Jean Castex Premier ministre

Castex et Macron
(Photo AFP)

Ce n’est pas faire injure à Jean Castex que de penser que le départ d’Édouard Philippe est un évènement plus important que son remplacement à Matignon. M. Castex, 55 ans, (Sciences Po, ENA) est élu, maire de Prades, dans les Pyrénées Orientales, classé chez les Républicains, qui ne veulent plus le reconnaître comme un des leurs, a travaillé à l’Élysée au temps de Sarkozy et a été chargé tout récemment de préparer le déconfinement.

LA DÉMISSION d’Édouard Philippe semble avoir été voulue par le président de la République et non par le Premier ministre. Dans les partis politiques, on offre plusieurs interprétations de leur séparation, le tout-écologique souhaité par M. Macron et même le laxisme (?) budgétaire du président. La nomination de Jean Castex, dont le nom circulait depuis plusieurs semaines, montre que le sort d’Édouard Philippe était scellé : le président a tout simplement réduit la position de chef du gouvernement à la dépersonnalisation et à l’obéissance absolue. C’est l’énorme poids politique acquis par M. Philippe pendant trois années redoutables de mandat qui semble bien avoir inquiété M. Macron, lequel n’a pas assisté sans agacement à la hausse sensible de la cote de popularité de son Premier ministre, même si c’est à dessein qu’il lui a confié la gestion de la pandémie, tâche dont le Premier ministre s’est acquitté avec brio.

L’appel du pouvoir.

L’éviction de M. Philippe n’est en pas moins une surprise d’une telle ampleur qu’elle obère la nomination de M. Castex. Pour tous ceux qui appliquent la raison cartésienne à la politique, M. Macron vient de commettre une immense erreur. Il n’est pas logique, en effet, de chasser un homme qui a bien fait son travail, qui est devenu populaire, dont 57 % des Français réclamaient la présence à Matignon après les municipales, d’autant que M. Philippe, candidat au Havre, l’a emporté avec une magnifique majorité dès le premier tour. Le chef de l’État donne l’impression d’avoir puni le Premier ministre pour son succès, pour la séduction qu’il exerce sur les Français, y compris ceux qui haïssent le président, pour la concurrence qu’il voyait poindre au sein de son clan le plus rapproché. Il aurait gardé M. Philippe que celui-ci n’aurait jamais tenté de se porter candidat à la présidence contre lui. Certes, l’ancien chef du gouvernement a juré qu’il ne bougerait pas en 2022, mais son immense loyauté est ébranlée depuis ce matin : il sera de plus en plus populaire, même s’il se contente de gérer le Havre pendant deux ans. Et alors, résistera-t-il à l’appel d’un peuple qui voudra qu’il se présente ?

Macron enfin seul.

Renforcé par la sympathie des Français qui, cette fois, reprocheront de bonne foi à Macron sa stratégie, Édouard Philippe, dont on ne peut pas dire qu’il soit dévoré par une extrême ambition, a toujours laissé, pendant ces 1 145 jours (calcul établi par l’AFP), ses qualités briller sous une brume d’humilité. Conduisant les réformes à un rythme acharné, il a réussi à juguler les effets violents et répétitifs des changements indispensables au redressement de la France. Répondant aux insultes tonitruantes de certains députés, il les a souvent remis en place sans élever la voix ; devant la menace insurrectionnelle, il est resté de marbre et n’a jamais exprimé la moindre inquiétude. On sait qu’il est boxeur : effectivement, il sait éviter les mauvais coups et porter ceux qui abattent l’adversaire. Non seulement sa présence à Matignon a été salutaire pour la macronie, mais il semblait être devenu inamovible. On ne soupçonnera pas M. Macron de paranoïa, mais le succès de son Premier ministre a réussi à lui faire croire que, si lui, Macron, est impopulaire, c’est à cause de Philippe. Il n’en est rien, bien sûr, mais les divergences sur la limitation de vitesse, la crise la plus ridicule que puisse concevoir une société moderne, l’essor de l’écologisme et enfin la haine persistante, tenace, indélébile des Français pour leur président ont fini par convaincre celui-ci que la solitude lui apporterait un peu de bien-être.

J’ai toujours pensé, au contraire, que la popularité de Philippe était utile à celle de Macron. Je répète que le président vient de commettre une erreur stratégique d’envergure. On me répondra que tout passe, qu’avec le temps, on s’intéressera beaucoup plus à M. Castex qu’à un ancien Premier ministre, ou encore que la Constitution est mal faite, qu’il faut la changer et supprimer Matignon, ce à quoi M. Macron vient de se livrer dans un acte d’importance historique, il n’en demeure pas moins que le président risque de payer en 2022 le petit crime fratricide qu’il vient de commettre. Il reste à Jean Castex à prouver le talent qu’ont décelé chez lui ceux qui le connaissent et à montrer que, privé de toute notoriété, il nous surprendra plus vite que s’il était célèbre. On lui souhaite la bienvenue dans un monde difficile.

RICHARD LISCIA

 

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5 Responses to Jean Castex Premier ministre

  1. Michel de Guibert dit :

    Édouard Philippe n’était guère plus connu en dehors des Havrais que Jean Castex quand il a été nommé Premier ministre… il se pourrait que la popularité de ce dernier suive la même courbe que celle de son prédécesseur… au grand dam d’Emmanuel Macron !

  2. Delage dit :

    Je partage entièrement votre brillante analyse et le futur vous donnera raison.
    De DELAGE à AGEN

  3. PICOT dit :

    Philippe, Castex ou Tartempion cela n’a aucune importance : Macron applique les Grandes orientations de politique économique de l’UE (GOPÉ) avec persévérance, point barre, et Castex suivra, il ne peut pas faire autrement. La preuve : contrairement à ce qu’on disait, notre président n’a nullement abandonné la réforme des retraites qui fait partie, comme beaucoup d’autres sujets, entre autres la réduction des dépenses de santé (qui est en train de continuer), des GOPÉ. Tout continue comme avant. Mr Castex a dit être pour le dialogue social ? Je pense qu’il va être servi.

  4. Doriel Pebin dit :

    Pour M. Picot: il est toujours étonnant de constater l’ignorance des grands problèmes au profit des enjeux politiciens nationaux. Il est normal que la France (quel que soit le gouvernement) respecte les grandes orientations des politiques économiques (GOPE) puisqu’elle fait partie de l’Union européenne. Certains préfèrent à l’évidence, une curieuse « indépendance » qui les livrerait pied et poings liés aux aux régimes « amis et démocratiques » (par exemple, la Russie et la Chine). Il est très réaliste de penser que 66 millions de « gaulois rouspéteurs » pèsent évidemment le même poids face à 1,3 milliards gouvernés par un régime authentiquement « démocrate ». Par ailleurs, chacun sait que la désunion fait la force ! Rappelons que cette Europe « vilipendée » va fournir des milliards. Pour la retraite, les chiffres sont têtus, la population française vieillit et mieux avec de plus en plus de retraités qui vivent de plus en plus longtemps (espérance de vie en 1968 = 70 ans). Reculer l’âge de la retraite pour se retrouver dans la moyenne européenne n’apparaît pas délirant mais frappé au coin du simple bon sens (sauf pour les « profiteurs » du système, notamment fonctionnaires dont je fais partie). L’antimacronisme primaire, et plus généralement la critique virulente et permanente d’une partie des Français, s’enracine. Comme le dit avec justesse M. Chevènement, si vous n’aimez pas le premier de la classe, choisissez le dernier. Le CV de Mme Le Pen est effectivement particulièrement étoffé en termes de responsabilités exercées pour la communauté nationale. De toutes façons, la détestation, voire la haine (régulièrement entretenues) contre ce président (démocratiquement élu) est telle que sa réélection serait un exploit, quelle que soit ses réalisations. Rappelons la théorie de Thomas, sociologue américain du 19e : la perception de la réalité correspond à la perception de la réalité que se font les individus et non à la réalité elle-même (d’où certaines auto-réalisations). C’est comme cela que Mme Le Pen pourrait arriver au pouvoir. Le déficit de rationalité évoqué par G. Bronner continue à faire des émules au plus grand… dam de la France.

  5. PICOT dit :

    @ Doriel Pebin
    1-Nous faisons partie de l’UE contre notre volonté, permettez moi de vous le rappeler. Macron lui même a dit à la BBC qu’il ne se risquerait pas à un nouveau référendum sur la question, sachant très bien que les Français pourraient dire encore non, comme en 2005.
    2-Etant donné le manque de coordination et de réaction de l’UE face à la crise du Covid 19 la démonstration est faite qu’elle ne nous protège de rien du tout. Il y a une armée Européenne? Non. Une volonté commune? Non, chaque pays a des intérêts différents. Et vous trouvez que la Suisse ou la Norvège, par exemple, ou plus récemment la Grande Bretagne, se portent si mal que ça hors de l’UE?
    3-Cette Europe vilipendée va nous fournir des milliards ? Mais de quoi parlez vous ? Déjà, en l’état, elle nous coûte plus qu’elle ne nous rapporte ce que, j’espère, vous savez. Si vous faites allusion au plan Macron Merkel de 500 milliards et qui, si j’ai bien compris, sera composé d’une partie de subventions et d’une partie d’emprunts. Pour les subventions elles seront prises, mais si, mais si, dans nos poches figurez vous. Et de toute façon il faudra que les 27 soient tous d’accord ce qui est loin d’être le cas.
    4-En ce qui concerne la « réforme » des retraites vous oubliez un tout petit détail : à votre avis qui va fixer la valeur du point de retraite? L’Etat bien sûr. De cette façon en cas de besoin d’économie sa valeur sera diminuée et votre retraite aussi. Abracadabra. Pourquoi croyez vous que des lits et des postes aient été supprimés, entre autres par notre cher, c’est le cas de le dire, nouveau Premier ministre autrefois quand il était auprès de Xavier Bertrand? Pour des besoins d’économie (GOPÉ).
    Et pouvez vous expliquer pourquoi cette réforme envisage tout simplement de faire disparaître les caisses des professions libérales (médecins, avocats etc..). Ces caisses sont à l’équilibre, fonctionnent bien et ne coûtent pas un sou au contribuable. Il n’y a donc aucune raison de les supprimer sachant, par dessus le marché, qu’elles versent des millions chaque année au secteur public. Vous le saviez? Si on réfléchit bien le but est en fait, ce que les avocats ont compris les premiers, de faire enfin disparaître les professions libérales, toutes les professions libérales. Si le pouvoir n’aime pas les professions libérales c’est parce qu’il n’aime pas la liberté… des autres!
    5- Pour l’amour du ciel que veut dire anti macronisme primaire ? Et donc que voudrait dire anti-macronisme secondaire ? Si nous avons encore, et tout est fait pour ça, un duel Macron / Le Pen, il y a fort à parier que l’abstention sera massive, nous venons d’avoir un aperçu. Toujours le même piège concocté par Mitterrand, cela devient lassant. Mme Le Pen n’est aucunement convaincante : elle ne veut plus sortir de l’UE donc, contrairement à ce qu’elle dit, elle ne pourra nullement lutter contre l’immigration, entre autres problèmes, qui est en grande partie organisée par la commission européenne. Nous ne sommes plus, malgré les apparences, en démocratie, mais c’est un autre débat.
    Réponse
    Amen.
    R. L.

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