La justice en question

Sarkozy pourchassé
(Photo S. Toubon)

Le parquet national financier (PNF) donne lieu, décidément, à de vives polémiques. Son ancienne directrice, Éliane Houlette, venait de déclarer que, pendant son enquête sur l’affaire Fillon, elle avait subi des pressions du parquet général. « Le Point » rappelle cette semaine que, dans l’affaire Sarkozy, l’ancien président aurait tenté d’obtenir des informations d’un magistrat, Gilbert Azibert, en lui promettant un poste à Monaco. Voilà que, selon « le Point », le PNF a mis sur écoutes, en 2014, de nombreux avocats qui n’avaient rien à voir avec l’affaire, avec une frénésie et un mépris des règles tout à fait étranges.

LA RÉPONSE, hier, du PNF, n’était guère convaincante : la procédure adoptée n’enfreignait pas la loi. Il semble bien pourtant que, poussé par la recherche passionnée d’une éventuelle « taupe » au sein de la magistrature qui aurait apporté à Nicolas Sarkozy et à son conseil Thierry Herzog des informations couvertes par le secret judiciaire, le PNF s’est lancé dans une aventure que les règlements n’ont jamais prévue. Il s’agit d’une enquête où M. Sarkozy est soupçonné d’avoir reçu de Mouammar Khadafi 50 millions d’euros pour sa campagne électorale de 2007. Un témoignage accablant a été rédigé par un ancien ministre libyen qui n’a apporté aucune preuve, de sorte qu’il est encore impossible de dire si le Libyen disait la vérité ou s’efforçait seulement de nuire à l’ancien président. On peut quand même se poser une question simple : si M. Sarkozy n’a pas pu être confondu 13 ans après les faits allégués, sur quelles bases continue-t-on à le poursuivre ? Et comment une somme aussi énorme a-t-elle pu échapper aux radars de la police ?

Acharnement contre la droite ?

En revanche, l’addition des deux affaires incite les commentateurs à se demander s’il n’y avait pas et s’il n’y a pas encore un acharnement contre les candidats de la droite à la présidence. De même que la campagne de François Fillon a été freinée par une affaire de biens sociaux et détournement de fonds en faveur de son épouse, Pénélope, celle de M. Sarkozy a été entachée par des poursuites qui ont nui à sa crédibilité politique et ont peut-être contribué à son échec en 2012. La différence c’est que, au bout de plusieurs années d’investigations, la justice n’a jamais rien prouvé au sujet de M. Sarkozy en dépit d’une campagne de presse assurée notamment par le site Mediapart et par « le Monde » qui, de toute évidence ont largement bénéficié des informations que leur livrait une autre « taupe » au détriment de la présomption d’innocence et du secret des enquêtes. Pour M. Fillon et sa femme, les faits sont maintenant établis et le jugement sera rendu lundi prochain.

Justice et vérité.

D’accusatrice, la justice française se retrouve ainsi au banc des accusés. Le PNF a été créé pour que d’éventuelles malversations commises par des hommes ou des femmes politiques soient décelées et sanctionnées. Mais rien ne l’autorise à mettre sur écoutes des avocats a priori innocents. Me Éric Dupont-Moretti, un des ténors du barreau de Paris, a décidé de porter plainte. Me Hervé Témime, autre avocat célèbre, déclare qu’il « tombe des nues ». Bref, les révélations du « Point », ajoutées aux propos très imprudents de Mme Houlette, créent une ambiance lourde qui incite certains à exiger la dissolution du PNF. Il ressort de ce méli-mélo que les juges ne peuvent pas poursuivre des citoyens avec des méthodes récusées par la loi, qu’il ne leur est pas interdit, après avoir englouti des sommes énormes pour convaincre un homme politique de sa culpabilité sans y parvenir, de passer à une autre affaire, qu’ils n’ont aucun espoir de faire émerger la vérité s’ils commencent par la cacher sous le prétexte du secret judiciaire.

Un affrontement droite-gauche.

Mais la justice française souffre d’une maladie bien plus grave : c’est le lien qu’elle a toujours gardé avec le pouvoir politique. Il est inexcusable. Elle doit agir d’une manière totalement indépendante et si elle ne le peut pas, c’est parce que, chaque fois qu’un parti arrive au pouvoir, il refuse de trancher ce lien une fois pour toutes. Le PNF , par exemple, reste aux ordres du parquet général, ce qui le place dans une situation très inconfortable et même inextricable s’il est obligé de rendre compte à une instance judiciaire supérieure aux ordres de l’État. Ce qui ne veut pas dire que, en toute occurrence, des magistrats haut placés prennent leurs directives du pouvoir. Il n’est pas impossible qu’ils soient guidés par leurs convictions de citoyens. On devine, par exemple, que les informations dont ont bénéficié les médias de gauche « cadraient » en quelque sorte avec un secret désir de saper la droite. On l’a vu également dans l’acharnement d’une partie de la presse contre Emmanuel Macron au moyen d’informations fournies par le milieu judiciaire. Il est toujours bon de dire la vérité mais il y a des lieux et des moments pour le faire. La vérité est universelle. Celle d’un juge qui travaille dans son coin et veut confondre un suspect relève plus d’une tactique malsaine que de l’intégrité de la magistrature.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to La justice en question

  1. Laurent Liscia dit :

    Tout ça peut paraitre scandaleux – ou au contraire merveilleux: les contre-pouvoirs en action. Dans un pays sans démocratie on ne saurait rien de tout ca. C’est un peu comme Trump qui veut faire chuter les chiffres du Covid en supprimant les tests. On voit bien que la tentation des dirigeants c’est toujours d’étouffer les affaires et de maquiller la r&alité. Le PNF au banc ? Très bien.

    • Michel de Guibert dit :

      Il est plus malin d’augmenter le nombre de personnes dépistées (le dénominateur) pour faire baisser le taux de mortalité… spécialité marseillaise comme la bouillabaisse !

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