Gauche-Verts : le malaise

Yannick Jadot
(Photo AFP)

Quand on observe la danse du ventre à laquelle se livrent la France insoumise et les écologistes, on se dit que les conditions ne sont guère réunies pour qu’ils forment un front de gauche dans la perspective des élections de 2022.

AUJOURD’HUI, tout le monde est écologiste, certes à des degrés divers, mais généralement assez pour qu’apparaissent des lignes de convergence entre la France insoumise, les Verts et les socialistes. Il est pourtant évident qu’ils n’en prennent pas le chemin. Ils constatent leur proximité mais, au fond, ils butent sur leurs propres ambitions. Il est plus facile de se trouver des affinités que de dire qui doit conduire le bal. Pourtant, on ne saurait minimiser la forte influence de l’idéologie de gauche sur  EELV de même que l’imprégnation de l’écologisme par les différents groupes qu’inspirent le socialisme, le PS bien sûr, mais aussi Génération.s de Benoît Hamon. Cette solide évolution, additionnée à la conviction qu’il faut abattre le régime en place, favorisait tout naturellement le rapprochement entre ces différentes écoles.

Guéguerre des chefs.

Mais d’une part, les Verts sont eux-mêmes divisés. Il y en a, il faut s’en souvenir, qui ne désavouent pas Emmanuel Macron ; la plupart sont solidement ancrés dans la démarche socialiste, mais semblent plus sensibles aux nuances qu’à l’essentiel, cette unité qui leur ferait défaut. À quoi il faut ajouter ce que leur abnégation n’a jamais empêché : une guéguerre des chefs, par exemple entre Yannick Jadot et le maire réélu de Grenoble, Éric Piolle, sans compter les divergences qui apparaissent dans leurs débats et qui font qu’un leader a à peine montré le bout du nez qu’il est contesté. Personne n’a oublié comment le centrisme de Daniel Cohn-Bendit lui a valu sa disparition politique, comment Eva Joly, puis Cécile Duflot, ont manipulé le parti d’une manière presque stalinienne. Il n’est pas sûr non plus que le chef du PS, Olivier Faure, ne se méfie pas des ambitions des Verts, d’autant que M. Jadot fait campagne depuis belle lurette, avec une autorité qui frôle l’arrogance, comme si la France entière était déjà acquise à sa cause. Ce qui a créé un malaise chez ceux des Verts qui, dans leur enthousiasme écologique, appellent de leurs vœux un parti exemplaire, définitivement débarrassé de la culture du chef.

Quoi qu’il en soit de ce qu’ils feraient des institutions une fois arrivés au pouvoir, les Verts doivent admettre que, dans le cadre de la République actuelle, il n’y a pas d’avenir pour un parti politique qui n’aurait pas une sorte de chef « naturel » capable de le conduire à la victoire. On le voit bien chez les Républicains où le choix du boss donne lieu à des impatiences, d’interminables discussions et des débats où les noms, certes évoqués, ne sont pas sacralisés. Xavier Bertrand a fait acte de candidature libre, mais il n’ira pas loin s’il n’est pas adoubé par LR. François Baroin hésite, demeure silencieux, ce qui agace profondément ceux de LR qui souhaitent l’investir.  Bruno Retailleau, incarnation de la droite sans concessions, n’a pas un boulevard devant lui.

RN : un billet pour le premier tour.

Bien entendu, l’avenir dépendra des sondages d’opinion qui traceront une ligne : nous sommes à moins de deux ans de l’élection présidentielle et il peut se produire assez d’événements pour que le rapport de forces s’inverse et pas seulement qu’une fois. Il n’empêche que ni la gauche ni la droite n’ont  réussi, à ce jour, à changer un tableau politique où le Rassemblement national dispose inévitablement d’un billet pour le premier tour. Cette mécanique implacable irrite les yeux et les oreilles de la droite et de la gauche, elles en souffrent, elles la dénoncent avec fracas, en oubliant parfois qu’en 2002, Chirac en a bénéficié largement, ce qui veut dire qu’il ne s’agit pas d’un stratagème mis au point par l’horrible Macron, mais qu’il y a des victoires politiques qui résulte de la popularité (hélas) du RN, contre laquelle la droite n’a pas su se défendre. Ce qui est sûr, c’est que, si chacune des formations politiques de droite et de gauche se cantonne à ses intérêts spécifiques sans chercher à composer avec les partis avec lesquelles elles ont ont de fortes affinités, leurs chances seront réduites. À s’inscrire dans la seule et démagogique critique du macronisme, à l’affaiblir avec rage, à le condamner sans cesse avec violence et fureur, elles finiront pas obtenir ce qu’elles prétendent empêcher à tout jamais : Marine Le Pen présidente.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Gauche-Verts : le malaise

  1. Sphynge dit :

    « Marine Le Pen présidente » : cela paraît quand même peu vraisemblable, mais probablement moins catastrophique que de voir, sous le nom d’écologistes, l’islamo-gauchisme, le socialisme, l’immigrationnisme, l’antisémitisme et le racisme anti-blancs parvenir au pouvoir !

  2. Laurent Liscia dit :

    Marine Le Pen présidente serait tout aussi catastrophique que l’islamo-gauchisme. Il ne me paraît pas sain de normaliser les extrêmes.

    • Sphynge dit :

      Tout à fait, mais le RN aujourd’hui n’est plus un parti extrême ; il s’en faut de beaucoup. Les résidus pétainistes y sont négligeables tandis que l’extrême gauche, qui assure aujourd’hui encore l’essentiel de la pensée dominante, conserve, intactes, les tares de ses origines.

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