Le choix de Macron

Ensemble pour 8 jours ou deux ans ?
(Photo AFP)

Conformément à une rumeur dont la presse fait ses choux gras depuis plus de deux mois, le président de la République serait écartelé entre le choix d’un remaniement ministériel ou celui d’un  remaniement gouvernemental, incluant le départ et le remplacement d’Édouard Philippe. Il suffirait pourtant de s’en tenir à la première hypothèse pour éviter ce qui ressemble beaucoup à une fausse route.

LE PROFIL du Premier ministre séduit beaucoup les Français. Ils l’ont vu naviguer impavide dans les eaux tourmentées de la pandémie. Ils le jugent simple, compétent, concret, par opposition à l’aspect visionnaire des déclarations dont le président abuse parfois. Il bénéficie d’une cote de popularité de 50 % qui dépasse de quinze points celle de M. Macron. Ce qui divise l’exécutif, c’est l’orientation à droite de la politique gouvernementale : le président veut la « verdir », M. Philippe, au contraire, veut s’en tenir au modèle libéral, celui qui les a unis jusqu’à présent. Bien entendu, seul Emmanuel Macron peut adopter un programme ou le changer. Il ne saurait être contesté par son principal collaborateur. Il définit ce programme et le Premier ministre l’applique. Comme disait Jacques Chirac, « je donne les directives et il les exécute ».

Le dégageur dégagé ?

Le tandem a traversé des crises multiples et profondes en lançant des réformes qui ont vivement déplu à une forte fraction du peuple, aux syndicats, aux gilets jaunes. Une longue bataille contre l’adversité les unit et, malgré leurs dissensions, les deux hommes s’admirent réciproquement. Candidat aux municipales, M. Philippe aurait pu être emporté par la vague récurrente du dégagisme. Il a été élu maire du Havre avec une rare majorité. C’est un plus et un atout, ce n’est pas une tare. Sa discrétion, sa modération, la réaffirmation permanente de sa loyauté envers le chef de l’État ne font pas de lui un danger. Même s’il était plein de la plus tenace des ambitions, il n’irait pas jusqu’à se présenter contre son patron. Néanmoins, le passé montre que tout est possible, qu’un président est souvent trahi par les siens, par exemple Hollande par Macron. Que la versatilité de l’électorat est propice aux chamboulements, que ce que le peuple aime faire, c’est déboulonner des statues. Arrivé au sommet du pouvoir par le dégagisme, M. Macron peut en être victime en 2022 et c’est en tout cas ce que souhaitent trop de gens.

Philippe plaît aux Français.

Mais justement, la finale de ce parcours si tourmenté, c’est l’élection présidentielle et la stature acquise par M. Philippe ne permet pas au président de le punir pour ses qualités. Une telle injustice jetterait tous les électeurs de droite dans les bras de l’opposition. Bien sûr, M. Macron peut reconduire M. Philippe dans ses fonctions et le surveiller pendant les deux ans qui restent avant le grand-rendez-vous électoral, ce qui n’est d’ailleurs pas la plus saine des occupations. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’avant de décrire sa vision de l’après, celle que tout le monde réclame sans s’inquiéter du retour au statu quo ante, il a besoin de s’entourer des plus belles compétences. Peu de candidats à un poste gouvernemental peuvent aligner les atouts d’Édouard Philippe. Si la cote de popularité d’Emmanuel Macron est médiocre, mais acceptable (34 % et plus), c’est grâce à Philippe ; si nous avons franchi cahin-caha (et au milieu des pires accusations, comme d’habitude) le cap de la pandémie, c’est grâce à Philippe ; si les oppositions, qui se moquent des divisions au sein de la République en marche, respectent tout de même l’action de Matignon, c’est grâce à Philippe. Si les candidats potentiels de la droite, Baroin, Bertrand, Pécresse éprouvent tant de difficultés dans l’escalade des cotes de popularité, c’est grâce à Philippe. Et enfin, si l’exécutif est malmené, M. Philippe plaît aux Français.  Le président ferait bien de s’en souvenir. Après tout, Macron est l’homme qui, par excellence, prend des risques. Il aura été le président le plus téméraire.

Toutes choses qui lui ouvrent la voie : il doit changer quelques ministres, mais garder son Premier ministre. Il doit prendre en compte le raz de marée écologiste, mais s’entendre d’abord avec M. Philippe sur l’étendue environnementale de son programme pour « le monde d’après ». Il doit, s’il veut réussir la fin de son mandat, s’appuyer sur les atouts dont il dispose sans aller chercher des personnages qui n’ont pas encore fait leurs preuves. Il ne s’agit pas d’offrir au peuple le pain et les jeux dont il est si friand ; il ne s’agit pas de se livrer à une action spectaculaire qui présenterait beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. Il s’agit, plus humblement, de panser les plaies causées par les défaites, de finir les réformes, de faire ce travail de dentelle si méticuleux, si complexe, si rebutant. Édouard Philippe est taillé pour la tâche.

RICHARD LISCIA

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