Trump sur un volcan

Trump : l’échec
(Photo AFP)

Les déclarations les plus récentes de Donald Trump ne laissent guère prévoir la fin de la pandémie aux États-Unis. Le président américain, en effet, s’agrippe à sa méthode qui consiste à nier la réalité d’un virus galopant dans tout le territoire fédéral et assure encore, avec la même mauvaise foi, que le fléau va bientôt disparaître spontanément.

C’EST une position dictée par le complet désarroi où l’a plongé l’inquiétante recrudescence de la circulation du virus. Elle était d’autant plus inévitable que Trump n’a jamais consenti à généraliser le port du masque et la distanciation sociale, alors que, dans les États les plus touchés, les hôpitaux sont saturés. Les États-Unis dénombrent plus de 140 000 morts et  près de trois millions huit cent mille cas et rien n’indique que ce chiffres atteindront un plateau dans un délai prévisible. Le président américain a beau accuser la Chine d’avoir été à l’origine de la pandémie dans le continent américain, il sait, en son for intérieur, qu’il n’a jamais compté, au nom de la défense de l’économie et de l’emploi, pourtant malmenés comme ils ne l’ont jamais été depuis les années trente, que sur une contamination assez large pour enfin immuniser le pays par manque de victimes.

Bataille perdue.

Un calcul qui aura été fatal à la fois à la santé de ses concitoyens et à leurs revenus. Les sommes hallucinantes qui ont été versées pour protéger l’emploi et préserver une partie des revenus des Américains n’ont pas été suffisantes face à l’ampleur de la pandémie. Il a donc perdu la bataille contre le virus et, à bout d’arguments, il nie que ses décisions aient été erronées et nuisibles et revient, comme une rengaine, sur la beauté de sa gouvernance, celle de l’homme le plus intelligent et le plus efficace de la planète. Tous ceux qui travaillent encore avec lui sont des gens merveilleux, tous ceux qui dénoncent sa gestion sont des ennemis uniquement motivés par la haine et non par les maux américains. Il a même reconnu qu’il est en perte de vitesse dans les sondages, mais en ajoutant une précision : ces sondages sont truqués et donc ne reflètent pas sa réelle cote de popularité qui serait à son zénith.

Les comptes secrets de Trump.

Dans le camp républicain, on critique le candidat démocrate, Joe Biden, sous le prétexte qu’il n’ose pas sortir de chez lui, qu’il ne fait pas campagne et qu’il souffrira in fine de sa propre lâcheté. M. Biden constate surtout que moins il en dit et mieux il se porte, alors que Donald Trump continue de s’enferrer dans ses analyses infantiles, hors sol, proches du surréalisme. Si la plupart des élus républicains, terrorisés par les exigences de loyauté assorties d’un chantage auxquelles Trump s’adonne avec délectation (il a toujours la menace à la bouche), d’autres, encore une minorité, s’organisent pour que l’électorat refuse son second mandat au président. Ils sont conscients que la gouvernance du président actuel conduit l’Amérique à l’abîme et que sa réélection achèverait durablement la destruction de ses structures constitutionnelles, éthiques et économiques.

La Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice, a voté deux fois en faveur de mesures libérales, notamment en ce qui concerne les immigrés, mais d’une façon générale, Trump mène une campagne totalement illégale contre les institutions. Avant et après son élection, il a refusé de livrer au public sa déclaration fiscale annuelle, ce qui est interdit. Maintenant la justice lui réclame un accès à ses comptes personnels et il n’est pas impossible qu’il soit contraint de céder avant les élections de novembre prochain.

L’exemple parfait du cynisme.

Quoi qu’il en soit, Trump ne sera pas réélu ou récusé sur son bilan, qui est catastrophique. Il comptait sur une croissance et un emploi radieux, la pandémie l’a privé de cet unique atout. Mais, de la même façon, son néo-isolationnisme a libéré les appétits énormes de quelques dictatures qui ouvrent des fronts en Syrie, en Libye, menacent les Européens, sans que Trump puisse rapatrier ses troupes en Afghanistan, sans que l’OTAN puisse intimider les nouveaux provocateurs, sans que la Russie ne soit maintenue à l’écart des élections aux États-Unis ou même en Europe. Il n’a pas seulement favorisé la mauvaise foi et le cynisme dans le monde, il en a donné l’exemple. De sorte que rien n’interdit à des hommes comme Xi Jinping, Vladimir Poutine et Recep Erdogan d’augmenter leur néfaste influence.

Les quatre années du mandat de Trump ont considérablement affaibli les États-Unis et, s’il était réélu pour un second mandat, il achèverait son travail de sape. Il sait fort bien que son moment est passé. Le monstre blessé n’en sera que plus dangereux pendant la campagne qui va bientôt s’ouvrir. Son désespoir et la plaie que lui inflige son échec l’amèneront à se débattre et à détruire tout ce qui pourrait empêcher son triomphe.   La diffamation, le mensonge, l’invention de faux scandales, les accusations fallacieuses contre la presse, les instituts de sondage et ses ennemis politiques déverseront un torrent de boue. Ce qui explique la réserve et le sang-froid de Joe Biden : Trump est si sale qu’il faudra mettre son masque et observer la distanciation sociale.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Trump sur un volcan

  1. Michel de Guibert dit :

    « Trump est si sale qu’il faudra mettre son masque et observer la distanciation sociale »… mais pas s’en laver les mains !

    • Mike Trajster dit :

      Les US ne se sont jamais aussi bien portés que sous Trump, il faut être un bobo parisien pour penser le contraire. La pandémie a mis l’économie à mal, mais bon, la France n’est pas au mieux non plus. Biden est pseudo grabataire et compte sur le bordel organisé par des islamo-fascistes pour se faire élire. Quoi qu’il arrive les US sont au bord de la guerre civile et n’allez pas croire que tous les Afro-Américains sont démocrates, Obama n’ayant rien fait pour eux pendant 8 ans !

      Réponse
      Si les États-Unis ne se sont jamais aussi bien portés sous Trump mais au bord de la guerre civile, vous feriez mieux éviter d’écrire sur des sujets qui, manifestement, vous dépassent.
      R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    On peut en effet s’attendre à une campagne extrêmement pénible. Mais on a le sentiment que quelque chose a basculé dans l’opinion. Peut-être pas parmi les 35 % (!) d’Américains qui pensent le plus grand bien du président, mais chez les 10 à 15 % de gens qui sans être centristes, sont partisans de l’ordre, de la modération et de la prospérité. Trump n’a rien livré de tout ça …

  3. PICOT dit :

    En tout cas, lui n’a déclenché aucune vraie guerre pour l’instant. Ce n’est déjà pas si mal.

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