Covid : mesures « difficiles »

Jean Castex
(Photo AFP)

Il n’y pas eu de deuxième vague de la pandémie mais la première a rebondi à la faveur du dé-confinement, le nombre de cas augmentant de nouveau jusqu’à des pics (7 000 par jour) qui menacent à la fois le système de santé et l’économie. Le gouvernement annonce des mesures « difficiles » dont l’essentiel consistera à re-confiner la population dans les zones où la contagion est galopante.

UNE CONJONCTION d’événements a affaibli nos plus grands espoirs. L’essai de vaccin d’Astra Zeneca a été suspendu, la pandémie repart de plus belle dans le monde, le Premier ministre lui-même a été contraint de passer un test et en passera un deuxième cette semaine, la France n’est pas épargnée et, en l’état actuel des questions qui n’ont pas été résolues et ne peuvent l’être que par le renforcement de la discipline, nous devons ajourner la plupart de nos projets de vie. Nous avons sous-estimé le virus deux fois : nous avons cru la Chine quand elle prétendait le maîtriser et  nous avons pensé que le confinement l’avait jugulé. Nous payons les conséquences d’un optimisme excessif et de l’impréparation où la France se trouvait. Il est inutile, dans ce domaine, d’aller chercher les responsabilités de nos échecs. Le gouvernement s’est inspiré des conseils des médecins, victimes eux aussi de la colère de la population, elle-même divisée entre ceux qui obéissent aux règles et apportent leur indispensable contribution et ceux qui les récusent, alimentant ainsi une contamination de plus en plus large.

Front sanitaire, front économique.

Il serait absurde de procéder à un second confinement national. Nous n’en avons pas les moyens et nous comptons sur la reprise pour rattraper notre retard économique et relancer l’emploi. Mars a été le mois de la survie, juillet celui du retour au travail dans un système qui a tenu bon malgré le confinement mais a été très fragilisé. Nous devons donc protéger notre capacité de production, travailler tout en luttant contre la pandémie. Ce n’est pas facile. De sorte qu’il est maintenant aisé de comprendre que le Covid est un fléau, qu’il est partout, qu’il change de manière drastique notre façon de vivre, largement axée sur l’instinct grégaire et qu’il est devenu si dangereux que nos réflexes les plus spontanés doivent être constamment contrôlés. Il faut faire un double constat : d’une part, il n’est pas surhumain d’appliquer les gestes de discipline ; d’autre part, la société française va sortir de cette épreuve avec, dans plusieurs secteurs, des pertes qui entraîneront des faillites et des disparitions d’entreprises.

Nous ne serons plus les mêmes.

C’est surtout sur le plan du moral national que se joue notre avenir. Nous ne serons plus les mêmes. À l’approche de la saison de la grippe, nous serons terrifiés par le moindre rhume. Non seulement, alors, il faudra multiplier les gestes-barrières, mais il faudra aussi se vacciner contre la grippe classique, chose que les Français, souvent hostiles à la vaccination, ne feront pas de gaieté de cœur. On ne dira jamais assez que quelques préjugés extraordinairement dangereux, alimentés par d’irresponsables gourous, nous font plus de mal collectivement que les maladies infectieuses elles-mêmes.  Nous devons donc aborder l’automne et l’hiver avec la vigilance requise, tout en nous efforçant de ne pas confondre la grippe saisonnière avec le Covid-19. Il ne faut pas désespérer : les Français sont rétifs mais ils ont peur. La couverture vaccinale contre la grippe va probablement s’élargir dans les deux ou trois mois qui viennent, ce qui permettra de mieux identifier les cas de Covid. Et peut-être est-il souhaitable de politiser le moins possible la pandémie. Attribuer la faute à quelques uns, qu’ils soient dirigeants politiques ou médecins, ne changera rien à la nature de cette crise dont il est bon de rappeler qu’elle est d’ordre planétaire et non national. La tâche est dure : produire tout en se protégeant. Le reste n’est que propos oiseux réservés à ceux qui ne font rien.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Covid : mesures « difficiles »

  1. Michel de Guibert dit :

    « On ne dira jamais assez que quelques préjugés extraordinairement dangereux, alimentés par d’irresponsables gourous, nous font plus de mal collectivement que les maladies infectieuses elles-mêmes. »
    Merci de rappeler opportunément cela !
    Ce qui circule sur les réseaux sociaux est atterrant…

  2. Laurent Liscia dit :

    Tout a fait d’accord avec Michel de Guibert. Il y aurait une étude médico-sociologique intéressante à mener sur les « virus » idéologiques: comment les théories du complot circulent-elles sur les réseaux sociaux? Qui manipule les messages ? Y-a-t-il influence déstablisante russe, coréenne, chinoise, comme aux États-Unis ? Qu’est-ce qui amène les usagers des réseaux sociaux à raisonner faux ? A ne pas suivre les avis des experts ? Est-ce une fonction du niveau d’éducation? Les rumeurs racistes, surnaturelles ou simplement absurdes (comme le fameux PizzaGate aux USA ou à l’époque, chez nous, la rumeur d’Orléans) ne sont pas un phénomène nouveau. Elles tiennent peut-être à notre biologie de groupe : nous sommes une espèce sociale qui a besoin de croyances, de peurs et de haines communes… Le nazisme a très bien su se servir de ces tendances profondes. Mais encore faut-il qu’il y ait une demande: ceux et celles qui colportent la rumeur sont tout aussi responsables que ceux et celles qui l’engendrent.

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