Covid, dette, budget

Esther Duflo
(Photo AFP)

La hausse du nombre de contaminations dans certains territoires a conduit le gouvernement à durcir ses conditions d’exploitation des cafés, restaurants et bistrots, au grand dam des exploitants. Jean Castex reçoit aujourd’hui leurs représentants et il a laissé entendre qu’il pourrait les indemniser à hauteur de trois milliards d’euros. Il est peu probable que cela leur semblera suffisant.

LA PLUPART des gens se posent quelques questions trompeuses : va-t-on vers une deuxième phase de la pandémie, faut-il re-confiner l’ensemble du pays et privilégier de nouveau la santé au détriment de l’économie ? Ces questions accroissent la confusion générale et l’idée que ni les pouvoirs publics ni la médecine française ne contrôlent la pandémie. Ce n’est pas de cette manière que la crise sanitaire doit être abordée. La révolte des restaurateurs est justifiée : il n’est pas sûr qu’ils sont les responsables uniques de la progression du virus. L’été, avec le relâchement  général de la discipline, les rencontres familiales, la désobéissance civile, la « liberté » mise en avant par des « dissidents » rejetant la notion de contrainte, tout cela a favorisé la hausse exponentielle du nombre de cas.

L’exécutif à tâtons.

L’exécutif, appuyé sur le corps médical, marche sans doute à tâtons. Et comment pourrait-il en être autrement dès lors que nous n’avons pas de vaccin et qu’il serait suicidaire de revenir au confinement généralisé ? On ne peut pas à la fois dénoncer les mesures adoptées par les autorités et déclarer que, si le virus est tenace, c’est parce que le gouvernement est trop laxiste. Il était logique d’ouvrir un dialogue avec les cafetiers et restaurateurs concernés et logique encore de les indemniser. Mais les contraintes qui leur sont infligées expliquent à elles seules qu’il n’est pas question d’un nouveau confinement national. De la même manière, il est déraisonnable de dénoncer la « brutalité » des pouvoirs publics et d’invoquer le même traitement pour tous, et dans tous les territoires. La mauvaise passe où se trouvent les restaurants et les cafés ne doit pas se transformer en un marasme national, celui que nous avons déjà connu et qui nous aura coûté si cher.

Le gazon n’est pas plus vert ailleurs.

Autre analyse bizarre, souvent faite par les mêmes : l’endettement devient insupportable, le gouvernement est dangereusement laxiste, nous paierons bientôt, sans doute par des hausses d’impôt les dépenses exceptionnelles que la pandémie nous a dictées. Ce n’est pas faux, mais avez-vous une meilleure idée ? Si le gouvernement se bat contre les fameux clusters, c’est justement pour ne pas être obligé de confiner tout le pays au prix qu’il a coûté au deuxième trimestre de 2020. Personne ne veut de sa stratégie byzantine, compliquée, toute en nuances ; mais ce qui fait l’objet de l’aversion générale, c’est un plan subtil destiné à protéger l’économie sans sacrifier au virus la santé des Français. Au niveau des partis politiques, la réaction est beaucoup moins vive que chez les professionnels. À cela, il y a d’excellentes raisons : la gauche ne peut pas hurler contre une progression des dépenses publiques qui eût été son premier réflexe si elle avait été au pouvoir ; la droite sait que nous sommes en période de très grande urgence et que, avec l’accord de Bruxelles, la « folle » dépense est provisoirement autorisée. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas dire que, en proposant un salaire universel, le prix Nobel d’économie, Esther Duflo, ait contribué à la pacification des débats. Un salaire payé par qui ?

Et enfin le gazon n’est pas plus vert chez les Jones. Sans aller jusqu’aux États-Unis, où la mortalité est terrifiante ou au Royaume-Uni où la pandémie est pire que chez nous, nos voisins, Italie ou Espagne, se débattent dans une situation plus critique que celle de la France. Oui, l’Allemagne va mieux, malgré une reprise du nombre de cas, mais depuis le début de la pandémie, elle a toujours su mieux réagir que nous. Autrement, nous faisons bonne figure dans le tableau planétaire. Faut-il rappeler à ceux qui politisent le virus qu’il s’agit d’une pandémie ? Que les Français ne sont ni mieux ni moins bien armés que les autres ? Que toute la médecine du monde n’a jamais reposé que sur l’empirisme ? Qu’une alternative politique, en l’occurrence, ne nous garantit absolument pas la guérison du corps social ? Le pouvoir gère les doses, sanitaire et financière. Il s’efforce de ne pas exagérer la dépense mais souhaite protéger l’économie. Il compte sur une baisse du PIB moins grave que ce qu’il craignait pour 2020 : et sur une croissance de 8 % en 2021.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Covid, dette, budget

  1. D.S. dit :

    Certains évoquent l’utilisation de la planche à billets, soit au niveau national, soit au niveau européen. Qu’en pensez-vous ?

    Réponse
    L’euro n’a pas encore atteint le niveau du dollar en tant que monnaie de réserve. Les États-Unis font marcher le planche à billets sans en payer le prix, qui serait, à terme, une dévaluation. Nous courons le risque de dévaluer, même si la banque centrale européenne (BCE) a mis au point des techniques qui nous ont permis de créer de la monnaie dont le montant est largement supérieur au montant de la richesse que nous produisons chaque année.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    Aux États-Unis on fait marcher la planche à billets, puisque le dollar est la monnaie de réserve globale. Et la volonté de sauvegarder l’économie n’est nullement tempérée, dans les États du Sud par exemple, par le souci de préserver la vie des personnes âgées (victimes au premier chef du Covid). Trump a eu le culot de déclarer que 200,000 décès, c’est une goutte d’eau. On lui préfèrera largement les contorsions de Macron.

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