Covid, syndrome français

Victoire du PSG, joie sur les Champs
(Photo AFP)

Les progrès regrettables de la pandémie en France sont dus à divers facteurs irrationnels. Ils ne peuvent en effet être combattus que par la plus stricte discipline (port du masque, désormais obligatoire, distanciation sociale, lavage répétitif des mains) auxquels nombre de nos concitoyens se déclarent rebelles, parfois en exprimant violemment leur hostilité à ces mesures, pourtant d’application simple.

POUR justifier leur attitude, ils ont recours à divers arguments dont le principal serait l’incohérence des dispositifs de sauvegarde, ou plutôt leur constante évolution. Mais le gouvernement et les médecins ne leur demandent pas seulement de porter le masque, ils leur demandent d’échapper à la contagion et de ne pas être eux-mêmes une source de contamination. Le résultat de la nonchalance du public est l’augmentation, maintenant impressionnante, du nombre de cas chez les 15-44 ans. Leur maladie semble relativement bénigne, mais elle fait peser sur les seniors une menace de mort. Sans doute l’été favorise-t-il la propagation du virus ; sans doute la médecine a-t-elle beaucoup tâtonné avant de se rallier solidement à la plus efficace des mesures, le port du masque à l’extérieur de chez soi ; sans doute le déconfinement a-t-il été interprété comme un retour (prématuré) au statu quo ante. Mais il n’y a rien, dans la rébellion anti-sanitaire, de vraiment logique : pas un des « dissidents » ne devrait prendre le risque de tomber malade et de rendre les autres malades. Tout en se félicitant de la victoire du Paris-Saint-Germain hier soir contre Leipzig, la ministre des Sports, Roxana Marcineanu, n’a pas hésité à rappeler que les explosions de joie collectives sur les Champs-Élysées favorisent la propagation de l’épidémie.

Une voie suicidaire.

De sorte que l’affrontement entre un gouvernement qui, s’informant auprès de la science des bonnes décisions à prendre, et une fraction du peuple qui demeure réticente, s’engage dans une voie suicidaire pour les administrés. En effet, il ne s’agit nullement, en l’occurrence, de défier l’autorité, sport national auquel nous nous adonnons de longue date, mais de compter exclusivement sur notre conscience, pour ne pas contribuer à l’effondrement de la société. On ne peut pas, on ne doit pas politiser le Covid, mais on n’a pas cessé de le faire. Il faut appliquer une logique simple, compréhensible pour tous et sûrement salutaire. On fait l’inverse et, en poussant la révolte à ses extrêmes, au nom de je ne sais quelle liberté civile qui serait menacée, on participe à un prochain chaos. La théorie du complot, joyeusement relayée par les réseaux sociaux, a envahi les esprits au point que se mettre un canon sur la tempe revient à battre le pouvoir, alors que le virus n’abat que des hommes et des femmes et ignore les considérations politiques. Quelques courageux employés des transports publics, policiers-plagistes et policiers de ville tentent tous les jours de rappeler les consignes aux gens qui s’attroupent. Un TGV a été arrêté dans une petite gare jusqu’à ce qu’un non-porteur de masque consente à en descendre ; des chauffeurs de bus, qui ne faisaient qu’appliquer les ordres reçus, ont été battus, parfois tués. Les micro-trottoirs ont été, ces derniers temps, un ramassis d’imbécilités historiques, du genre « le gouvernement en fait trop ».

Le masque, symbole politique.

Mais trop par rapport à quoi ? Par rapport à une recrudescence de la pandémie ? Il n’y a rien d’excessif à combattre, par tous les moyens connus, un virus d’une ténacité sans précédent dans les annales récentes. À quoi s’ajoute le ton goguenard de certains commentaires, à la fois de droite et de gauche, pour rappeler les décisions dites « horizontales » de l’exécutif qui, pourtant, ne fait jamais rien  qui ne soit conseillé par les médecins, lesquels, dans l’affaire, ont perdu tout crédit alors que, sans eux, nous aurions sombré dans une mortalité élevée. Et c’est ainsi que se développe inéluctablement la théorie du complot : le pouvoir ne saurait plus comment faire oublier la pénurie de masques de mars dernier ; les médecins ne sauraient plus comment effacer leurs efforts empiriques du début de la pandémie qui ont tant inquiété les Français ; tout le peuple s’est dressé contre la pénurie de masques, voilà que nous en avons des réserves impressionnantes dont une partie de nos concitoyens ne veulent plus. Il me semble que les carences de nos dirigeants ont été assez dénoncées au début de la pandémie pour que, aujourd’hui, l’on puisse dénoncer en retour les manquements à une discipline dont les effets positifs ne peuvent se produire que si tous nos concitoyens s’y astreignent. Il n’est pas interdit de rappeler que la liberté individuelle s’arrête là où elle nuit aux autres.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Covid, syndrome français

  1. D.S. dit :

    En 2009, j’avais suivi les conseils de l’ époque, en allant chercher à la mairie de ma commune les 200 masques distribués par les autorités (100 FFP2 + 100 chirurgicaux + une paire de lunettes de protection). Je repose donc la question à tous les confrères déjà installés à l’époque, et si critiques aujourd’hui à l’égard du gouvernement actuel: aviez-vous récupéré ou gardé ces fameux accessoires considérés aujourd’hui comme vitaux ? Certaines réponses très évasives me font penser que non. J’ai même entendu que ceux-ci étaient probablement périmés, donc inefficaces. Si je me noie, j’attrape la bouée de sauvetage qui se présente, sans regarder sa date de fabrication. Mon petit stock de masques, gardé précieusement dans un placard, m’a peut être sauvé la vie. Merci à Madame Bachelot, si régulièrement critiquée en 2009.

  2. Doriel pebin dit :

    Curieux pays, ou plutôt curieuses générations ou les plus jeunes estiment n’avoir que des droits et peu de devoirs envers leurs aînés et le pays. Nos responsables politiques d’opposition ne brillent pas par leur pédagogie pour le bien du pays. Chacun attend que la situation empire sans autre action que critiquer pour dire ; « Je l’avais bien dit ». Espérons un sursaut de responsabilité ! Continuez à énoncer des vérités.

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