La surenchère de Johnson

Un casse-tête
(Photo AFP)

La réaction de tout populiste à ses propres revers, c’est la surenchère. Non seulement la négociation entre la Grande-Bretagne et l’Europe n’a pas pu aboutir, à ce jour, à un compromis commercial, mais Boris Johnson, Premier ministre britannique dont la popularité s’affaiblit, a réagi en menaçant de réinstituer la frontière entre les deux Irlande.

CE FAISANT, M. Johnson prend des risques à la mesure du désarroi croissant qui’l cherche à dissimuler. Le retour de la frontière entre l’Ulster et la République d’Irlande, il le sait, relancerait les dissensions entre catholiques et protestants, donc le risque d’un retour à la guerre civile. L’Écosse, de plus en plus mal à l’aise avec le Brexit, tentera d’organiser un référendum en vue d’obtenir son indépendance et c’en sera fini, alors, de l’unité millénaire du royaume lui-même. Certes, les négociations avec Bruxelles butent sur plusieurs sujets, à commencer par la pêche : Boris Johnson veut limiter le droit de pêche dans les eaux territoriales britanniques, comme c’était le cas quand son pays était membre de l’Union. Mais, dans ce cas, il ne peut pax exiger d’obtenir malgré tout un accord de commerce privilégié.

Perte de popularité.

Tout le discours de M. Johnson, aujourd’hui, tourne autour de l’indépendance inaltérable du Royaume-Uni,  de sa souveraineté et des accords qu’il entend conclure avec d’autres grandes entités économiques, comme les États-Unis, la Chine et l’Inde, avec laquelle il a déjà des liens puissants. Il est effectivement parvenu à un accord avec le Japon. Mais la grande promesse qu’il a faite à l’occasion d’entretiens avec Donald Trump d’un accord commercial gigantesque entre Londres et Washington n’a pas encore abouti : il est plus facile de défaire que de construire. Le populisme alimente les rêves au détriment de la réalité. En même temps, Boris Johnson n’a pas aujourd’hui la popularité qu’il avait naguère. Pour deux raisons.

Des mots plus que des actes.

La première est que, si passionnés et excités que soient les Brexiters, ils voient bien que leur chef de gouvernement les abreuve de mots plus que d’actes. Ils voient bien qu’il se heurte à des difficultés considérables qui sont dues uniquement aux positions intransigeantes qu’il a adoptées dans la négociation avec les Européens et qui relèvent d’ailleurs plus de la tactique que de la conviction. Car M. Johnson n’a aucun credo en la matière. Le référendum sur le Brexit en 2016 n’a été pour lui qu’une occasion historique d’arracher le pouvoir des mains de Theresa May.  Elle était guidée par la passion démocratique que lui inspirait le respect de la majorité, bien qu’elle ne fût pas elle-même une fanatique du Brexit.

Pour Johnson, (et c’est la deuxième raison)  les choses sont complètement différentes : l’évolution des relations avec l’Europe détermine sa longévité politique. Jusqu’à présent, il régnait grâce à l’impuissance d’un parti travailliste dirigé par Jeremy Corbyn, homme de gauche encore adorateur des vieilles lunes socialistes, cachant à peine ses sympathies pour le terrorisme islamiste et son antisémitisme, et incapable de dire à haute voix qu’il n’était pas hostile à l’UE. Mais Corbyn, heureusement pour les Britanniques, est parti, laissant la place à son successeur, Keir Starmer, 58 ans qui, lui, est profondément européen. Du coup, la popularité des travaillistes est montée en flèche car ils rassemblent tous les anti-Brexit, la moitié au moins des électeurs britanniques.

Après lui, le déluge.

Ce qui place le Premier ministre sur un terrain miné : il doit boucler le Brexit à la fin de l’année, sinon, il aura perdu toute crédibilité. Les crises diplomatiques évoluent mais les hommes, eux, ne changent jamais : la réponse de Johnson à ses problèmes aura été de les aggraver lui-même, par défi, par suffisance, par morgue, parce que le populisme dont il fait sa conduite permanente lui dicte les mauvais réflexes et parce qu’il se moque totalement des principes, pourvu qu’il reste au pouvoir. Ce faisant, il ne réussit qu’à diviser encore plus la Grande-Bretagne. Il fait monter la haine chez les Brexiters, il déçoit chaque jour un peu plus les pro-européens. De fait, sa surenchère ressemble beaucoup à une volonté d’en finir avec l’Union européenne et de procéder au Brexit sans accord. Avec quel avantage ? Mais le sien, pas celui de son pays. Il espère qu’on va glorifier son courage et son arrogance. Après lui, le déluge.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to La surenchère de Johnson

  1. Laurent Liscia dit :

    On est en droit de se demander pourquoi Trump et Johnson ont des trajectoires différentes. Trump aussi abreuve son électorat d’absurdités, sans réellement agir. Pourtant, sa popularité ne se dément pas.

  2. Stoven-Auriault Carole dit :

    Faut-il vraiment suivre vos écrits sur le QM avec intérêt et suivre vos développements avec attention et souvent adhésion pour être si déçue par votre conclusion du 11 septembre?
    Non, Macron n’a pas pris la mesure de ce que c’est que d’être un travailleur pauvre « à vie » et honte à ceux qui continuent de spéculer et percevoir des sommes indues pour leur peu de mérite !
    Je n’accepte pas du tout, et visiblement les gilets jaunes non plus , c’est plus que normal !

    Réponse
    Je ne vois pas à quel moment j’ai encouragé le développement des inégalités et de la misère en France. Vous avez le droit de vous indigner, mais le procès que vous me faites n’a rien à voir avec mes « écrits », notamment la conclusion de ma chronique du 11 septembre, entièrement axée sur le terrorisme et donc sans rapport avec les gilets jaunes.
    R.L.

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