Requiem pour la chloroquine

Didier Raoult
(Photo AFP)

Deux études parues dans une revue scientifique, le « Lancet », dont le contenu est bien rarement discuté, mettent en garde le corps médical contre l’usage de l’hydroxychloroquine comme traitement du Covid-19, surtout chez les patients âgés et très  atteints. Le Pr Didier Raoult, qui recourt à ce protocole, a récusé les études qu’il a qualifiées de « foireuses ».

LE Pr RAOULT doit reconnaître ses responsabilités par rapport à des informations médicales sérieuses qui ont d’ailleurs été confirmées par l’OMS. Il doit mettre un terme à une glorification de la chloroquine qui a amené nombre de Marseillais à faire la queue devant son hôpital pour obtenir le traitement. Il a donc de nombreux fans, y compris le président américain, Donald Trump, qui prend de la chloroquine en « prévention » et ne s’en porte pas plus mal (pour le moment), au risque d’entraîner ses électeurs dans un cycle infernal. La chloroquine, un anti-lupus,  fait partie de l’arsenal de médicaments qui ont été essayés pour combattre le coronavirus. Le Pr Raoult a lui-même procédé à une étude sur un nombre peu élevé de patients dont les résultats n’ont pas été significatifs.

Droits et devoirs.

Qu’il s’acharne, en toute circonstance, à démontrer qu’il se situe en dehors du mainstream médical est son affaire ; que le président Macron lui ait rendu une longue visite pour s’informer et se faire sa propre idée sur son travail ne signifie pas qu’il a reçu un blanc-sein de l’État ; qu’il continue à soigner à la chloroquine représente un risque qu’il n’a pas le droit de faire courir aux patients ; que son espoir d’apparaître, dès le début de la crise sanitaire, comme « l’inventeur » du premier traitement contre le virus ne doit masquer aucun de ses devoirs de médecin, à commencer par ne pas administrer à ses patients un médicament dont il n’est pas sûr ; enfin, qu’il ait choisi, par son apparence, par son langage, par son imperméabilité aux meilleures démonstrations scientifiques, de faire bande à part ne doit pas lui faire perdre de vue le contexte dans lequel il travaille et n’est pas le seul, il s’en faut, à travailler.

Querelles professionnelles.

Il ne s’agit ni de porter un jugement négatif sur les travaux du Pr Raoult, qui ont soulevé l’admiration de ses pairs, ni de lui livrer une guérilla incessante, ni de l’abaisser. Il y a des jalousies, un esprit de compétition et l’apparition fréquente de rivalités qui expliquent d’ailleurs que nombre de critiques adressées à M. Raoult sont plutôt feutrées : peu de médecins souhaitent en effet entrer dans des polémiques scientifiques, car tout, dans les tâtonnements de la science, repose sur l’empirisme, donc sur la nécessité, à chaque instant, de reconnaître une erreur et de changer de cap. M. Raoult n’est pas exactement de cet avis, qui s’entête et prononce, à propos de toute chose, des propos définitifs, alors que rien n’est définitif en médecine. Tout récemment, il a encore déclaré que la pandémie était « terminée », ce qui est sûrement excessif et donc insignifiant. Il se grandirait s’il admettait de bonne foi qu’il renonce à la chloroquine. Malheureusement, il a tendance à se croire victime de l’antipathie de ses pairs ou d’obscurs projets destinés à le perdre. Ce n’est pas de cette manière que l’on se bat contre une pandémie dont chacun sait qu’elle dépasse nos petites personnes et devrait nous conduire au contraire à plus d’humilité.

De la même manière, notre vigilance collective ne soit pas se relâcher. Non, la pandémie n’est pas terminée ; oui, une deuxième vague est encore possible, d’autant que le gouvernement va passer à la deuxième phase du déconfinement et que le public veut de bonnes vacances pépères, comme si de rien n’était. Le Pr Raoult n’est nullement contraint de servir la politique de santé actuellement en vigueur mais il doit avoir pour ses patients le respect qu’ils méritent et les mettre à l’abri de tous les dangers, quand le plus grand de ces dangers demeure le virus qui fait du mal, qui se propage encore à une vitesse fulgurante et qui tue.

RICHARD LISCIA

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9 Responses to Requiem pour la chloroquine

  1. Michel de Guibert dit :

    Merci pour cet article qui resitue la personnalité du gourou de Marseille et de ses dévots.

    Pour sourire, cette vidéo talentueuse de/par Benoit Dumon d’un Motet dans le style baroque « Les doux attraits de Chloroquine » :
    https://youtu.be/dy_LAixIK8s
    lequel avait déjà mis en ligne un « Motet pour le temps de confinement » que je vous recommande (textes et musique) :
    https://youtu.be/UFqgAwH20_I
    Un seul chanteur talentueux, Benoit Dumon, pour faire seul les 4 voix parfaitement synchronisés. Du bel ouvrage !

    • Laurent Liscia dit :

      Hilarant! Merci pour ce lien, que manifestement notre ami Trump n’a pas consulté, puisqu’il prétend se « soigner » à la chloroquine.
      Force nous est de constater que c’est peut-être le Professeur Raoult qui est « foireux ».

  2. Lefrançois dit :

    D’ordinaire, je suis séduit par vos analyses; mais pas aujourd’hui.
    Tout laisse à penser dans vos écrits que vous vous êtes laissé contaminer par la « bien-pensance » ambiante anti-Raoult.
    Je ne reprendrai pas mot par mot votre texte ci-dessus; pour une fois, vous y faites preuve d’approximations, d’imprécision, ou d’erreur. Le seul propos définitif que prononce avec insistance le Pr Raoult, c’est qu’il ne prédit pas l’avenir, et qu’il ne sait pas, concernant cette pandémie; il ne parle que de probabilités. Et il expose un certain nombre d’observations cliniques.
    Par contre, il est sûr de sa connaissance de l’hydroxychloroquine, et ça (contrairement à ce que vous écrivez), c’est vrai et vérifiable.
    Je ne sais bien sûr pas si le « protocole Raoult » est toujours suffisamment efficace; par contre, je sais (je l’ai écrit dans ces colonnes il y a plusieurs semaines) que les protocoles qui ont été proposés n’ont pas reproduit la procédure que proposait le Pr Raoult. Je connais trop bien ces pratiques (30 ans de médecine générale et 35 ans de recherche en pharmacologie clinique) pour ne pas avoir été dupe de ces sabotages multiples organisés contre les propositions du Pr Raoult. Oui, il a « une grande gueule », et tant mieux pour notre pays. Je suis persuadé que beaucoup de médecins généralistes (ceux qui font la vraie médecine de proximité des patients et qui voient les patients dès le début de leurs pathologies) pensent comme moi. La perfidie (peut-être la jalousie ?) d’une certain nombre de « professeurs parisiens » concernant leur collègue Raoult ne m’a pas étonné…J’ai beaucoup été témoin de ces langages de langues de vipères au cours de ma carrière; surtout face à une forte personnalité, d’une intelligence lumineuse, et qui ne s’encombre pas du langage « politiquement correct » trop souvent pratiqué par un certain nombre de « lécheurs de bottes » .
    Je vous invite aussi à prendre connaissance des propos (et nombreuses réponses aux questions posées), du Pr Raoult lorsqu’il a été récemment auditionné en commission au Sénat…Très instructifs, et scientifiques de plus !

    A votre disposition pour discuter plus avant.
    Respectueusement vôtre,
    Dr Jérôme Lefrançois

    Réponse
    Votre commentaire est à mes yeux inacceptable. Je ne conduis pas les enquêtes scientifiques internationales. Je n’ai rien contre le Pr Raoult et il me semble que de ce point de vue j’ai été très clair et que j’ai mentionné ses travaux. J’ai largement évoqué les querelles de clocher au sein de la médecine française. Quand, après avoir déversé sur mon compte un torrent de boue, vous ajoutez « respectueusement », vous sombrez dans une abjecte hypocrisie. Pendant vingt ans, j’ai publié les études du « Lancet » dans le Quotidien du Médecin ainsi qu’un très grand nombre d’études tirées des revues scientifiques les plus recommandées et respectées. Et je devrais aujourd’hui les ignorer ? Voilà que le délire pro-Raoult vous transforme en pasionaria de la chloroquine. Vous faites fi des recommandations de l’OMS et de divers comités scientifiques français pour arrêter les enquêtes sur la chloroquine, signe que ces études sont considérées comme dangereuses. Vous vous croyez plus savant que toutes les signataires de ces études ? Vous prétendez poursuivre la discussion avec MOI ? Allez donc porter le débat avec vos pairs. Mais est-ce bien nécessaire ? Il me semble que votre interlocuteur est M. Trump qui se soigne à la chloroquine. Là, vous serez en bonne compagnie.
    R.L.

    • D.S. dit :

      Richard Liscia a eu le bon discours dans cette affaire de chloroquine. Et heureusement, il n’est pas le seul. Je pense à notre nouveau ministre de la anté, excellent à bien des égard, et qui ne s’est pas laissé piéger par des prises de positions particulièrement hasardeuses sur le sujet. Le président américain, ou encore Ségolène Royal, ont des excuses. Mais un ancien ministre de la Santé, cardiologue de formation, et aussi un urgentiste très médiatique, ont plutôt fait preuve d’imprudence dans leurs déclarations.

      • Antoine Villard dit :

        Excusez-moi tous, mais en tant que patient potentiellement à risque par mon âge, si  malheureusement je devais être atteint de cette maladie, je préférerais prendre l’avis d’un infectiologue réputé et expérimenté plutôt que celui du gynécologue de mon épouse, du cardiologue de mon beau-frère, du gastro-entérologue de mon beau-père, ou du cancérologue de feue mon épouse. Je regrette qu’en cette occasion ce soit la conviction d’un ministre de la Santé qui a serré plus de mains de ses électeurs que de ses patients qui décide avec son aréopage de conseilleurs, d’interdire à mon médecin généraliste (je ne réside pas à Marseille) de me prescrire le traitement pour lequel j’ai lu toute les études favorables ou défavorables et pour lequel mon opinion est qu’il est préférable à « restez chez vous sous doliprane et appelez le 15 quand vous étoufferez ». Enfin sur cette étude du Lancet dont vous vous gargarisez, j’attire votre attention sur un paramètre que personne ne semble voir qui est la mortalité du groupe témoin de 9,3 % s’agissant de patients hospitalisés dans le monde entier que je vous prie de comparer avec celui des hospitalisés de la France entière qui est à ce jour 28 mai 2020 : 85 488 sortis de l’hôpital 18 306 morts soit le remarquable pourcentage de 21,4 %, qui semble indiquer que le doliprane n’est pas non plus une panacée. De plus si l’on fait le même décompte sur les patients hospitalisés, ignorant donc la cohorte de  « ceux qui « auraient guéri touts seuls à domicile avec doliprane », à l’IHU nous obtenons 692 patients et 36 morts soit 5,2 %, et jusqu’à présent personne n’a encore traité Raoult de menteur sur ce point, facile à vérifier pour un ministre de la Santé qui le souhaiterait, mais le souhaite-t-il ? J’en doute!
        Réponse
        Comme d’autres, vous attribuez au ministre de la Santé, ce dont il n’est pas responsable. L’étude du Lancet, que je me suis contenté d’indiquer et dont je ne me suis guère gargarisé, incluait 96 000 patients contre celle du Pr Raoult, qui n’en comprenait que quelques dizaines, ce qui fait toute la différence. Personne n’a traité le Pr Raoult de menteur, c’est vous qui le faites. Enfin, toutes les grandes études sont concluantes quant à la possibilité de mourir sous hydroxychloroquine, ce que vous oubliez de mentionner. Je me suis contenté de relever que l’OMS et le gouvernement interdisent désormais l’usage de ce médicament dans les cas de Covid-19. La prudence à l’égard de ce traitement est recommandée dans le monde entier. Bien entendu, vous êtes libre de faire ce que vous voulez, y compris d’enfreindre la règle. Il arrive en effet qu’on croie avoir tellement raison qu’on en meurt.
        R.L.

        • D.S. dit :

          Je suis étonné par cette contestation des modalités de prise en charge du patient Covid. J’en ai suivi un certain nombre et je leur ai dit : « Prenez du Doliprane, restez à la maison et contactez moi si vous êtes gêné pour respirer ». C’était la seule attitude logique compte tenu du contexte. La plupart des patients m’ont fait confiance et n’ont pas eu à le regretter. Mais certains m’ont harcelé pour avoir des antibiotiques (reconnus comme inutiles dans le Covid non compliqué), un test de diagnostic (inutile pour le patient lui même dans le Covid non compliqué) ou encore un scanner thoracique (également inutile dans le Covid non compliqué). Comme toujours, il faut savoir dire non. Quant à donner à la sauvette des molécules non éprouvées et potentiellement dangereuses, c’est oublier l’adage « primum non nocere ».

  3. Liberty8 dit :

    Il n’y aura pas de seconde vague. De ce côté-là le Pr Raoult a raison.
    Pour la chloroquine ou l’azythromycine,nous médecins généralistes, on s’en fout, on nous a interdit la prescription de chloroquine alors que je la prescrivais depuis 30 ans dans la polyarthrite rhumatoïde, sans problème jusqu’à présent. C’est une querelle de clocher, la prescription en ville n’est juste pas possible. Trump en prend, ça c’est pas en faveur, vu qu’il fait bourde sur bourde, mais c’est juste un peu mieux que d’avaler de l’eau de javel ou de perfuser des ultra violets.
    Région parisienne : 10 cas par jour en mars, puis arrêt de 15 jours ( et 4 jours d’hôpital) car je l’ai attrapé n’ayant pas de masque. 5 cas par jour début avril, 3 cas au total fin avril et plus rien depuis le 1er mai et nous sommes le 27. Ce n’est pas une étude statistique, juste un retour de médecin généraliste.
    Il n’y aura pas de deuxième vague.

    Réponse
    Ce n’était pas le sujet.
    R. L.

  4. valerie Achon dit :

    Pouvons nous prendre du recul et tirer expérience de cette …crise ?
    En toute confraternité ?
    N’avons-nous pas besoin de toutes les compétences, de toute notre lucidité dans le contexte actuel, et surtout de notre expérience de la nature humaine ?

  5. Doriel pebin dit :

    Ce qu on peut reprocher au pr Raoult c est une attitude de mandarin du 19e. Pour un scientiffique de haut niveau, il oublie la médecine fondée sur le niveau de preuve. La médecine paternaliste du « j’ai raison »  est une faute éthique et déontologique. Pourquoi n a-t-il pas fait une étude randomisée ? Par ailleurs l’hydroxychloroquine en cas de Covid n’est pas anodine en raison du risque de myocardite et d’effets iatrogènes de ce médicament surtout en association. Encore une fois, faisons de la science ! Donc éthique et déontologie sont des maîtres mots.

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