer parce que c’est vrai. Pourquoi Agnès Buzyn a-t-elle embarqué dans cette nouvelle galère ? Elle seule pourrait l’expliquer.

Un choix entre trois femmes.

Sans doute les Parisiens aimeront-ils le choix entre trois femmes pour le poste de maire de Paris, ce qui n’est pas courant. Mais on n’a pas besoin d’être un génie pour prédire la victoire de la socialiste Anne Hidalgo, une maire qui n’a cessé de subir critiques et avanies pendant six ans, qui les a parfois méritées mais qui a appliqué avec succès la formule arabe : « Assieds-toi au bord de l’oued, et tu verras passer le corps de ton ennemi ». Mme Buzyn, en quelque sorte, se conduit d’une manière plutôt américaine puisque, aux États-Unis, une série d’échecs compose un bon curriculum vitae. Elle apporte, dans le creuset électoral, une fraîcheur résultant de sa faible expérience politique et une innocence renforcée par ses déboires.

On ne lui pardonnera pas toutefois une conduite antérieure marquée par un vif ressentiment contre ses meilleurs amis, qui n’a été pardonné que parce que M. Macron et M. Philippe sont indulgents ou qu’ils ont été séduits par les charmants caprices de la candidate.  Certes, il y a du panache à aller chercher, non sans un souriant désespoir, la déroute sur un front que, il y a quelques semaines encore, Mme Buzyn semblait pouvoir enfoncer sans perdre de temps. On méditera d’ailleurs sur la vitesse de la victoire de Macron à la présidentielle et aux législatives et la même vitesse avec laquelle il a perdu quelques acquis magnifiques. Mme Buzyn vole littéralement vers l’échec alors que les larmes qu’elles a versées lors du premier tour ne sont pas encore sèches. Elle lutte à fronts renversés : elle pouvait prétendre à tout ou rien, aujourd’hui son rôle consiste à amortir la chute. Les erreurs humaines auront été, dans cette affaire, nombreuses, depuis la sécession de Cédric Villani, gênante et inutile puisqu’il a réuni moins de 10 % des voix, jusqu’au départ de Benjamin Griveaux, puis à l’arrivée en fanfare d’Agnès Buzyn, finalement décevante et associée à une déroute inscrite dans les faits.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Buzyn : la porte tambour

  1. Gasser dit :

    Certains semblent oublier la désertion en pleine tempête de la Buzyn ce que l’on ne peut pas comprendre de la part d’un médecin. Pourquoi alors que sa défaite est probable à la mairie de Paris, déserter à nouveau ? Assieds-toi au bord de l’oued …..mais qui est son ennemi ?
    Réponse
    C’est Mme Hidalgo qui s’assoit au bord de l’oued.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    La porte tourne, mais Anne Hidalgo est deja dans le vestibule … ou au bord de l’oued. Ce serait bien de faire un peu le ménage dans la REM et travailler sur le concept pourtant clair de « loyauté ».

  3. D.S. dit :

    Quand MmeBuzyn était ministre, elle alternait les déclarations alarmistes et les déclarations rassurantes. Aujourd’hui, elle hésite entre le statut de politique et celui de médecin. Pas très facile de savoir ou elle va.

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