Trump : un Covid bien commode

Trump déjà guéri ?
(Photo AFP)

Le président Donald Trump n’a passé que trois jours à l’hôpital militaire Walter-Reed à Bethesda, près de Washington et il en est ressorti, comme d’habitude, avec sa mimétique triomphaliste. Il aurait, en effet, vaincu la pandémie à lui seul grâce à un traitement de cheval, mais expérimental. Il a jeté son masque dès qu’il est rentré à la Maison Blanche.

TRUMP a repris sa lancinante antienne, à savoir que le virus n’est pas dangereux et que nul n’est obligé de porter le masque et de garder ses distances, oubliant un peu vite que la Maison Blanche s’est transformée en foyer infectieux. Sa provision de cynisme étant inexhaustible, il n’a pas manqué, à l’occasion de son expérience personnelle, de faire le récit de tout ce qu’il a appris pendant son séjour à Walter-Reed, comme s’il ne le savait pas déjà ou feignait de l’ignorer. Son message est double : d’une part, il est lui, Trump, invincible, et d’autre part ses concitoyens ne doivent être soumis à aucune contrainte. Une attitude révoltante quand on sait que la pandémie à déjà fait plus de 200 000 morts aux États-Unis et qu’il n’a jamais eu un mot de compassion pour les victimes et leurs familles, alors qu’il tente par tous les moyens de détruire le système d’assurance maladie mis en place par son prédécesseur Barack Obama. Son calcul électoral crève les yeux : ceux qui votent pour lui doivent se croire eux aussi invulnérables et imiter son comportement périlleux et fallacieux. Faites-lui confiance : ne meurent que les démocrates.

Un problème institutionnel.

Le deuxième débat avec le candidat démocrate, Joe Biden, aura lieu comme prévu le 15 octobre. L’ancien vice-président devrait insister sur le risque qu’il court en s’approchant ainsi d’un malade contagieux et réclamer des mesures de précaution exceptionnelles. Comme toujours, depuis le 20 janvier 2017, toute prévision politique est complètement aléatoire. Si l’état de santé du  président s’aggrave, ce qui ne serait pas surprenant dès lors qu’il ne cesse de jouer avec le feu, il sera battu à plate couture. Même son noyau irréductible d’électeurs ne croira pas son récit d’une maladie bénigne, jalonnée par des épisodes qui feraient plus rire que pleurer. On sait que les plus fanatiques de ses électeurs sont prêts à le réélire dans l’enthousiasme, mais l’épisode Walter-Reed, avec toutes les manipulations de l’opinion qu’il comporte, ne passera pas. Le pire, c’est que sa maladie risque de poser un sérieux problème constitutionnel : doit-il se faire remplacer par le vice-président, Mike Pence, alors que des millions de votes par correspondance seront déjà partis ? Il a déjà répondu d’un « non » sec. Doit-il, au contraire, rester candidat pendant sa maladie ? Inversement, s’il est guéri, beaucoup d’Américains voteront pour lui, façon de lui donner une médaille pour son courage et sa résistance. Et voilà de quoi dépend, désormais, l’issue de l’affrontement.

Trump sait qu’il a déjà perdu.

Car, pendant ces manigances, qui s’intéresse aux programmes des deux partis politiques en lice ? Comment reconquérir l’emploi ? Comment diminuer la dette ? Comment réduire les inégalités ? Toutes questions auxquelles seul Biden tentera de donner des réponses. Une fois encore, la raison et la logique se heurteront de plein fouet à l’irrationnel. On l’a déjà vu quand le New York Times a annoncé que Trump n’avait payé que 750 dollars d’impôts en 2019, et n’avait rien payé pendant les années précédentes, ce qui a déclenché un scandale dans le pays mais a laissé de marbre l’électorat du président. Il faut dire ici que Trump sait déjà qu’il a perdu les élections du 3 novembre prochain. Et que les neuf dixièmes de ses manipulations lui sont dictées par la nécessité de sortir du guêpier dans lequel il s’est lui-même fourré. Il a fait, pour gagner, tout ce qu’il a pu : d’abord il reste ancré dans l’illégalité tant qu’il ne publie pas ses déclarations de revenus ; ensuite, il rejettera le verdict des urnes s’il lui est défavorable ; enfin, il désigne une juge conservatrice à la succession de la très libérale Ruth Bader Ginsburg, avec l’espoir de porter le résultat du scrutin devant la Cour suprême pour qu’elle avalise sa « victoire ».

Ne sous-estimons pas, toutefois, la solidité de Biden qui, cela n’a pas été assez dit, a gagné le premier débat, même si, emporté par l’indignation, il a donné deux ou trois noms d’oiseau à un adversaire qui en abuse. Le débat a apporté deux ou trois points supplémentaires à Joe Biden. Il doit donc continuer ce tournoi au sabre qui, certes, est dangereux, mais a de bonnes chances de transformer en triomphe, en voix populaires et en voix de grands électeurs, la victoire démocrate du 3 novembre. C’est important car, si Biden l’emporte de justesse, le résultat sera contesté par Trump, qui s’accrochera à son bureau comme un singe à son arbre.

RICHARD LISCIA

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One Response to Trump : un Covid bien commode

  1. Laurent Liscia dit :

    Comme tu le sous-entends, tout ça a de vagues relents de conspiration, mais si manipulation il y a, elle paraît simpliste – compatible cela dit avec les tricheries poutinesques du président. Plus importantes seront les voix des grands électeurs du collège électoral. On risque de voir une situation inouïe: un déferlement pro-Biden dans les États déjà « bleus »; et un scrutin très étroit dans les États « rouges » et « pourpres », de sorte que, en nombre de voix populaires, Biden fera encore mieux que Hillary, mais n’aura pas la majorité des grands électeurs. C’est un scénario très, trop possible. Répétons que Hillary l’avait emporté par 2.8 millions de voix, et perdu au collège électoral. Une redite encore plus aiguë de 2016 provoquera, à terme, une crise constitutionnelle, puisque les États-Unis, déjà gouvernés par un président minoritaire, risquent d’être dirigés par le Midwest chrétien, conservateur et de plus en plus réactionnaire : la portion du pays entre les côtes. Cela ne pouvait pas être la volonté des « Pères Fondateurs ».

    Réponse
    Biden va gagner en voix populaires et en voix de grands électeurs. Le seul mais très sérieux problème viendra de la dimension de sa victoire : si ce n’est pas un raz de marée, Trump contestera, ce qui correspondra à un coup d’État, pire que tout ce que pouvaient craindre les Pères fondateurs.
    R. L.

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