Caldoches et Canaques

Le vote canaque
(Photo AFP)

Le référendum en Nouvelle-Calédonie s’est traduit par le maintien dans le giron français. La majorité qui a voté en faveur du maintien a diminué par rapport au référendum précédent. Le processus permet l’organisation d’un troisième référendum, ardemment réclamé par les partisans de l’indépendance.

EMMANUEL Macron, qui a accueilli la victoire du « non » avec une « profonde reconnaissance et avec humilité », a pris de nouveau l’engagement, inscrit dans les textes, de procéder à un troisième référendum qui dira, de manière définitive, si oui ou non, la Nouvelle-Calédonie devient indépendante.  Le président de la République gère avec honnêteté l’héritage procédurier que lui a laissé il y a longtemps Michel Rocard, dont la sagesse et la générosité ont toujours été saluées. Les Calédoniens blancs, ou Caldoches, veulent de toute évidence rester français. Mais leurs rapports avec les Canaques ont été marqués par des troubles et de la violence. De sorte que le référendum lui-même n’a rien résolu : tant qu’une petite moitié de la population de l’île reste mécontente, la tension ne diminuera pas.

Les écueils de l’indépendance.

Faut-il donc creuser le sillon jusqu’à l’indépendance ? Les précédents historiques, par exemple celui de l’Algérie, montrent qu’il n’est pas forcément juste de sacrifier les intérêts des Caldoches à ceux des Canaques, l’exode des premiers étant alors inévitable, pour autant que les Blancs (et ceux des Canaques qui ne réclament pas l’indépendance) acceptent d’aller en France. Contrairement à l’Algérie de 1962, la densité démographique en Nouvelle-Calédonie est faible (environ 270 000 personnes) et le rapatriement des Blancs poserait un problème logistique acceptable. Malheureusement, comme l’ont montré les actes de violence entre les deux communautés, les Caldoches, pour le moment, se sentent chez eux en Nouvelle-Calédonie et rejettent le projet des Canaques de vivre sur l’île en leur absence. Se pose également la question de la gestion d’un État indépendant exclusivement assurée par les Canaques qui ont, pour le moment, une efficacité administrative moins grande. De même que l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie qui, les premières années, ne saurait être livrée à elle-même et sans subsides, entraînerait, ipso facto, de puissants et coûteux accords de coopération  entre Paris et Nouméa.

Le sort des Blancs.

La comparaison avec la Corse est plus judicieuse que celle avec l’Algérie : même démographie, même aspiration d’une fraction du peuple corse à l’indépendance, même problème posé par une économie tenue à bout de bras par la puissance française. La politique française de l’Outremer n’a jamais brillé par ses succès économiques et politiques. Le système est à sens unique : nous n’avons pas mis au point un développement susceptible d’émanciper les indépendantistes, de sorte que le budget français est constamment sollicité par les besoins des territoires situés hors de l’Hexagone, ce qui crée des tensions entre ceux donnent et ceux qui reçoivent. Il y a longtemps que la France, et c’est heureux, a renoncé à ses ambitions coloniales, le colonialisme étant, selon M. Macron, un « crime contre l’humanité », ce qui est moins excessif qu’il n’y paraît. Au fil du temps, la France a compris que, plus elle se désengageait des territoires et mieux elle se portait. L’époque des appétits d’espace et de biens à confisquer est bel et bien révolue.  Maintenant, il s’agit d’une part de satisfaire les doléances des natifs, d’autre part de ne pas oublier que les Blancs sont aussi des Français qui méritent toute notre attention.

Le processus historique engagé par Rocard est lent et complexe. Malgré la sagesse qui l’a inspiré, son application est à la fois douloureuse et dangereuse. Le troisième référendum, en 2022, peut signifier la fin des aspirations indépendantistes. Il faudra alors s’en tenir à la légitimité du scrutin et gérer le mécontentement et une violence toujours possible. Certes, les Canaques estiment que leurs droits sont plus forts que ceux des Blancs. Mais rien ne leur interdit de reconnaître à ceux-ci un statut parfaitement identique au leur. Aucune fatalité n’empêche un Blanc d’être calédonien.

RICHARD LISCIA

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One Response to Caldoches et Canaques

  1. Laurent Liscia dit :

    L’Histoire a t-elle un sens, et les mouvements d’indépendance s’inscrivent-ils dans ce sens ? Tout dépend du lieu. Les territoires d’outre-mer sont une survivance de l’empire colonial et respecter la légitimité du scrutin n’est que justice. La Corse, c’est une autre affaire … Pour ma part je trouve le message indépendantiste trop souvent intolérant, irrationnel et violent – au nom de la liberté. Et certainement en Corse, c’est difficile d’oublier qu’on a affaire à une infime minorité mafieuse et au bord du terrorisme. Ils ne me sont pas plus sympathiques que les djihadistes, ou a leur epoque, l’ETA militaire, l’IRA, les Brigades Rouges, bref ce ramassis d’azimutés qui veut faire avaler au peuple le changement par la terreur. Les Canaques me paraissent avoir de bien plus saines revendications historiques.

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