L’influence de Castex

Castex sort de Matignon
(Photo AFP)

Si on cherchait des preuves que Jean Castex ne se contentera pas d’être un Premier ministre simplement vassalisé par Emmanuel Macron, il les a données ces derniers jours dans une séquence fulgurante de paroles et d’actes. Il n’avait pas plus tôt prononcé son discours de politique générale au Parlement qu’il ficelait en une matinée ses relations avec les syndicats : une première depuis longtemps.

CERTES, M. Castex a tout simplement différé d’au moins six mois les négociations sur les régimes de retraites et sur l’assurance chômage, s’attirant ainsi les éloges des leaders syndicaux et calmant du même coup le jeu politique. On dira, bien sûr, qu’il s’agit d’un renoncement, ce qui n’est pas à proprement parler une manière de gouverner. Cependant, ajourner un dossier, fût-il essentiel du point de vue de la dépense publique, cela ne signifie pas l’oublier. Le chef du gouvernement a voulu régler un certain nombre de problèmes avant de passer à ces deux Himalayas qui donnent des sueurs froides aux actifs, aux chômeurs et aux retraités. C’est de la sagesse et c’est aussi une manière de se différencier de son prédécesseur, Édouard Philippe qui, lui, souhaitait mener de front tous les dossiers, y compris les plus épineux. Du coup, l’analyse politique doit être amendée : M. Castex exerce-t-il sur le président de la République une influence apaisante et, en conséquence, a-t-il pris, en une semaine, l’ascendant sur M. Macron ? En tout cas, il l’a fait changer d’avis. Il y est parvenu sans donner le moins du monde l’impression qu’il lâchait d’énormes concessions : la réaction générale a été le soulagement. Car M. Castex ne perd pas une minute : il a déjà à son actif le vote majoritaire dans les deux chambres en faveur de sa déclaration de politique générale, une litanie à la Prévert qui constitue une somme de décisions denses et touffues. Il a conclu très rapidement un accord hospitalier qu’il a enlevé en ajoutant un milliard aux propositions  antérieures : il a donc le talent mais aussi les moyens.

Une rentrée plus calme ?

Il va même jusqu’à démentir les propos du chef de l’État, qui s’est montré prêt à prolonger la taxe d’habitation pour les 20 % de Français (« riches ») qui la paient encore. Le chef du gouvernement est resté de marbre : pour le moment, elle ne sera payée que jusqu’en 2023. Quoi qu’il en soit, les leaders syndicaux, ces écorchés vifs qui ont usé leurs nerfs lors de leurs conversations avec Édouard Philippe, parlent d’un changement d’attitude de l’exécutif et, que je sache, M. Macron ne les a pas démentis. Tout, chez Castex, sa bonhomie, sa bienveillance envers les Français, y compris ceux qui n’arrêtent pas d’aboyer, son extraordinaire maîtrise des dossiers, l’aide à conduire la caravane à bon port. Il y a longtemps qu’une détente politique intérieure ne s’est pas produite. On a maintenant de bonnes raisons de penser que la rentrée sera plus consacrée à l’emploi et au niveau de vie qu’aux textes qui régissent les relations sociales.

D’abord la croissance.

Même si le président n’est pas acquis à cette méthode, il ne saurait nier les services qu’elle lui rend. L’évolution de l’économie dépend des comportements du public. Il consomme ou non. Il est pris entre l’espoir d’un retour à la normale, ce qui lui permettrait de vivre mieux et de contribuer à la relance, et la crainte d’une récession qui l’inciterait à épargner. M. Castex souhaite que les Français dépensent les économies qu’ils ont accumulées pendant le confinement et qui représenteraient 50 à 60 milliards. Un rebond économique spectaculaire (il est à la portée de notre main) en 2021, un coup de frein à la hausse du taux de chômage rallieraient beaucoup de gens au pouvoir. Or c’est de la croissance que nous pouvons attendre des améliorations. Exemple : il faut mettre un terme à la dérive des caisses de retraite (30 milliards de déficit cette année). On peut combler le trou avec des prélèvements ou des baisses de prestation. Ou encore grâce à une croissance qui remplirait les réserves des caisses par le biais des cotisations. C’est très exactement le calcul de M. Castex, qui n’est pas assez naïf pour renoncer à la réforme, mais qui sait qu’un contexte d’euphorie aiderait grandement à la « compréhension » des organisations syndicales.

Tout en louant la stratégie de Jean Castex qui, par moments, est éblouissante, on voit bien que ce qu’il fait, M. Philippe aurait pu le faire lui aussi. Et que, de ce point de vue, son départ immérité aurait pu être évité. Mais on admettra dans le même souffle que les réactions du public associeront le retour au calme au nouveau Premier ministre. La politique est sûrement le lieu géométrique de tous les cynismes, mais mieux vaut une société apaisée qu’une menace de guerre civile.

RICHARD LISCIA

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One Response to L’influence de Castex

  1. Laurent Liscia dit :

    Peu importe. Il fallait un changement pour faire face a la pression publique, et la chance c’est d’avoir quelqu’un de compétent au volant.

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