Castex sur le front social

Castex à l’Assemblée
(Photo AFP)

Un projet d’accord a été conclu sur la revalorisation des salaires des soignants (sauf pour les médecins hospitaliers qui feront l’objet d’une négociation séparée). Il sera applicable progressivement, assurant une hausse d’un peu plus de 200 euros par salarié dès le début de l’année prochaine.

LE PROJET a été accueilli par des sentiments mitigés : les soignants de l’hôpital public réclamaient en effet une hausse de 300 euros par mois. Olivier Véran, ministre de la Santé, avait proposé la somme impressionnante de 7 milliards, le Premier ministre, Jean Castex, a ajouté un milliard, ce qui a permis le déblocage de la négociation. Les montants investis sont certes colossaux, mais plus que mérités. Avec la hausse, les personnels soignants n’ont toujours pas atteint la moyenne européenne. Leurs concitoyens ne peuvent pas se contenter de les applaudir tous les soirs à 20 H, il était urgent et inévitable de faire progresser leurs salaires, leurs conditions de travail (des investissements sont prévus) et une protection absolue contre le virus. Dans ce cas spécifique, il était impossible de ratiociner, surtout dans un contexte où la dépense a atteint de tels sommets que la guerre entre les revendications et les propositions gouvernementales devenait caduque. On veut donc espérer que le progrès apporté par le projet d’accord sera durable et que, pour une fois, il ne se traduira pas par une révolte, avec manifestations et protestations.

Pensions : 30 milliards de déficit.

Il n’en va pas de même pour la réforme des retraites. Le Premier ministre a expliqué que, contrairement à ce qu’exigent les syndicats, CFDT comprise, l’État ne peut plus attendre. Le Covid a transformé un déficit de 5 milliards en 2020 en une perte de 30 milliards, qui se répercutera sur les années suivantes si rien n’est fait. Les premiers contacts avec les organisations syndicales se sont traduits par un dialogue de sourds. On peut nourrir le sentiment que le gouvernement, en s’entêtant dans un dossier relancé par le président de la République, va déclencher une crise. Il ne peut guère s’offrir ce luxe dans un contexte déjà tourmenté par les vagues de licenciements massifs qui sont en train de se produire, le plus souvent parce que c’est une malheureuse nécessité, notamment pour Renault, Airbus et Air France, mais parfois aussi parce que la pandémie a créé un effet d’aubaine dont certains patrons souhaitent profiter. Dans le cas des retraites, il faut renvoyer les négociateurs à l’option immanente : ou bien on prolonge les carrières (les salariés cotisent plus longtemps, d’où la notion d’âge pivot), ou bien on augmente les cotisations, ou bien on diminue les pensions versées à quinze millions de retraités.

Les retraités, ces profiteurs.

Les syndicats rejettent ces trois options sans vraiment en proposer une quatrième, car elle n’existe pas. Ces voies déjà explorées montrent que, face au rejet des intéressés, aucun choix n’est indolore. L’idée court depuis longtemps, sans doute parce qu’elle est nourrie par les chiffres, que les retraités ont en moyenne un niveau de vie supérieur à celui des salariés. Mais les moyennes statistiques ne rendent jamais compte de la qualité de vie de chacun des citoyens. Et surtout, la réalité est que les retraités ont cotisé toute leur vie et qu’ils n’ont pas volé leur pension. Ceux qui ont travaillé longtemps ne sont pas sûrs que le montant de leurs cotisations, ajouté à celui du patronat, leur sera intégralement reversé quand ils seront  passés de vie à trépas.

Sur le plan politique, M. Castex est bel et bien obligé de prendre des décisions fermes et, à mon avis, on va vite s’apercevoir que, sous ses rondeurs et amabilités, il a des crocs et qu’il lui importe d’achever une mission. Le choix, pourtant le moins douloureux, le plus efficace, le plus logique, qui ne coûte rien, sinon du temps de travail, est celui de la prolongation des carrières. Il est récusé avec fureur par tous les syndicats, y compris la CFDT. Quand notre société admettra-t-elle que nous vivons plus longtemps qu’autrefois, avec une bien meilleure qualité de vie et que le travail, ce n’est pas l’enfer suivi du paradis ? Le déficit du système sera payé de toute façon par le contribuable, lequel ne dépensera pas un sou s’il travaille un ou deux ans de plus, comme presque partout en Europe. Difficile, aujourd’hui, de prédire vers quelle solution on s’orientera mais il y a à parier que l’on finira par choisir la baisse des pensions pour des raisons à la fois psychologiques et fausses : pour « égaliser » les niveaux des actifs et des retraités, pour prendre la solution la plus injuste mais la plus facile, et surtout pour en finir. Résultat : les actifs deviendront un jour des retraités moins bien payés, avec le même niveau de cotisations.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Castex sur le front social

  1. pinard dit :

    Prolonger la durée du travail avant de « prendre » sa retraite, c’est aussi et surtout aménager son poste de travail en fonction de son âge, du temps de travail, de l’expérience acquise et beaucoup d’autres choses…et ne pas perdre les éventuels avantages acquis éventuellement dans le poste précédent, ceci pour des salariés…
    les professionnels libéraux attendent aussi des dispositions favorables pour poursuivre leur activité au delà de l’âge de la retraite.

  2. Michel de Guibert dit :

    Oui, vous avez complètement raison, la solution la plus juste et la plus raisonnable, surtout avec la crise économique et sociale consécutive à la crise sanitaire, serait le report de l’âge de la retraite (avec d’éventuels aménagements pour les professions les plus pénibles).
    Le gouvernement aura-t-il le courage de le faire ? les syndicats de le reconnaître ?

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