Un déconfinement lent

Édouard Philippe hier
(Photo AFP)

La deuxième vague de déconfinement, annoncée hier par Édouard Philippe, insiste principalement sur le maintien des mesures de précaution (distanciation, port du masque, interdiction des attroupements, notamment dans les cafés et restaurants) qui préservent un minimum de sécurité. Mais, à partir du 2 juin, les Français seront libres de voyager dans leur pays et, petit à petit, d’ici à la fin juin, une vie quasi normale sera rétablie.

LA PRINCIPALE raison pour laquelle, il faut continuer d’accepter toutes les contraintes imposées par l’État est que, d’une façon générale, les mesures qu’il a adoptées jusqu’à présent ont produit des effets positifs. Le déconfinement n’a pour objectif que de renvoyer les élèves à l’école et les salariés à leur poste de travail. Le gouvernement craint cependant une reprise de la circulation du coronavirus, qui est partout dans le pays et au sujet duquel il n’y a encore ni traitement ni vaccin. Il existe donc un consensus autour de la reprise de l’activité économique, assortie d’une prudence sanitaire sans laquelle la pire des catastrophes peut se produire. On dira ce que l’on voudra de nos dirigeants actuels, mais ils ne manquent pas de sang-froid. Les critiques qui leur parviennent sont un modèle de contradiction : ceux qui avaient expliqué que le confinement était inacceptable sont les mêmes que ceux qui ne veulent pas du déconfinement, qu’ils jugent prématuré.

D’abord, établir la vérité.

On ne s’attardera pas sur les récriminations, parfois les imprécations, que soulèvent les mesures des pouvoirs publics. La prudence a permis de sauver plus de 65 000 vies françaises, et c’est ce qui compte. Jamais, depuis 1940, la France n’a eu autant besoin d’un pouvoir fort et jamais, dans une crise d’une ampleur inégalée, on a assisté à autant de polémiques alors que le virus ne peut être combattu que par des mesures rapides et à la hauteur de sa férocité. On décèle, dans la cacophonie des opinions exprimées, quelque chose de pervers qui ressemble à une large brèche dans l’exigence de salut public. Les partis politiques qui n’ont pas fait le choix de s’associer à l’action de l’État portent une responsabilité, comme on a pu s’en rendre compte lors du débat sur le traitement, clos par la recherche scientifique, mais réanimé, si j’ose dire, par une vindicte fort inattendue à laquelle certains médecins se sont associés, alors qu’ils sont censés tirer leur conviction des études scientifiques sérieuses relayées par des revues médicales respectées. Bizarrement, la volonté des contradicteurs de s’élever contre les résultats de la recherche, semble avoir plus d’importance à leurs yeux que l’établissement de la vérité.

La médecine judiciarisée.

On notera aussi la violence des critiques par des médecins haut placés, qui en sont restés, au plus fort de la pandémie, à la « scandaleuse » pénurie de masques, de blouses ou de lits de réanimation, alors que la responsabilité de sous-équipement concerne autant le gouvernement actuel que ceux qui l’ont précédé. On est en train de judiciariser la médecine à grands renforts de plaintes et de sarcasmes au moment où les soignants exercent leurs devoirs sans discontinuer. Il y a tout de même une différence qui crève les yeux, entre ceux qui parlent énormément et ceux qui soignent jusqu’à en perdre le souffle, sacrifiant leur temps, leurs  intérêts personnels et, parfois, leur vie. Au dévouement  sans limites des uns, d’autres préfèrent la polémique, dans un contexte de vie ou de mort où le choix éthique est pourtant simple : il s’agit seulement de vaincre le virus, de sauver des vies, de soulager des patients très malades et de respecter un principe, « d’abord ne pas nuire », largement oublié par des bataillons de plaideurs.

Le déconfinement, tel qu’il a été défini hier par Édouard Philippe, ne nous permet pas vraiment de reprendre le cours de notre vie antérieure. Face au cataclysme économique et social qui s’annonce, la moindre des choses est d’avoir un peu d’humilité. Ce que nous avons perdu avec le confinement, nous ne le retrouverons jamais et, pour les personnes âgées, particulièrement vulnérables, le temps perdu ne sera jamais récupéré. Cela n’a pas été assez dit : des malades indemnes du coronavirus et qui dépendaient des hôpitaux ou de cabinets de groupe pour d’autres maladies, n’ont pas été soignés pendant trois mois. Le déconfinement devrait s’appliquer à eux en priorité, ce qui n’est pas le cas. Il est temps de réagir.

RICHARD LISCIA

 

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6 Responses to Un déconfinement lent

  1. Doriel pebin dit :

    Merci pour rappeler le bon sens. Malgré des erreurs inhérentes aussi à l’aspect inconnu et brutal du virus ce gouvernement a finalement tenu la route . On verra, à distance des polémiques, si les autres pays ont fait mieux et si le hasard ou la chance (foyer de Mulhouse par exemple) n’ont pas joué un rôle important. Alors qu’un virage à gauche est fait au niveau social pour les chômeurs entre autres, les partis continuent les mêmes critiques sans vergogne ni intelligence d ailleurs. Ou sont leurs propositions constructives ?

  2. Picot dit :

    Des mesures rapides à la hauteur de la férocité du virus, dites vous? On a du mal à voir lesquelles.

    Réponse
    Achetez des lunettes.
    R.L.

  3. Dominique D. dit :

    Vous vous comptez parmi « ceux qui parlent énormément » ou « ceux qui soignent jusqu’à en perdre le souffle » ?

    Réponse
    Je vous compte parmi les calomniateurs anonymes qui n’ont même pas le courage de leur perversité.
    R. L.

  4. mathieu dit :

    S’il est licite de donner quitus à notre gouvernement, de sa gestion de la crise, rigoureuse, sincère, responsable, réactive (un peu tard tout de même) et conforme aux données scientifiques du moment, il faut rester prudent sur les projections et certitudes des « sachants », dont les informations peu étayées ont pu donner le tournis. Ainsi ces 65 000 morts supplémentaires évitées ne seront jamais prouvées, de près ni de loin. Elles auront malgré tout la vertu de glorifier, pour pas cher et sans facture, l’action préventive du gouvernement ; et ces 65 000 vies gagnées compenseront bien les 2 ou 3 000 morts peut-être indues…ou dues à la légèreté et l’impréparation initiale qui ne manqueront pas d’être reprochées, à tort ou à raison, à nos gestionnaires.
    L’on pense à la manœuvre de Trump, rédempteur de l’humanité, parvenant, grâce à sa lumineuse gestion de la crise, à ramener le nombre de morts de « plus de 2 millions » prévisible à quelque 150 000 dans son pays!
    Cette crise nous aura, entre autres, enseigné l’humilité, et la grande fragilité de nos certitudes. Combien de savants et professeurs fustigeaient en mars sur les plateaux télé le port du masque, inutile à la population saine…pour revenir fustiger en mai le gouvernement de leur distribution tardive et insuffisante ?
    On aura surtout compris, durant ces trois mois, que nous ne sommes sûrs de rien, pas même, soyons provocateur, de la part précise du confinement dans le résolution actuelle de l’épidémie, à l’évidence multifactorielle.

  5. mathieu dit :

    Déconfinement, suite. On peut aussi s’amuser – et les commerçants, hélas, se désoler – de ces barouds d’honneur, inutiles, des censeurs du confinement, tentant désespérément, pour la forme, de retarder l’ouverture large et inexorable des derniers camps retranchés: les parcs, les plages « dynamiques » (!), et maintenant les restaurants. Notre Père Fouettard de Premier ministre, au demeurant bardé de qualités de gestionnaire, ignore, est même l’ennemi juré, du pragmatisme, du bon sens, du compromis, de la démagogie « utile » (ça arrive), indissociables d’une gouvernance équilibrée. Ce maître d’école « IIIème République » n’imagine pas l’éducation sans une petite dose de punition gratuite, d’expiation, le culte du « dernier mot », l’attirance jouissive d’une société encadrée, polissée…et policée, qui lève le doigt quand le maître l’y autorise.
    L’homme des 80 km/h sur départementales, de la taxe carbone (reportée de 6 mois après l’incendie du pays!), de l’âge-pivot, de la fermeture des cultes (jusqu’à l’illégalité) n’aurait certes pas raccourci de irois jours le confinement des restaurants et cafés. Ces 3 jours décisifs où le virus va vraiment rendre les armes! Tous les voyants sanitaires étant au beau fixe le 29 mai, qu’est-ce qui pouvait bien interdire l’ouverture dès le 30 mai et permettre à tous ces professionnels sur les jantes, de se refaire un peu la « cerise » (c’est la saison!) durant le plus beau le plus long et le plus « restaurateur (financièrement) week-end de l’année?
    Le pays, globalement et à juste titre, reconnaissant (49 % d’opinions favorables) à son directeur, paie quand même cher l’entêtement tardif, symbolique, irréaliste et passé de saison, de son cher maître d’école… Avant l’heure c’était pas l’heure, mais après l’heure c’est plus l’heure. Trop tard…ou encore trop tôt!

    Réponse
    Faut-il que, contre toute prudence, vous ayez ressenti une assez forte pulsion pour commenter deux fois le même blog, et de quelle manière ! Ce qui me surprend le plus, c’est que vous traitez de sujets divers mais pas du sujet concerné. Qu’est-ce qu’il vous a fait, Édouard Philippe ?
    R. L.

    • mathieu dit :

      Philippe est le plus avisé, le plus mesuré, le plus sobre et sûrement le plus efficace des premiers ministres que nous aurions pu envisager face à la crise, « ici et maintenant », dans notre pays et à cette heure.
      Pour autant, ces « libérations conditionnelles » de fin de crise, n’ont plus de valeur que symbolique; si le virus circule encore, il n’y a plus de cas grave. Par ailleurs, que notre premier ministre le veuille ou non, la population s’est intégralement réappropriée l’espace public, chacun vit parmi les autres (qui ne sont pas toujours l’Enfer, souhaitons-le), et si le virus doit circuler, il circulera! C’est pourquoi cette privation de trois jours essentiels aux commerces de bouche me paraît aussi dérisoire que délétère à l’économie et inutile sur le plan sanitaire.
      Mais peut-être tente-t-on de compenser un petit « retard à l’allumage » en début de crise par un retard de l’extinction, à sa fin ?
      Tout cela n’enlève rien aux qualités d’homme d’Etat de M. Philippe…ou plutôt de grand serviteur de l’Etat (ce qui n’est pas strictement équivalent)!

      Réponse
      Bon, très bien. On peut aussi parler d’autre chose. En tout cas, le sujet est clos.
      R.L.

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