Emploi : verre à moitié vide

Castex et Le Maire : croissance sous Covid
(Photo AFP)

Les statistiques publiées sur l’emploi au mois de juillet annoncent une baisse de 4 % du taux de chômage. Aussitôt présenté comme un chiffre en trompe-l’œil par les experts et les commentateurs, l’information est passée à la trappe, étant entendu que cette baisse ne signifierait rien.

ELLE signifie, à coup sûr, que nous avons toujours, en pleine période de pandémie, quatre millions de chômeurs en France, sorte d’Himalaya pour tous ceux qui s’efforcent de réduire le taux de chômage et de revenir lentement au plein emploi, ce que le gouvernement a obtenu jusqu’à la pandémie, grâce à ses diverses réformes et en dépit d’une croissance bien insuffisante. Ses efforts ont été littéralement balayés par la crise sanitaire : le voilà maintenant comme Sysiphe, qui doit remonter la pente avec un boulet sur le dos. C’est tout de même l’occasion de rappeler que, sans les réformes pré-Covid, qui ont pratiquement déclenché la « révolution » des gilets jaunes, nous aurions au moins quelques centaines de milliers de chômeurs supplémentaires. Et de dire aussi que, conscient de la dimension de la catastrophe, l’exécutif a investi des milliards pour maintenir les emplois dont il a pris charge le financement, ce qui n’a pas manqué de donner une bouffée d’oxygène aux entreprises. Ce n’est pas le glorifier que d’entrer dans ces détails, d’autant que d’autres pays, proches ou lointains, ont adopté la même méthode. Le revers de la médaille est bien entendu l’endettement croissant du pays, si bien que, dénoncés pour avoir dépensé autant d’argent, les pouvoirs publics sont également harcelés pour un bilan médiocre sur l’emploi.

Une pulsion de croissance.

Mais la partie n’est pas finie. C’est d’autant plus vrai que personne n’a vu un parti d’opposition s’élever contre la tactique, après avoir fustigé la stratégie pré-Covid. On veut bien, à gauche, prendre le chômage tellement au sérieux qu’il faudrait, pour l’éliminer, changer de Constitution et élire une assemblée constituante. Vaste programme qui ne satisfera les chômeurs qu’au bout de plusieurs années, pour autant qu’entretemps les entreprises n’aient pas fermé leurs portes et que les capitaux n’aient pas fui à l’étranger. Or non seulement le climat des affaires est relativement bon, non seulement la confiance du consommateur remonte, mais la production est un cheval fringant qui rue dans les brancards. Journalistes et experts disent ce qu’ils veulent, peu de gens contestent qu’il y aura en fin d’année et l’année prochaine une croissance qui rattrapera au moins en partie la baisse d’activité en 2020 et l’augmentation hallucinante de l’endettement. Et cela se produira malgré la hausse des cas de contamination, malgré une crise sanitaire qui s’accroche au pays comme un parasite indestructible, et malgré, en définitive, l’absence de vaccin, notre seul espoir sérieux de salut qui, s’il est vraiment au point, ne sera pas commercialisé avant le milieu de l’année prochaine.

Un autre mal, le fatalisme.

Suis-je stupidement optimiste ? En tout cas, un peu d’optimisme de temps en temps me semble salutaire. Dans le comportement de ceux qui refuse les gestes-barrières, on décèle un fatalisme qui représente le début du découragement, puis du désespoir et un jour le malheur de contracter la maladie. Les polémiques sur le port du masque, même quand elles s’affranchissent du complotisme, sont à la hauteur du dérèglement du climat. Rien, dans les mesures du gouvernement, n’est utile ni bon. La décentralisation est bafouée, toutes les décisions viennent d’en haut (seraient-elles meilleures si elles venaient d’en bas ?), le pouvoir n’a aucune considération pour les Français, le masque est désagréable, il est suffocant, c’est une atteinte aux libertés et, argument-massue de la France éternelle, il devrait être gratuit. Après quoi, on met en exergue le moindre mot d’agacement du ministre de la Santé ou de l’Éducation nationale, ces deux statues du Commandeur proches du totalitarisme. Et on refuse de comprendre que, pour lutter contre le fléau, il faut de la patience, de l’ingéniosité, avancer à tâtons. Il ne s’agit pas d’empêcher les protestataires de s’exprimer, il s’agit de leur dire que la campagne de 2022 n’est pas encore commencée, ce que manifestement ils ignorent.  On verra dans six mois où nous en sommes. Les Cassandre n’ont pas forcément raison.

RICHARD LISCIA

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One Response to Emploi : verre à moitié vide

  1. Michel de Guibert dit :

    Dans le comportement de ceux qui refusent les gestes-barrières, on décèle, me semble-t-il, de l’inconscience ou de l’égoïsme et un mépris de la santé des autres, notamment des plus vulnérables, plutôt qu’un fatalisme ou du découragement…

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